« Il faut s’ins­pi­rer de l’équipe de France de foot­ball »

Le sé­lec­tion­neur du XV de France fait le point en ba­layant l’ac­tua­li­té du rugby tri­co­lore à un an jour pour jour de la Coupe du monde au Ja­pon. Jacques Brunel

Le Parisien (Hauts de Seine) - - RUGBY - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR DA­VID OPOCZYNSKI ET OLI­VIER FRAN­ÇOIS

le 20 sep­tembre 2019, la 9e édi­tion de la Coupe du monde s’ou­vri­ra au Ja­pon. Il reste donc douze mois aux Bleus pour ten­ter de rat­tra­per, si c’est pos­sible, une par­tie de leur re­tard sur les meilleures na­tions et re­don­ner quelques cou­leurs à un rugby tri­co­lore plu­tôt mo­rose. Dans les lo­caux de Mar­cous­sis (Es­sonne) où il pré­pare la tour­née de no­vembre (trois tests contre l’Afrique du Sud le 10, l’Argentine le 17, et les Fid­ji le 24), le sé­lec­tion­neur du XV de France s’est confié sur ses at­tentes, ses doutes, ses craintes et le rugby fran­çais en gé­né­ral. Dans un an, est-ce que les Bleus fe­ront par­tie des fa­vo­ris ?

