A New York, l’éton­nante mé­thode de lutte contre les dis­pa­ri­tés sa­la­riales

Pour da­van­tage d’éga­li­té entre hommes et femmes, les en­tre­prises n’ont plus le droit de de­man­der aux can­di­dats leurs an­ciens sa­laires.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - ÉCONOMIE - DE NOTRE COR­RES­PON­DANTE CH­LOÉ CO­HEN À NEW YORK

AVEC LA LOI Ave­nir pro­fes­sion­nel, la France s’est do­tée d’un nou­vel ar­se­nal pour ré­duire les in­éga­li­tés de sa­laires entre hommes et femmes : au 1er jan­vier, les en­tre­prises de­vront non seule­ment me­su­rer les écarts de sa­laires exis­tants, mais aus­si rendre des comptes en ma­tière d’aug­men­ta­tions et de pro­mo­tions afin d’as­su­rer le rat­tra­page sa­la­rial des femmes. La ville de New York, elle, a dé­jà sau­té le pas en im­po­sant une lé­gis­la­tion contrai­gnante à son mar­ché de l’em­ploi.

LES FEMMES OSENT MOINS

De­puis un an, les re­cru­teurs n’ont plus le droit de de­man­der aux can­di­dats et can­di­dates leurs pré­cé­dentes ré­mu­né­ra­tions, afin de ne plus re­pro­duire in­dé­fi­ni­ment les écarts de sa­laires entre col­lègues. Des dis­pa­ri­tés qui, se­lon l’ins­ti­tut Wo­men’s Po­li­cy Re­search, s’éle­vaient à 20 % de ré­mu­né­ra­tion en moins pour les sa­la­riées newyor­kaises en 2017, com­pa­ré à leurs ho­mo­logues mas­cu­lins et à poste iden­tique. Ces chiffres ont mo­ti­vé la ville à de­ve­nir la pre­mière ca­pi­tale mon­diale à prendre une telle me­sure.

A l’époque de la mise en place de la nou­velle lé­gis­la­tion, Le­ti­tia James — la dé­fen­seuse des droits (« Pu­blic Ad­vo­cate ») de la ville de New York, pre­mière femme afro-amé­ri­caine élue à ce poste — avait dé­cla­ré : « In­ter­dire aux em­ployeurs de po­ser des ques­tions sur les pré­cé­dents sa­laires pen­dant un en­tre­tien d’em­bauche per­met­tra à une per­sonne sous-payée de ne pas être vic­time à vie de cette in­éga­li­té. »

En théo­rie, la loi se­rait donc la so­lu­tion toute trou­vée. Sauf qu’en pra­tique les em­ployeurs ont en­core le droit de de­man­der les « pré­ten­tions sa­la­riales », base de la né­go­cia­tion. « Or, les femmes né­go­cient moins bien leur ré­mu­né­ra­tion, ar­gu­mente Ma­rie*, an­cienne res­pon­sable des res­sources hu­maines dans un groupe d’as­su­rances. Alors que les hommes n’hé­sitent pas à se mettre en avant, quitte à men­tir un peu sur leurs com­pé­tences. »

Il n’em­pêche, si le fu­tur em­ployeur es­saie de contour­ner la loi pour connaître l’his­to­rique de ré­mu­né­ra­tion des can­di­dats, il en­court jus­qu’à 200 000 € d’amende. Dis­sua­sif.

* Le pré­nom a été chan­gé.

New York (Etats-Unis), en août. Les can­di­dats à l’em­bauche peuvent dé­sor­mais don­ner leurs pré­ten­tions sa­la­riales à leur fu­tur em­ployeur sans avoir à pré­ci­ser leurs ré­mu­né­ra­tions pré­cé­dentes.

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