Ils s’at­taquent à la ra­di­ca­li­sa­tion en fil­mant

Trois jeunes et un ani­ma­teur ont mon­té une as­so­cia­tion pour pro­duire des courts-mé­trages, afin de faire de la pré­ven­tion.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - HAUTS-DE-SEINE - PAR ARIANE RIOU MEH­DI, 21 ANS, L’UN DES RÉA­LI­SA­TEURS

C’EST UN SU­JET très dé­li­cat. « La ra­di­ca­li­sa­tion, on en parle sou­vent entre nous, confie Ra­fik, 23 ans. J’ai dé­jà en­ten­du des his­toires du genre à Bagneux. Je me de­mande tou­jours com­ment ces jeunes ont pu en ar­ri­ver là… Beau­coup sont nés en France, comme nous. Ils ont gran­di en ban­lieue, comme nous. » De­puis plu­sieurs mois, Ra­fik tourne des scènes dans les rues de Bagneux ou du Ma­roc avec deux ca­ma­rades de la Pierre-Plate, plus un ani­ma­teur du centre so­cial et cultu­rel du quar­tier. Leur as­so­cia­tion, « Rond-point film », tra­vaille avec les moyens du bord, fil­mant au smart­phone.

Sa­me­di après-mi­di, c’est même sur le toit du centre so­cial et cultu­rel Jacques-Pré­vert que le groupe se re­trouve. Trois amis - co­pains des réa­li­sa­teurs dans la vie et ac­teurs d’un jour - dis­cutent, as­sis sur des chaises. « Vous avez en­ten­du pour Is­maël ? » - « Il a com­men­cé à traî­ner avec des mecs che­lous… »

En tout, quatre films se­ront réa­li­sés, ra­con­tant tous la même his­toire : celle d’Is­maël, âgé d’une ving­taine d’an­nées, qui, après moult pé­ri­pé­ties, dé­cide de par­tir faire le dji­had. Seul le point de vue change : ce­lui du jeune, de la po­lice, des mé­dias et de sa mère. « On n’a pas la so­lu­tion. On veut juste po­ser le pro­blème et ex­pli­quer le pro­ces­sus », ex­plique Meh­di, 21 ans. Et du même coup, « faire de la pré­ven­tion », com­plète Ryad, char­gé d’en­sei­gne­ment au centre so­cial et cultu­rel. Le pre­mier court-mé­trage, « Un nou­veau dé­part », est dé­jà ter­mi­né. Il a même été pro­je­té l’hi­ver der­nier lors d’évé­ne­ments or­ga­ni­sés par la pré­fec­ture, à Bagneux. « A terme, on ai­me­rait tous les dif­fu­ser dans des col­lèges, des ly­cées ou des centres so­ciaux et cultu­rels », confie Ra­fik.

Pour en ar­ri­ver là, l’as­so­cia­tion, dont une par­tie des membres fai­saient par­tie des jeunes pri­més à Cannes en 2017 pour un do­cu­men­taire sur Bagneux, a plan­ché pen­dant des se­maines. « On a lu des livres sur la ra­di­ca­li­sa­tion, re­gar­dé des do­cu­men­taires… », confie Ra­fik. Le groupe a aus­si échan­gé avec la mère d’un jeune ra­di­ca­li­sé.

C’est sur­tout grâce à Man­diou­kette, l’un de leurs amis, au­teur d’un mé­moire sur le dé­part vers le dji­had dans le cadre de ses études, que le scé­na­rio s’est af­fi­né. « Il est al­lé jus­qu’en pri­son pour ren­con­trer des per­sonnes ra­di­ca­li­sées. On a pu in­té­grer des ex­pres­sions qu’il avait en­ten­dues là-bas pour rendre les dia­logues plus réels », conclut Ryad.

« ON N’A PAS LA SO­LU­TION. ON VEUT JUSTE PO­SER LE PRO­BLÈME ET EX­PLI­QUER LE PRO­CES­SUS »

Bagneux, sa­me­di. L’équipe en tour­nage sur le toit du centre so­cial et cultu­rel Jacques-Pré­vert.

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