Mé­di­ca­ments au volant : le com­bat des pa­rents d’Owen

Au­jourd’hui s’ouvre à Brest (Fi­nis­tère) le pro­cès d’une conduc­trice qui a tué le jeune cy­cliste. La sep­tua­gé­naire pre­nait un trai­te­ment mé­di­cal lourd.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - FAITS DIVERS - DE NOTRE COR­RES­PON­DANTE NO­RA MO­REAU, À BREST (FI­NIS­TÈRE)

DE­PUIS SIX ANS, Ma­rie et Da­niel Mor­van ho­norent la mé­moire de leur fils en mi­li­tant ac­ti­ve­ment pour que la loi condamne en­fin la conduite sous l’em­prise de mé­di­ca­ments de ni­veaux 2 et 3 (si­gna­lés par des pic­to­grammes orange et rouges sur les em­bal­lages), « au même titre que l’al­cool ou les stu­pé­fiants ». C’est dé­jà le cas dans plu­sieurs pays d’Eu­rope. Au­jourd’hui, ils por­te­ront leur com­bat de­vant le tri­bu­nal, de­vant le­quel com­pa­raît la conduc­trice qui a fait bas­cu­ler leur vie le mer­cre­di 27 juin 2012. Ce jour-là, le couple, pa­rent de trois en­fants, ins­tal­lé dans la com­mune cô­tière de Plou­guer­neau (Fi­nis­tère), a per­du Owen, 14 ans. Alors qu’il se ren­dait à vé­lo à son en­traî­ne­ment d’ath­lé­tisme, à Les­ne­ven, une ville voi­sine, l’ado­les­cent qui rou­lait sur une dé­par­te­men­tale, en pleine jour­née, a été fau­ché par une voi­ture.

REN­FOR­CER LA LÉ­GIS­LA­TION

« Des té­moins ont as­sis­té à la scène, ra­conte le père de fa­mille. Ils ont vu le vé­hi­cule qui cir­cu­lait der­rière lui, non pas dou­bler mon fils, mais lui fon­cer des­sus. » Owen, mal­gré son casque et ses pro­tec­tions, su­bit un choc ex­trê­me­ment violent. L’un de ses amis, qui rou­lait un peu plus loin de­vant lui, a eu le temps de se je­ter dans le fos­sé pour évi­ter la voi­ture. Les se­cours in­ter­viennent ra­pi­de­ment mais le gar­çon sombre dans le co­ma et dé­cède des suites de ses bles­sures. « Les té­moins, qui ont fait leur pos­sible pour ai­der, nous ont rap­por­té que la conduc­trice, une femme de 73 ans à l’époque, sem­blait al­coo­li­sée, ou du moins pas dans son état nor­mal. » Les tests ef­fec­tués par les ser­vices de gen­dar­me­rie ont ré­vé­lé un taux im­por­tant de mo­lé­cules psy­choac­tives dans l’or­ga­nisme de la sep­tua­gé­naire. « Elle pre­nait alors un mé­di­ca­ment de ni­veau 3 et plu­sieurs mé­di­ca­ments de ni­veau 2 », pré­cise la fa­mille Mor­van.

Se­lon des études ré­centes, plus de 3 % des ac­ci­dents de la route sont cau­sés par des prises de mé­di­ca­ments. Les au­to­ri­tés sa­ni­taires ont éta­bli un clas­se­ment des mé­di­ca­ments se­lon leur dan­ge­ro­si­té pour la conduite, le ni­veau 3 étant le plus ris­qué. Au­jourd’hui en­core, ces pré­co­ni­sa­tions ne sont pas in­té­grées au Code de la route.

En at­ten­dant le pro­cès, qui a mis six ans à trou­ver sa date d’au­dience, Ma­rie, pro­fes­seur d’an­glais, et Da­niel, au­to­cons­truc­teur, tous deux en ar­rêt, ont créé l’as­so­cia­tion Pour Owen. Re­çus au mi­nis­tère de l’In­té­rieur et à l’As­sem­blée na­tio­nale pour ten­ter de faire évo­luer la lé­gis­la­tion quant à la conduite sous mé­di­ca­ments (les psy­cho­tropes, no­tam­ment), leur ob­jec­tif est aus­si d’ap­pe­ler les conduc­teurs à la vi­gi­lance.

L’as­so­cia­tion a un autre vo­let. « Notre fils était un sacré spor­tif, et cou­rait en club. Aus­si es­sayet-on de faire cou­rir au maxi­mum en son nom », dit son père. De­puis quelques an­nées, des mil­liers de tee-shirts et de maillots « Pour Owen » ont été ven­dus ou dis­tri­bués à des spor­tifs par­tout en France. Chaque an­née, en sep­tembre, le trail Pour Owen ras­semble plus de 1 000 par­ti­ci­pants sur les côtes de Plou­guer­neau, là où il a gran­di.

Plou­guer­neau (Fi­nis­tère), hier. Da­niel et Ma­rie Mor­van, les pa­rents d’Owen, posent avec la pho­to de leur fils tué à l’âge de 14 ans, fau­ché par une voi­ture en juin 2012.

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