Chô­mage, re­traite, fonc­tion­naires : trois chan­tiers à haut risque

Le Parisien (Hauts de Seine) - - FAIT DU JOUR - PAR MARC LOMAZZI

CHÔ­MAGE DE MASSE per­sis­tant, in­quié­tude des Fran­çais sur leur pou­voir d’achat, grogne des re­trai­tés… l’exé­cu­tif va de­voir ba­tailler ferme pour re­con­qué­rir une opi­nion pu­blique de plus en plus ré­tive. C’est dans ce contexte po­li­tique maus­sade que l’Ely­sée et Ma­ti­gnon abordent l’an­née 2019 avec, dans les car­tons, trois dos­siers éco­no­miques hau­te­ment in­flam­mables.

RÉ­FOR­MER L’AS­SU­RANCE CHÔ­MAGE

Les né­go­cia­tions entre syn­di­cats et pa­tro­nat doivent dé­bou­cher sur un sys­tème qui en­cou­rage le re­tour à l’em­ploi. Mais les uns re­fusent toute re­mise en cause des al­lo­ca­tions ver­sées aux chô­meurs et les autres le bo­nus-ma­lus im­po­sé aux en­tre­prises qui abusent des contrats courts. A dé­faut d’un ac­cord, le gou­ver­ne­ment re­pren­dra la main. Ob­jec­tif : ra­me­ner le chô­mage à 7 % d’ici à 2022. Un pa­ri po­li­tique qui rap­pelle la pro­messe (non te­nue) d’in­ver­ser la courbe du chô­mage qui avait rui­né l’hy­po­thèse d’une se­conde can­di­da­ture à l’Ely­sée de Fran­çois Hol­lande.

LAN­CER LE BIG BANG DES RE­TRAITES

Ins­pi­rés des sys­tèmes à points, les grands axes de la ré­forme des re­traites se­ront pré­sen­tés au pre­mier tri­mestre 2019. Il s’agit de fondre les ré­gimes ac­tuels en un sys­tème unique ga­ran­tis­sant à cha­cun « les mêmes droits pour chaque eu­ro co­ti­sé ». Cette pro­messe de cam­pagne d’Em­ma­nuel Ma­cron ne se­ra pas mise en oeuvre avant 2025, mais la sup­pres­sion des ré­gimes spé­ciaux (SNCF, RATP, EDF, etc.) et l’alignement de la re­traite des fonc­tion­naires sur le pri­vé pour­raient bien mettre le feu aux poudres.

TAILLER

DANS LES EF­FEC­TIFS DES FONC­TION­NAIRES

Autre pro­messe de cam­pagne qui agite les syn­di­cats : la ré­duc­tion du nombre de fonc­tion­naires. Ob­jec­tif af­fi­ché de l’Etat : sup­pri­mer 120 000 postes en cinq ans. Le gou­ver­ne­ment in­tègre dans son cal­cul 70 000 fonc­tion­naires ter­ri­to­riaux sur les­quels il n’a pas la main. Reste 50 000 fonc­tion­naires d’Etat, soit un rythme de 10 000 en moins par an. On est loin du compte. En 2018, seuls 1 600 postes ont été sup­pri­més et 4 200 le se­ront en 2019. C’est peu mais suf­fi­sant pour ali­men­ter l’ac­cu­sa­tion de bra­der les ser­vices pu­blics.

S’il veut te­nir ses ob­jec­tifs de maî­trise du dé­fi­cit (2,8 % pré­vu en 2019) et de ré­duc­tion de la dette — cette der­nière frôle 100 % du PIB (pro­duit in­té­rieur brut), soit 40 Mds€ de rem­bour­se­ment des in­té­rêts par an ! —, le gou­ver­ne­ment n’a pour­tant d’autre choix que de s’at­ta­quer à la dé­pense pu­blique. Il a com­men­cé à le faire avec le gel du point d’in­dice des fonc­tion­naires — dé­ci­dé­ment dans le col­li­ma­teur —, des al­lo­ca­tions fa­mi­liales, des aides per­son­na­li­sées au lo­ge­ment (ALP) ou des pen­sions de re­traite. Dé­jà pé­na­li­sés par l’in­fla­tion et la flam­bée du prix du pé­trole, les Fran­çais re­prochent à Ma­cron de s’en prendre au pou­voir d’achat, en par­ti­cu­lier des plus mo­destes. Bref, d’être, quoi qu’il dise, le pré­sident des riches. Les mi­nistres ont été en­voyés au front pour mar­te­ler que les minima so­ciaux ont été re­vus à la hausse et que 6 Mds€ se­ront ren­dus aux par­ti­cu­liers en 2019 sous forme de baisse de taxe d’ha­bi­ta­tion, de sup­pres­sion de co­ti­sa­tions sur la fiche de paie et d’exo­né­ra­tion sur les heures sup­plé­men­taires. Sans doute mais, pour l’ins­tant, le mes­sage ne passe pas.

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