« An­ti­ci­per les be­soins en main-d’oeuvre àtroi­sou­cin­qans»

Pa­trick Du­chen DI­REC­TEUR D’ÉTUDES AU CENTRE DE RE­CHERCHE POUR L’ÉTUDE ET L’OB­SER­VA­TION DES CONDI­TIONS DE VIE (CRÉDOC)

Le Parisien (Hauts de Seine) - - ÉCO - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR L.L.

COM­MENT SE PORTE L’EM­PLOI EN FRANCE ?

En 2018, la France bé­né­fi­cie d’une re­prise de l’em­ploi, por­tée par la crois­sance re­trou­vée. 281 000 postes ont été créés en 2017 et 147 000 en 2018, se­lon la Banque de France. Les dii­cul­tés de re­cru­te­ment sur les mé­tiers en ten­sion ont donc ex­plo­sé : elles concernent 44,4 % des pro­jets contre 37,5 % un an au­pa­ra­vant, au plus haut de­puis dix ans, se­lon l’en­quête Be­soins en main-d’oeuvre 2018 de Pôle em­ploi. Ce phé­no­mène est par­ti­cu­liè­re­ment mar­qué dans la construc­tion et dans l’in­dus­trie, en quête de gros vo­lumes de tech­ni­ciens et d’in­gé­nieurs aux com­pé­tences très spé­ci­fiques.

COM­MENT EX­PLI­QUER CETTE SI­TUA­TION ?

Ces sec­teurs ont par­ti­cu­liè­re­ment sou­fert de la crise éco­no­mique de 2008.

Ils ont beau­coup li­cen­cié et sont à pré­sent au mi­ni­mum en termes d’efec­tifs. Dans un contexte de re­prise, la ten­sion sur le re­cru­te­ment est très forte : tout le monde veut em­bau­cher en même temps. Les TPE, peut-être moins at­trac­tives, ex­priment les plus grandes dii­cul­tés. Dans le com­merce ou l’agri­cul­ture, en pé­nu­rie aus­si, les dii­cul­tés à recruter sont res­tées stables par rap­port aux an­nées pré­cé­dentes.

QUELLES SONT LES PISTES POUR RÉ­SOUDRE LE PRO­BLÈME DES MÉ­TIERS EN TEN­SION ?

Tout l’en­jeu pour le gou­ver­ne­ment et les branches pro­fes­sion­nelles est d’an­ti­ci­per les be­soins en main-d’oeuvre à trois ou cinq ans. Le but : pou­voir adap­ter l’ofre de for­ma­tion ini­tiale ou conti­nue. Les branches pro­fes­sion­nelles tra­vaillent no­tam­ment en in­ter­branches pour voir com­ment faire pas­ser plus fa­ci­le­ment des pro­fils aux com­pé­tences si­mi­laires de l’une à l’autre grâce à la for­ma­tion conti­nue. Les sec­teurs qui connaissent des dii­cul­tés de re­cru­te­ment font éga­le­ment de gros eforts de pro­mo­tion de leurs mé­tiers, qui soufrent sou­vent d’a prio­ri né­ga­tifs. L’in­dus­trie par exemple in­tègre au­jourd’hui la plu­part du temps une di­men­sion de haute tech­no­lo­gie, en en­vi­ron­ne­ment propre, des mé­tiers très va­riés et de bons sa­laires. Ain­si, un ou­vrier spé­cia­li­sé dans la construc­tion na­vale mi­li­taire peut ga­gner jus­qu’à 4 000 € net par mois avec les primes, no­tam­ment les sou­deurs spé­cia­li­sés, qui exercent un mé­tier dii­cile dans des es­paces res­treints. De même, dans le com­merce, un bou­cher en su­per­mar­ché a dé­sor­mais sou­vent le sa­laire le plus éle­vé (jus­qu’à 50 000 € brut/an en hy­per­mar­ché) après le di­rec­teur de site.

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