Sur­sis et pri­son ferme re­quis contre les étu­diants fron­deurs

Ju­gés hier pour vio­lences en­vers des po­li­ciers, lors du mou­ve­ment anti loi ORE dé­but avril, les trois pré­ve­nus ont re­çu le sou­tien de près de 70 per­sonnes, de­vant le tri­bu­nal.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - HAUTS-DE-SEINE - PAR ARIANE RIOU @LePa­ri­sien_92

LE DÉ­LI­BÉ­RÉ REN­DU LE 17 OC­TOBRE

Ce fut l’étin­celle qui en­flam­ma l’uni­ver­si­té de Nan­terre, ce 9 avril. L’in­ter­ven­tion des CRS pour éva­cuer l’am­phi E où se te­nait une as­sem­blée gé­né­rale, pen­dant la mo­bi­li­sa­tion contre la loi Orien­ta­tion et réus­site des étu­diants (ORE), a at­ti­sé la co­lère étu­diante. S’en est sui­vi un long blo­cage de la fac, qui a même conduit à l’an­nu­la­tion des par­tiels, rem­pla­cés par des de­voirs mai­son.

Trois hommes, deux étu­diants et un an­cien, âgés de 21, 23 et 29 ans, étaient convo­qués hier de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Nan­terre pour ré­pondre de vio­lences contre des po­li­ciers, lors de l’éva­cua­tion de l’am­phi. Près de 70 per­sonnes se sont regroupées à l’en­trée du tri­bu­nal pour ma­ni­fes­ter leur sou­tien aux in­té­res­sés, mé­ga­phone à la main. Une tren­taine d’entre elles ont re­joint, dans le calme, la salle d’au­dience. Après un ren­voi en juin, les dé­bats ont, cette fois, bien eu lieu. Mais la pré­si­dente de la 20e chambre a an­non­cé qu’elle ne ren­drait son dé­li­bé­ré que le 17 oc­tobre. « Cette at­tente va en­core être stres­sante », souffle Sta­nis­las, étu­diant en phi­lo­so­phie, l’un des pré­ve­nus. D’au­tant que les ré­qui­si­tions du pro­cu­reur ont un peu af­fo­lé les in­té­res­sés.

La ma­gis­trate a re­quis six mois de pri­son ferme contre Ro­ga, le plus âgé, en état de ré­ci­dive lé­gale — il avait été condam­né pour des faits si­mi­laires en 2015 —, à qui la jus­tice re­proche d’avoir frap­pé du poing un agent.

Six à huit mois d’em­pri­son­ne­ment avec sur­sis, as­sor­tis de 105 heures de tra­vaux d’in­té­rêt gé­né­ral, ont été ré­cla­més à l’en­contre de Sta­nis­las, 23 ans, pour avoir don­né des coups de pied à un CRS se trou­vant au sol.

Et Vic­tor Men­dez, le plus jeune, étu­diant et membre de l’Unef et du NPA, qui a par­ti­ci­pé ac­ti­ve­ment au mou­ve­ment à Nan­terre, est vi­sé par une peine de quatre à six mois de sur­sis, avec tra­vaux d’in­té­rêt gé­né­ral éga­le­ment, pour avoir mor­du un po­li­cier au bras. « C’est de la fo­lie ces ré­qui­si­tions, lance ce der­nier. On n’a re­çu que des sou­tiens ! On se bat­tra jus­qu’au bout pour la re­laxe. »

Pen­dant l’au­dience, les trois jeunes hommes ont tous nié avoir vio­len­té les po­li­ciers. « On était en train de cal­mer les étu­diants en pleine AG (NDLR : as­sem­blée gé­né­rale), et j’ai été me­not­té et ex­trait de la salle. Je n’ai exer­cé au­cune vio­lence », as­sure Vic­tor, alors qu’un agent des forces de l’ordre l’a iden­ti­fié comme étant son agres­seur.

« Ce sont les étu­diants qui ont été sur­pris de l’in­ter­ven­tion des po­li­ciers, et qui ont dé­crit sa vio­lence », pointe Me Alice Be­cker. Cri­ti­quant une « en­quête ra­chi­tique », Me Ra­phaël Kempf n’y va pas par quatre che­mins : « Le par­quet n’a pas rem­pli sa mis­sion. Il n’y a même pas d’in­frac­tion, lâche-til. Et la consé­quence du rien en ma­tière de vio­lence, c’est la re­laxe. »

Nan­terre, hier. Six à huit mois de pri­son avec sur­sis ont été ré­cla­més à l’en­contre de Sta­nis­las (à gauche). Une peine un peu moins longue a été re­quise contre Vic­tor.

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