L’épreuve du feu de Ben Smith

Le nou­veau PDG re­çoit au­jourd’hui les syn­di­cats pour par­ler sa­laires. Un su­jet ex­plo­sif sur le­quel plane la me­nace d’une grève.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - ÉCONOMIE - PAR VINCENT VÉRIER @Vin­centVe­rier

BEN SMITH entre dans le dur. Le nou­veau pa­tron ca­na­dien d’Air France-KLM ren­contre au­jourd’hui pour la pre­mière fois l’in­ter­syn­di­cale pour par­ler aug­men­ta­tion de sa­laire. Un su­jet sen­sible, qui a dé­jà coû­té quinze jours de grève à Air France en 2018, soit 335 M€, et fait chu­ter son pré­dé­ces­seur, Jean-Marc Ja­naillac, qui avait je­té l’éponge après le non des per­son­nels à son ré­fé­ren­dum sur les sa­laires. Face à Ben Smith, l’in­ter­syn­di­cale cam­pe­ra sur sa po­si­tion : une hausse de 5,1 % pour tous les per­son­nels.

Pour dé­mi­ner le ter­rain, l’an­cien no 2 d’Air Ca­na­da a ren­con­tré dès sa prise de fonc­tion l’en­semble des syn­di­cats re­pré­sen­ta­tifs. « Il écoute, c’est dé­jà un chan­ge­ment, ana­lyse Gré­goire Aplin­court, pré­sident du Spaf, deuxième syn­di­cat de pi­lotes chez Air France. Il a été très éton­né quand on lui a par­lé du manque de sou­tien de l’Etat, notre prin­ci­pal ac­tion­naire. » Mais, sur les sa­laires, « rien, Ben Smith, c’est po­ker face, iro­nise Chris­tophe De­wa­tine, de la CFDT. On ne sait pas ce qu’il pense. Il a pa­ru sur­pris du mode de ré­mu­né­ra­tion chez nous avec des aug­men­ta­tions gé­né­rales ca­lées sur l’in­dice Insee. Là où, dans les pays an­glo­saxons, les hausses sont da­van­tage liées aux per­for­mances in­di­vi­duelles. »

DES SYN­DI­CATS PLU­TÔT AGRÉA­BLE­MENT SUR­PRIS

« Au fi­nal, on a sen­ti quel­qu’un qui connaît dé­jà très bien l’en­tre­prise, l’aé­rien et qui a confiance en l’ave­nir du groupe, pour­suit le res­pon­sable de la CFDT. De toute fa­çon, les sa­la­riés d’Air France ne veulent plus de plan de ré­duc­tion. » Et ça tombe bien ! Cette se­maine, dans sa pre­mière in­ter­view dans « Pa­ris Match », Ben Smith pré­vient : « Je ne suis pas ve­nu pour jouer dé­fen­sif. » Bref, des syn­di­cats plu­tôt agréa­ble­ment sur­pris d’au­tant qu’il a ré­pon­du à une de­mande d’une par­tie d’entre eux qui exi­geaient la tête de la di­rec­tion pré­cé­dente. Jeu­di der­nier, le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion a an­non­cé la dé­mis­sion de Franck Ter­ner, le di­rec­teur gé­né­ral d’Air France, rem­pla­cé jus­qu’au 31 dé­cembre au plus tard par Ben Smith lui-même. « Main­te­nant qu’il est par­fai­te­ment au cou­rant de nos de­mandes, il va fal­loir al­ler vite, ex­horte Guillaume Pol­lard, pré­sident d’Al­ter, autre syn­di­cat de pi­lotes. En une jour­née, les né­go­cia­tions peuvent être bou­clées. »

Une pres­sion à peine voi­lée, alors que l’in­ter­syn­di­cale a don­né un mois à la nou­velle di­rec­tion pour ré­pondre fa­vo­ra­ble­ment à leurs re­ven­di­ca­tions. Faute de quoi la grève pour­rait re­prendre. « Ben Smith ar­rive avec un sa­laire en hausse de 300 % par rap­port à Ja­naillac, avec un lo­ge­ment de fonc­tion près des In­va­lides (NDLR : VIIe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris). S’il n’y a rien pour les sa­la­riés, ce se­rait de la pro­vo­ca­tion », pré­vient un syn­di­ca­liste qui sou­haite gar­der l’ano­ny­mat.

Ben Smith est pré­ve­nu, il n’y au­ra pas de round d’ob­ser­va­tion, ni avec les syn­di­cats ni avec l’Etat. Dans le « Fi­nan­cial Times », il avait in­di­qué que l’Etat était prêt à cé­der sa par­ti­ci­pa­tion de 14 % dans Air France avant d’être sè­che­ment dé­men­ti par Ber­cy. « Il va de­voir ap­prendre très vite, ana­lyse une source in­terne. Et faire preuve d’ima­gi­na­tion pour les re­ven­di­ca­tions sa­la­riales. Payer en ac­tion ? Ac­cor­der des jours de re­pos sup­plé­men­taires ? Toutes les pistes se­ront bonnes. »

« Ben Smith ar­rive avec un sa­laire en hausse de 300 % par rap­port à Ja­naillac […]. S’il n’y a rien pour les sa­la­riés, ce se­rait de la pro­vo­ca­tion », pré­vient un syn­di­ca­liste.

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