JACQUES BRUNEL. L’équipe de France l’est na­tu­rel­le­ment même si, au­jourd’hui, c’est un peu moins vrai au vu de ses ré­sul­tats (NDLR : 4e du Tour­noi des Six Na­tions l’hi­ver der­nier et trois dé­faites contre les All Blacks en juin). A l’ex­té­rieur, tout le monde se mé­fie d’elle car l’his­toire a mon­tré qu’elle était ca­pable de tout. Dans un an, vous se­rez-vous ins­pi­ré de l’équipe de France de foot­ball, cham­pionne du monde cet été ? Nous sommes obli­gés d’en te­nir compte. Tout a été réus­si : sa construc­tion, son fonc­tion­ne­ment, l’image qu’elle a don­née. Il faut s’en ins­pi­rer. Cha­cun peut y trou­ver des re­cettes. Il y a obli­ga­toi­re­ment des si­mi­li­tudes entre nos deux sports. Une des clés est la construc­tion du groupe. Des choix clairs ont été faits. Ce se­ra pa­reil pour nous. Dans un an, jus­te­ment, votre groupe se­ra consti­tué… Nous al­lons nous at­ta­cher à ju­ger non seule­ment la qua­li­té des hommes qui le com­po­se­ront mais aus­si la ma­nière de vivre à l’in­té­rieur car la com­pé­ti­tion plus la pré­pa­ra­tion, ça fait long. Il ne faut pas se trom­per. Dans un an, vous n’au­rez pas for­cé­ment les joueurs sur les­quels vous comp­tez au­jourd’hui… Oui. C’est pour ça qu’il ne faut pas que tout re­pose seule­ment sur quelques iden­ti­tés trop fortes. Il faut des al­ter­na­tives car on ne peut pas rai­son­ner en termes d’équipe type, c’est trop aléa­toire. Re­gar­dez, pour com­men­cer le Tour­noi, je vou­lais Par­ra (de­mi de mê­lée) et Lo­pez (de­mi d’ou­ver­ture) à la char­nière… Ils se sont bles­sés. J’ai dû ali­gner Du­pont et Ja­li­bert qui n’ont joué que trente mi­nutes avant d’être écar­tés pour toute la sai­son… Dans un an, au­rez-vous in­té­gré des champions du monde des moins de 20 ans ? On a une gé­né­ra­tion qui sort de l’or­di­naire, mais pen­ser que ce groupe de joueurs va sau­ver le rugby fran­çais, ce n’est pas pos­sible. Il faut qu’ils de­viennent des élé­ments im­por­tants de leur club d’abord. On fe­ra peut-être un pa­ri sur un ou deux, mais pas sur quinze. On va d’abord en lan­cer avec les Bar­ba­rians cet au­tomne. Dans un an, vous au­rez af­fron­té l’Argentine puis l’An­gle­terre, deux ad­ver­saires de votre groupe en Coupe du monde… Oui, mais entre un match ponc­tuel et une com­pé­ti­tion pré­cé­dée d’une longue pré­pa­ra­tion, tout change. Sou­ve­nez-vous de l’An­gle­terre en 2015. Comment a-t-elle pu som­brer comme elle l’a fait chez elle, lors de son Mon­dial ? Il ne faut pas pré­sa­ger des choses trop à l’avance. L’Argentine vient de chan­ger d’en­traî­neurs, il faut ob­ser­ver ce qui va se pas­ser. Dans un an, vous se­rez au Ja­pon… Glo­ba­le­ment, on sait ce qui nous at­tend. J’y suis dé­jà al­lé. C’est par­ti­cu­lier. C’est une autre cul­ture. Ce se­ra une de nos pro­blé­ma­tiques : s’adap­ter à la cul­ture ja­po­naise, qui est exi­geante et éloi­gnée de la nôtre. Deux exemples : il est in­ac­cep­table qu’il y ait des re­tards car pour les Ja­po­nais ce n’est pas ad­mis­sible. Même cinq mi­nutes. Autre chose, on ne peut pas ex­hi­ber ses ta­touages dans les lieux pu­blics… Dans un an, Ber­nard La­porte, le pré­sident de la FFR, vous au­ra-t-il ré­ser­vé d’autres sur­prises ex­tra-spor­tives (en­quête ju­di­ciaire, émis­sion de té­lé­vi­sion) ? Ce sont des choses qui ne m’in­té­ressent pas du tout. Je m’oc­cupe du ter­rain. Le reste, ce n’est pas de mon do­maine. Je n’ai au­cun pro­blème avec ça. Dans un an, au­rez-vous en­core en­vie de conti­nuer après la Coupe du monde ? Il y a trente ans, j’ai com­men­cé comme en­traî­neur par ha­sard. Au­jourd’hui, je suis sé­lec­tion­neur du XV de France par ha­sard (NDLR : il a suc­cé­dé à Guy No­vès en dé­cembre 2017). Alors je vais lais­ser faire le ha­sard. Je n’ai pas fixé de date pour ma re­traite (NDLR : il a 64 ans). Pour l’équipe de France, je n’en­vi­sage rien du tout non plus. On ver­ra. Dans un an, l’image du rugby, au­jourd’hui ju­gé violent et dan­ge­reux, se se­ra-t-elle amé­lio­rée ? Je cô­toie tous les jours des gens qui aiment le rugby sans y être for­cé­ment liés, et ils ne me parlent ja­mais de l’as­pect dan­ge­reux. Il ne l’est pas plus que d’autres sports. Le stig­ma­ti­ser après le dé­cès d’un joueur (NDLR : Louis Fa­j­frows­ki, trois­quarts centre d’Au­rillac lors d’un match d’avant-sai­son en août) alors que l’on n’en connaît pas en­core les causes, ça me gêne. Il y a aus­si eu les his­toires de com­mo­tions cé­ré­brales. On a mis l’ac­cent des­sus à juste titre, mais je ne sens pas que l’image du rugby se soit dé­gra­dée. Dans un an, le rugby in­ter­na­tio­nal se­ra-t-il en dan­ger comme le dit l’Ar­gen­tin Agus­tin Pi­chot, vice-pré­sident de la Fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale ? L’in­fluence du marché eu­ro­péen me fait craindre qu’un dés­équi­libre se crée. Il est lié à deux na­tions (NDLR : l’An­gle­terre et la France) qui ac­ca­parent le po­ten­tiel des autres. J’étais en Nou­velle-Zé­lande cet été et j’ai vu des matchs du su­per rugby qui se jouaient de­vant 5 000 per­sonnes. At­ten­tion…

ON FE­RA PEUT-ÊTRE UN PA­RI SUR UN OU DEUX, MAIS PAS SUR QUINZE

Mar­sous­sis (Es­sonne), le 14 sep­tembre. Jacques Brunel pren­dra en compte l’as­pect col­lec­tif au­tant que les qua­li­tés in­di­vi­duelles pour consti­tuer son groupe.

AFP/MARTYMELVILLE Wes­ley Fo­fa­na.

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