« On ne veut pas qu’il ait une autre vic­toire sur nous »

Cé­cile et Di­dier Noyer nous parlent en ex­clu­si­vi­té de leur com­bat pour la vé­ri­té sur la mort de leur fils, Ar­thur, et de son meur­trier pré­su­mé, qu’ils ap­pellent « l’autre » : Nor­dahl Le­lan­dais.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - FAITS DIVERS - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR SERGE PUEYO, NOTRE COR­RES­PON­DANT À GRE­NOBLE (ISÈRE)

DE­PUIS L’AN­NONCE de la mort de leur fils, en dé­cembre, leur pa­role est rare. Cé­cile et Di­dier Noyer sont les pa­rents d’Ar­thur, jeune ca­po­ral de 23 ans que Nor­dahl Le­lan­dais a re­con­nu avoir tué « ac­ci­den­tel­le­ment ». Ils té­moignent au­jourd’hui pour évo­quer leur com­bat pour la vé­ri­té. Dignes mal­gré leur dou­leur, ils ex­pliquent leur vo­lon­té fa­rouche de tout mettre en oeuvre pour sa­voir dans quelles cir­cons­tances est mort Ar­thur. Et pour que jus­tice soit faite. Des pa­rents qui ne veulent même pas pro­non­cer le nom de l’as­sas­sin pré­su­mé de leur fils.

Les ob­sèques d’Ar­thur ont eu lieu dé­but sep­tembre. Com­ment était ce mo­ment ?

CÉ­CILE NOYER. Ce fut une belle cé­ré­mo­nie, avec beau­coup de monde, ce qui nous a tou­chés. On s’est dit que jus­qu’au bout, Ar­thur a eu la ca­pa­ci­té de ras­sem­bler les gens. On était en com­mu­nion pour lui dire au re­voir. Et on est res­sor­tis de la ca­thé­drale apai­sés. Je ne sais pas si Ar­thur nous voit, mais on va se battre pour lui. Afin qu’il soit fier de nous. Et que l’on soit digne de lui. Parce qu’il le mé­rite. C’était une belle per­sonne.

DI­DIER NOYER. C’était un jo­li mo­ment, par­ta­gé avec l’autre fa­mille d’Ar­thur qu’est l’ar­mée. On a sen­ti beau­coup d’émo­tion par­mi ses frères d’armes, avec des larmes, des yeux rou­gis.

Quel est votre état d’es­prit ?

C.N. On est pas­sé en mode guer­rier. Une ex­pres­sion qu’Ar­thur em­ployait. On va se battre pour qu’il y ait jus­tice et vé­ri­té. Ce­la pren­dra le temps que ce­la pren­dra, mais on y ar­ri­ve­ra.

D.N. Nous sommes dé­ter­mi­nés face à ce que l’on peut ap­pe­ler un « pré­da­teur so­cial ». Il a at­ti­ré Maëlys avec ses chiens, Ar­thur en lui di­sant peut-être qu’il était un an­cien mi­li­taire.

Nor­dahl Le­lan­dais af­firme qu’Ar­thur est mort « ac­ci­den­tel­le­ment », après une chute lors d’une ba­garre. Mais vous n’y croyez pas…

C.N. Il a com­men­cé par dire « j’étais à Cham­bé­ry, mais je n’y suis pour rien ». Après, « je l’ai pris en voi­ture, je l’ai dé­po­sé plus loin et il était vi­vant ». En­fin, « je l’ai em­me­né dans ma voi­ture, il est tom­bé et il est mort ». On at­tend donc le pro­chain épi­sode. Mais j’ai mes convic­tions. J’es­père que le corps d’Ar­thur va par­ler. Ou a dé­jà par­lé. J’at­tends peu de co­opé­ra­tion de l’autre…

Vous ne vou­lez pas pro­non­cer le nom de Nor­dahl Le­lan­dais ?

C.N. Je peine à le faire. J’ai un to­tal mé­pris pour cet in­di­vi­du. De toute fa­çon, il ne par­le­ra pas. Il n’est pas dans le re­pen­tir. J’ai de la haine en­vers lui. Mais je ne veux pas me lais­ser en­va­hir par elle, car c’est des­truc­teur. Et je ne veux pas me lais­ser dé­truire. Le mé­pris qu’on a pour lui va nous don­ner de la force pour le faire tom­ber.

C’est-à-dire ?

D.N. On ne veut pas qu’il ait une autre vic­toire sur nous. Et il ne l’au­ra pas. C’est nous qui al­lons vaincre. Nous al­lons conti­nuer d’avan­cer, de vivre. Avec force, hu­mi­li­té et cou­rage. Même si ce n’est pas simple. Car on doit vivre tous les jours avec cette cre­vasse, cette faille qu’est la dis­pa­ri­tion d’Ar­thur. Sa force est en nous. Il était un être de lu­mière.

Vous avez quelque chose à dire à Nor­dahl Le­lan­dais ?

C.N. Non. Rien.

Vous comp­tez sur la science et les ana­lyses de la gen­dar­me­rie pour faire écla­ter la vé­ri­té ?

C.N. Jus­qu’à pré­sent, ce­la s’est tou­jours pas­sé comme ça. Pour Maëlys, c’est de cette fa­çon-là qu’il a été mis au pied du mur. D.N. Seuls des élé­ments tech­niques et le tra­vail des en­quê­teurs et de la jus­tice fe­ront qu’à un mo­ment, il par­le­ra. Mais faire ap­pel à sa bon­té, non ! Il n’est pas ca­pable de ça.

Vous te­nez ab­so­lu­ment à ce que votre avo­cat, Me Boul­loud, soit pré­sent lors la pro­chaine au­di­tion de Le­lan­dais…

C.N. C’est es­sen­tiel. Le pré­su­mé cou­pable a des droits. Mais nous aus­si, comme par­tie ci­vile. Et on en­tend qu’ils soient res­pec­tés. D.N. Nous vou­lons être ac­tifs dans la re­cherche de la vé­ri­té. Il faut que la jus­tice au­to­rise notre avo­cat à être pré­sent pour qu’il puisse po­ser des ques­tions.

« LE MÉ­PRIS QU’ON A POUR LUI VA NOUS DON­NER DE LA FORCE » CÉ­CILE NOYER

“NOUS AL­LONS CONTI­NUER D’AVAN­CER, DE VIVRE. LA FORCE D’AR­THUR EST EN NOUS. IL ÉTAIT UN ÊTRE DE LU­MIÈRE. DI­DIER NOYER

Vous mi­li­tez aus­si pour que Nor­dahl Le­lan­dais ne puisse pas res­sor­tir de pri­son.

C.N. Je suis contre la peine de mort. Mais il est im­por­tant qu’il y ait une vraie per­pé­tui­té. Car dans vingt ans, ce­la me fe­rait suer de le re­croi­ser dans la rue.

Pour Cé­cile et Di­dier Noyer, « seuls des élé­ments tech­niques et le tra­vail des en­quê­teurs et de la jus­tice » fe­ront par­ler Nor­dahl Le­lan­dais, as­sas­sin pré­su­mé de leur fils Ar­thur (ci-des­sus).

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