Le temps des no­mades

L’ex­plo­sion nu­mé­rique, l’es­sor de la cul­ture col­la­bo­ra­tive et la flam­bée des prix de l’im­mo­bi­lier ont fait de la flexi­bi­li­té la règle d’or des nou­veaux usages pro­fes­sion­nels.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - ÉCO - PAR MU­RIEL JAOUËN

n Fran­çais sur deux se dit concer­né ou in­té­res­sé par une ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle in­dé­pen­dante, et plus de huit sur dix en­vi­sagent le tra­vail in­dé­pen­dant comme bé­né­fique à l’épa­nouis­se­ment per­son­nel, à l’em­ploi et à l’en­tre­prise*. Bou­geotte, au­to­no­mie, li­ber­té… Quels que soient les termes choi­sis, dii­cile de ne pas voir que le rap­port au tra­vail vit une pro­fonde mu­ta­tion.

U« La pres­sion crois­sante sur les coûts im­mo­bi­liers, l’aug­men­ta­tion de la du­rée des tra­jets tra­vail-do­mi­cile dans les grandes ag­glo­mé­ra­tions, la pro­li­fé­ra­tion des ou­tils et des in­ter­faces nu­mé­riques, l’as­pi­ra­tion à un meilleur équi­libre vie per­son­nelle-vie pro­fes­sion­nelle… Tout ce­la est en train de trans­for­mer les usages de tra­vail, les mé­tiers et les sta­tuts », ex­plique Na­tha­naël Ma­thieu, pré­sident de LBMG Work­labs et fon­da­teur de Neo-no­made.com, plate-forme dé­diée à l’im­mo­bi­lier flexible.

Sla­sheurs, au­to-en­tre­pre­neurs, ma­na­geurs de tran­si­tion, sa­la­riés-en­tre­pre­neurs, tra­vailleurs à temps par­ta­gé, té­lé­tra­vailleurs… L’in­fla­tion de ces nou­velles fi­gures de l’em­ploi re­met no­tam­ment en cause la na­ture des lieux et des en­vi­ron­ne­ments de tra­vail. En 2017, l’Ins­ti­tut d’amé­na­ge­ment et d’ur­ba­nisme (IAU) d’Ile-de-France a re­cen­sé pour la seule ré­gion ca­pi­tale 620 « tiers lieux », ces es­paces dé­diés aux nou­velles formes de tra­vail (no­made, à dis­tance et col­la­bo­ra­tif). Es­paces de co­wor­king, té­lé­centres, fa­blabs, in­cu­ba­teurs (et par­fois un peu tout ça à la fois) : leur nombre pour­rait dou­bler dans les trois ans qui viennent. De fait, si la de­mande émane bien sûr des start-up et des in­dé­pen­dants, elle est au­jourd’hui por­tée par les grandes en­tre­prises, qui sou­haitent mi­grer de la lo­ca­tion clas­sique de bu­reaux vers des mo­dèles im­mo­bi­liers plus flexibles. D’où l’es­sor de marques comme WeWork (lea­der mon­dial du co­wor­king), Spaces (groupe Re­gus) ou Next­door (Bouygues Im­mo­bi­lier – Ac­corHo­tels).

Cer­tains em­ployeurs vont jus­qu’à ins­tal­ler plu­sieurs cen­taines de col­la­bo­ra­teurs dans ces nou­veaux lieux. D’autres pro­posent un cré­dit temps à leurs sa­la­riés, qui l’uti­lisent à leur gré chez des pres­ta­taires préa­la­ble­ment ré­fé­ren­cés. Un mou­ve­ment dont ne doute pas Na­tha­naël Ma­thieu : « Ce mar­ché va croître très vite. Cô­té ofre, les in­ves­tis­se­ments sont par­fois pha­rao­niques et il y au­ra sans doute des efets de concen­tra­tion mais, cô­té de­mande, la ten­dance est ir­ré­ver­sible ». Tiers lieu : es­pace de nou­velles formes de tra­vail, hors des bu­reaux de l'en­tre­prise et du do­mi­cile. Co­wor­king : es­pace de bu­reaux meu­blés ac­cueillant sur des mo­da­li­tés de lo­ca­tion flexibles. Fa­blab : lieu équi­pé de ma­chi­ne­sou­tils mises à dis­po­si­tion du pu­blic. In­cu­ba­teur : struc­ture d'ac­com­pa­gne­ment de pro­jets de créa­tion d'en­tre­prise. Ma­na­geur de tran­si­tion : per­sonne qui as­sure l’in­té­rim sur une fonc­tion ma­na­gé­riale.

Sla­sheur : per­sonne qui cu­mule plu­sieurs ac­ti­vi­tés ré­mu­né­rées.

NOU­VEAUX USAGES, NOU­VEAUX STA­TUTS

TIERS LIEUX RE­CEN­SÉS EN 2017 EN ILE$DE$FRANCE

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