Des mères unies contre la vio­lence

Elles dé­plorent les af­fron­te­ments entre jeunes de Vil­le­neuve et de l’Île-Saint-De­nis et ap­pellent à mettre en place des ac­tions com­munes entre les deux villes pour apai­ser les ten­sions.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - HAUTS-DE-SEINE - PAR GWENAEL BOUR­DON UN ÉDU­CA­TEUR DE VIL­LE­NEUVE

« LE PRO­BLÈME PEUT SE RÉ­GLER, SI TOUS LES PRO­FES­SION­NELS SE METTENT AU­TOUR DE LA TABLE »

Elles étaient nom­breuses, sa­me­di, dans la marche pour la paix, qui ras­sem­blait des ha­bi­tants des com­munes voi­sines de L’Ile-Saint-De­nis (Seine-Saint-De­nis) et de Vil­le­neuve-la-Ga­renne. Les mères de fa­mille y ont ex­pri­mé leur peur, leur co­lère et leur vo­lon­té d’en fi­nir avec les vio­lences ré­cur­rentes entre jeunes. Leurs té­moi­gnages sont tris­te­ment iden­tiques.

Pâle, vi­sage grave, la mère du jeune M., 15 ans, est ve­nue de Vil­le­neuve, pour que cessent « les lyn­chages ». Son fils, res­té plu­sieurs jours dans le co­ma après une agres­sion, est en­core à l’hô­pi­tal. « On ne se sent pas en sé­cu­ri­té », glisse-t-elle et es­time que « c’est aux au­to­ri­tés de faire ces­ser les vio­lences ». M.au­rait été vic­time d’une ex­pé­di­tion vio­lente de jeunes de L’Ile-Saint-De­nis.

« Moi, mon fils a été frap­pé par des jeunes de Vil­le­neuve », af­firme Kha­di­dia­tou, qui ha­bite la com­mune du 93. « Il vou­lait sé­pa­rer une ba­garre en bas de chez moi. Il a eu plein de plaies sur la tête, il est res­té hos­pi­ta­li­sé dix jours. Au­jourd’hui, il ne veut pas en par­ler », ra­conte cette mère de quatre en­fants, dont l’aî­né n’a pas dé­po­sé plainte après cette agres­sion. Elle es­père que la marche per­met­tra « aux mères des deux villes de faire quelque chose en­semble ». « Il faut faire un groupe de ma­mans », abonde cette ha­bi­tante de la ci­té de la Ro­tonde, à Vil­le­neuve.

Elle dit avoir elle-même dû faire face à un groupe d’agres­seurs, ve­nus en dé­coudre avec les jeunes du quar­tier. « Ils ont dé­bar­qué avec des barres de fer, des ex­tinc­teurs, des casques de mo­to. Je suis des­cen­due, je leur di­sais d’ar­rê­ter. L’un a le­vé sa barre de fer contre moi. J’ai cru voir la mort ar­ri­ver ! J’ai fait en­trer les jeunes du quar­tier dans mon hall. Les autres ont frap­pé sur les vitres, les ont fis­su­rées… » « Nous re­fu­sons de prê­ter le flanc à toute forme de vio­lence, so­ciale, cultu­relle, éco­no­mique et po­li­tique », clame une ha­bi­tante de L’Ile-Saint-De­nis, à l’is­sue de la marche. Quelques mi­nutes plus tard, elle tente d’amor­cer le dia­logue avec les ados, res­tés en re­trait. « Il faut al­ler leur par­ler tous les jours, tous les jours. Je l’ai dit au maire », glisse-t-elle.

Plu­sieurs as­so­cia­tions prônent des ac­tions com­munes : matchs, ini­tia­tives cultu­relles, réunions… « Le pro­blème peut se ré­gler, si tous les pro­fes­sion­nels se mettent au­tour de la table », es­time un édu­ca­teur de Vil­le­neuve, ve­nu à la marche. Ma­diou­la Aï­da­ra-Dia­by, élue de L’Ile-Saint-De­nis, en ap­pelle aux moyens de l’Etat. La si­tua­tion n’est pas in­so­luble : c’est aus­si ce que veulent croire ces mères d’élèves. Elles évoquent la si­tua­tion au col­lège Sis­ley, à L’Ile-Saint-De­nis. Après des vio­lences à ré­pé­ti­tion en dé­but d’an­née, les choses se sont apai­sées : « La prin­ci­pale fait un tra­vail for­mi­dable. C’est ras­su­rant ! »

Vil­le­neuve-la-Ga­renne, sa­me­di. Les mères de fa­mille prônent le dia­logue entre jeunes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.