« Pour la pre­mière fois, j’ai pris des coups parce que j’étais gay »

Lu­cien a été agres­sé alors qu’il se trou­vait avec son com­pa­gnon. C’est loin d’être un cas unique, comme le montre un rap­port pu­blié à l’oc­ca­sion de la Jour­née contre l’ho­mo­pho­bie.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - SOCIÉTÉ - PAR CH­RIS­TINE MATEUS

« L’AT­MO­SPHÈRE a chan­gé. Je sens dé­sor­mais que si je ré­ponds à une in­sulte, l’agres­sion phy­sique peut vite m’at­tendre. » Lu­cien, 33 ans, le sait à ses dé­pens. Un homme, jeune et gay. C’est le pro­fil type de la prin­ci­pale vic­time (58 %) d’actes ho­mo­phobes se­lon le rap­port 2018 de SOS Ho­mo­pho­bie. In­jures, hu­mi­lia­tions, re­jet, har­cè­le­ment… Ces actes si­gna­lés au­près de la ligne d’écoute de l’as­so­cia­tion ont aug­men­té de 4,8 % en 2017.

Une nou­velle hausse qui in­quiète les as­so­cia­tions de dé­fense des droits des LGBT + en cette Jour­née in­ter­na­tio­nale contre l’ho­mo­pho­bie et la trans­pho­bie. D’au­tant que ces chiffres s’ac­com­pagnent d’une autre pro­gres­sion, celle des agres­sions phy­siques qui bon­dissent de 15 %. « Ce jour-là de sep­tembre, c’était la pre­mière fois que je pre­nais des coups de poing parce que j’étais gay. Je viens d’un mi­lieu plu­tôt pro­té­gé. Je n’ai ja­mais eu de conflit avec ma fa­mille, je ne me suis ja­mais caché et si j’ai dû es­suyer des in­sultes, j’ai tou­jours ré­tor­qué sans me po­ser la moindre ques­tion. Au­jourd’hui, ce n’est plus le cas : j’ai peur », re­con­naît Lu­cien.

LE DÉ­BAT SUR LA PMA « AC­CEN­TUE LES TEN­SIONS »

A la suite des dé­bats sur le ma­riage pour tous en 2013, les vio­lences avaient ex­plo­sé. De­puis, le nombre de té­moi­gnages avait dé­cru, avant de re­par­tir à la hausse en 2016. « Je crains que le dé­bat qui se tient ac­tuel­le­ment sur l’ou­ver­ture de la PMA (pro­créa­tion mé­di­ca­le­ment as­sis­tée) aux femmes seules et aux couples de femmes, la vi­ru­lence des pro­pos te­nus par les op­po­sants au pro­jet ac­cen­tuent les ten­sions et soient sources de nou­velles agres­sions », s’in­quiète le pré­sident de SOS Ho­mo­pho­bie, Joël Deu­mier.

Les lieux pu­blics re­pré­sentent le pre­mier contexte dans le­quel les agres­sions phy­siques ont lieu (45 %). Pour Lu­cien, c’était dans un parc à Pa­ris. « Nous étions as­sis sur un banc avec mon com­pa­gnon. On sor­tait du ci­né­ma où on avait vu 120 bat­te­ments par mi­nute (NDLR : qui traite d’une his­toire d’amour entre deux hommes en

pleine épi­dé­mie si­da). Je me de­man­dais si notre his­toire au­rait sur­vé­cu à une telle épreuve. Mon com­pa­gnon me ras­su­rait avec des mots et des gestes tendres. Nous étions très émus. »

La scène n’échappe pas à un père de fa­mille, qui in­ter­vient : « Vous pour­riez res­ter dis­crets avec vos his­toires de PD. Mes en­fants sont à cô­té. » « J’étais fu­rieux, ra­conte Lu­cien. Uti­li­ser le pré­texte des en­fants, c’est hy­po­crite. Il y avait là un pe­tit gar­çon, je l’ai re­gar­dé et je me suis dit que si plus tard il tombe amou­reux d’un homme il se­rait mal bar­ré avec un tel père… C’est ce que j’ai dit à cet homme. »

Ré­sul­tat : une in­ca­pa­ci­té to­tale de tra­vail de trois jours après une pluie de coups de poing. Son agres­seur est pas­sible d’une peine de trois ans d’em­pri­son­ne­ment et 45 000 € d’amende, mais Lu­cien n’a pas por­té plainte. « Je n’ai pas eu l’éner­gie. Les gens dans le parc ne sont pas in­ter­ve­nus. C’est ce qui m’a fait le plus de mal. Le seul qui a eu un geste d’hu­ma­ni­té, c’est le pe­tit gar­çon jus­te­ment qui pleu­rait en criant : Ar­rête pa­pa ! »

Les chiffres de l’ho­mo­pho­bie

Les agres­sions phy­siques ho­mo­phobes ont bon­di de 15 % l’an der­nier. Les lieux pu­blics re­pré­sentent le pre­mier contexte dans le­quel elles ont lieu.

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