LE PLUS DUR RESTE À FAIRE

Cinq cents jours après son ac­ces­sion à l’Ely­sée, Em­ma­nuel Ma­cron s’ap­prête à lan­cer de nou­velles ré­formes. Pas for­cé­ment de na­ture à amé­lio­rer sa cote de po­pu­la­ri­té.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - LA UNE - PAR OLI­VIER BEAU­MONT ET PAU­LINE THÉVENIAUD

Le chef de l’Etat le ré­pète : il tien­dra coûte que coûte ses pro­messes. Où en est-il après un peu plus de cinq cents jours à l’Ely­sée ?

en­voyé à 6 700 km de Pa­ris, de­puis les An­tilles où il a clos, hier, un pé­riple de cinq jours. « Nos ré­formes iront jus­qu’au bout, je ne cé­de­rai pas à la fa­ci­li­té », pré­vient Em­ma­nuel Ma­cron. Ma­nière de dire que les mau­vais son­dages qui s’ac­cu­mulent de­puis plu­sieurs mois ne le fe­ront pas dé­vier de son cap. Chiche !

Car après cinq cents jours de gou­ver­nance et des ré­formes me­nées à un train d’en­fer (loi Tra­vail, ré­forme de la SNCF, pré­lè­ve­ment à la source, exo­né­ra­tion de la taxe d’ha­bi­ta­tion, in­ter­dic­tion du por­table au pri­maire et au col­lège, trans­pa­rence de la vie pu­blique…), la ma­jo­ri­té a bien com­pris qu’elle ne pou­vait pas se conten­ter d’un au­to­sa­tis­fe­cit. Ma­cron le pre­mier alors que les ré­sul­tats tardent à ve­nir, lui qui s’est pour­tant fait élire sur la pro­messe de l’ef­fi­ca­ci­té.

« Nous avons de­man­dé beau­coup d’ef­forts, ou­vert beau­coup de chan­tiers, et par­fois le quo­ti­dien de nos conci­toyens n’a pas en­core chan­gé. J’en suis très conscient », a-t-il confié, hier, dans les co­lonnes du « JDD ». « Il y a un pro­blème de dé­con­nexion entre le temps lé­gis­la­tif et le temps de la vie des gens. Or, ce que les gens ne voient pas, ce­la n’existe pas », ad­met-on à l’Ely­sée.

Une qua­dra­ture que l’exé­cu­tif a plu­sieurs fois ten­té de sur­mon­ter ces der­niers mois, no­tam­ment en pous­sant ses mi­nistres à — mieux — faire la pédagogie de leurs ré­formes. « Il y a un en­jeu à ne pas s’en­dor­mir sur son agen­da. Il ne suf­fit pas de se conten­ter de faire des réunions, de lire ses mails et le soir d’al­ler se cou­cher pour se dire qu’on a bien fait le job. Non, il faut faire de la po­li­tique, vrai­ment ! » en­cou­rage Ma­ti­gnon, alors que nombre de mi­nistres sont ré­gu­liè­re­ment taxés de ne pas as­sez mon­ter au front. « La po­li­tique, c’est de la ba­garre, il faut convaincre les Fran­çais. Quand on marque un but, il faut que ça se voie », pour­suit un proche d’Edouard Phi­lippe.

Et de la ba­garre, il de­vrait y en avoir. Avec des dos­siers ul­tra­chauds aux­quels le pré­sident a pro­mis de s’at­te­ler. Comme le très ex­plo­sif dos­sier de la ré­forme des re­traites, mais aus­si ce­lui de l’as­su­rance chô­mage. Sans par­ler de la sen­sible ques­tion de la PMA, de la lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique et de cette pro­messe de faire bais­ser le chô­mage à 7 % d’ici à la fin du quin­quen­nat. Sur ce der­nier point, le chef de l’Etat sait qu’il se­ra ju­gé sur pièce, au risque de tom­ber dans le même piège que Fran­çois Hol­lande, em­pê­tré avec sa pro­messe d’« in­ver­sion de la courbe ». « La ques­tion de l’em­ploi, c’est le su­jet fondamental. Ce se­ra la réus­site ou l’échec d’Em­ma­nuel Ma­cron », pa­rie un mi­nistre. « De toute fa­çon, on va mon­trer aux Fran­çais qu’on ne lâ­che­ra pas l’af­faire », en­chaîne un autre.

PRE­MIERS SIGNES DE MEA CULPA

Et que dire du tra­vail pour re­do­rer l’image pré­si­den­tielle, très abî­mée ces der­nières se­maines par les in­tem­pes­tives sor­ties du pré­sident sur « le po­gnon de dingue », les « Gau­lois ré­frac­taires », par son échange avec un jeune hor­ti­cul­teur sans em­ploi, et bien sûr par l’af­faire Be­nal­la. De­puis les An­tilles, le prin­ci­pal in­té­res­sé a es­quis­sé des pre­miers signes de mea culpa, n’hé­si­tant pas à faire tom­ber la veste et à su­bir les trombes d’eau de la tem­pête Kirk pour ren­con­trer des ha­bi­tants en­core si­nis­trés, un an après, par la tem­pête Ir­ma.

Re­tour­ner sur le ter­rain, al­ler au contact des gens, entre em­pa­thie et proxi­mi­té, pour cas­ser cette image d’ar­ro­gance et de pré­sident des riches. Voi­là l’ob­jec­tif d’Em­ma­nuel Ma­cron pour les se­maines à ve­nir. « L’an­née qui s’est écou­lée était qua­si­ment une an­née de mise en jambes par rap­port à l’an­née qui s’an­nonce », ré­sume un dé­pu­té LREM. Ou com­ment dire que pour le chef de l’Etat, le plus dur reste en­core à faire…

LA QUES­TION DE L’EM­PLOI, C’EST LE SU­JET FONDAMENTAL. CE SE­RA LA RÉUS­SITE OU L’ÉCHEC D’EM­MA­NUEL MA­CRON UN MI­NISTRE

Quar­tier d’Or­léans (Saint-Mar­tin), sa­me­di. Em­ma­nuel Ma­cron est al­lé à la ren­contre des ha­bi­tants sous des trombes d’eau.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.