Dans la val­lée de la Vo­logne, la las­si­tude

Le Parisien (Hauts de Seine) - - FAIT DU JOUR - DE NOTRE EN­VOYÉE SPÉ­CIALE À AUMONTZEY ET GRANGES-SUR-VO­LOGNE (VOSGES) PASCALE ÉGRÉ

PLUS DE TREN­TE­TROIS ANS APRÈS, TOUT LE MONDE ICI PENSE QU’ON N’EN SAU­RA PAS PLUS ! UNE HA­BI­TANTE D’AUMONTZEY OÙ RÉ­SIDENT LES ÉPOUX JA­COB

LE JAR­DIN, IM­PEC­CABLE, est ton­du de frais. Cam­pée sur une col­line d’Aumontzey (Vosges), la mai­son vio­lette et mauve reste si­len­cieuse. Dans le voi­si­nage des Ja­cob, après l’an­nu­la­tion des mises en exa­men, une ré­serve po­lie, par­fois une franche hos­ti­li­té, sont de mise. « Pas la peine ! » écon­duit une voi­sine. « Ce n’est pas pour rien qu’on a mis un sens in­ter­dit sur la route », s’agace un re­trai­té. « Nous, leur mise en cause pour la mort du pe­tit, on n’y croyait pas du tout », souffle une ri­ve­raine der­rière sa fe­nêtre. Du bout des lèvres, la sui­vante sous-en­tend l’in­verse : « Pour eux, c’est une bonne nou­velle. Pour le reste… »

Il y a bien­tôt un an, ce vil­lage de la val­lée de la Vo­logne, épi­centre de l’af­faire Gré­go­ry, s’est de nou­veau re­trou­vé sous le feu de pro­jec­teurs dont ses 480 ha­bi­tants se pas­se­raient bien. L’une ré­sume l’état d’es­prit gé­né­ral : « Ce n’est pas qu’on ne veut pas vous par­ler, c’est qu’on ne sait rien. Et plus de trente-trois ans après, tout le monde ici pense qu’on n’en sau­ra pas plus ! Le meurtre de ce pe­tit gar­çon, c’est une his­toire de fa­mille et de ven­geance dont eux seuls ont la clé. » Une autre ren­ché­rit : « A l’ori­gine, il y a la ja­lou­sie et une haine sans fin dans cette fa­mille. Main­te­nant, il est trop tard. Ils se sont sou­dés et se sont mis un bon­net sur la tête ! Pour le reste, les gens sont sa­tu­rés. C’est un fias­co ! La justice fe­rait mieux de clore le dos­sier ! »

Au­tour de la mai­son aux vo­lets clos des grands-pa­rents du pe­tit gar­çon, Mo­nique et Al­bert Ville­min, comme à Grange-sur-Vo­logne, à 3 km, au­tour de celle de Mu­rielle Bolle, dé­ser­tée elle aus­si, le son de cloche est le même. Avec un ton cri­tique à l’en­contre des ac­teurs ju­di­ciaires. « L’an der­nier, les gen­darmes sont ve­nus cher­cher ces gens âgés et cette mère de fa­mille comme s’ils étaient des ban­dits ! » s’in­digne-t-on. « Ils se sont achar­nés, sans preuve ! Cou­pables ou pas, pour­quoi n’ont-ils pas cher­ché dis­crè­te­ment ? » peste-t-on. Sur son pas-de­porte, Maxime (un pré­nom d’em­prunt) sou­ligne : « L’af­faire a été mal me­née de­puis le dé­part. Sans doute qu’il n’y avait pas les mêmes moyens à l’époque, mais tout de même ! Al­ler de­man­der son ali­bi à un gars (NDLR : Mar­cel Ja­cob) trente ans après, c’est cho­quant ! »

Au pied de l’église d’Aumontzey, Li­liane et Mathieu couvent du re­gard leurs en­fants qui jouent au so­leil. Le jeune couple vit dans le coin de­puis peu. Ils par­tagent cette convic­tion, sou­vent en­ten­due : « Le seul moyen de sa­voir la vérité, c’est que quel­qu’un dé­nonce. Ou bien se dé­nonce. Sauf que le cou­pable est peut-être dé­jà mort, qui sait ? »

Aumontzey (Vosges). La de­meure des époux Ja­cob.

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