Quand Pou­li­dor re­trouve An­que­til

Pou­pou a as­sis­té hier à la pièce « l’Eter­nel Pre­mier » qui re­trace la car­rière de Maître Jacques. Un mo­ment fort au­quel nous avons as­sis­té.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - CYCLISME - PAR DA­VID OPOCZYNSKI RAY­MOND POU­LI­DOR

À 22 H 17, JEU­DI, Ray­mond Pou­li­dor quitte son siège du Théâtre de Sèvres pour re­joindre sur scène les trois ac­teurs de la pièce « l’Eter­nel Pre­mier »*, qui ra­conte les in­croyables car­rière et per­son­na­li­té de Jacques An­que­til. « Bon­jour Jea­nine… » lance-t-il à Clé­men­tine Le­bo­cey, tou­chante in­car­na­tion de la com­pagne du pre­mier quin­tuple vain­queur du Tour de France. « Bon­jour Jacques… » glisse-t-il en­suite à Ma­ti­la Mal­lia­ra­kis, for­mi­dable dans la peau d’An­que­til. Un der­nier « Bon­jour Gé­mi­nia­ni » pour Sté­phane Oli­vié-Bis­son, qui in­ter­prète no­tam­ment… Pou­li­dor lui-même.

Dans la salle, 370 per­sonnes ap­plau­dissent cha­leu­reu­se­ment ce mo­ment « as­sez émou­vant » se­lon les pre­miers mots de Pou­li­dor, 82 ans. « J’ai bien connu An­que­til… », glisse Pou­pou au mi­cro ten­du par le jour­na­liste Da­niel Pau­trat. Il s’adresse en­suite aux ac­teurs et au pu­blic dans un échange sou­dain hors du temps. « C’était tou­chant, éton­nant, in­dé­fi­nis­sable, ré­sume Ma­ti­la Mal­lia­ra­kis. Il y a eu une ren­contre de deux réa­li­tés. »

Comme il en a l’ha­bi­tude, Ray­mond Pou­li­dor fait alors par­ta­ger ses sou­ve­nirs de Maître Jacques, dé­cé­dé en 1987, à 53 ans. Il en­chaîne les anec­dotes. Beau­coup font sou­rire les spec­ta­teurs. Cer­tains sont émus, comme Jean-Paul Ol­li­vier ou Re­né Ri­vière, 98 ans, mo­tard of­fi­ciel du Tour de France du­rant trente ans, qui a cô­toyé les deux cou­reurs.

Par­mi les pe­tites his­toires, Pou­li­dor ra­conte cette conver­sa­tion lorsque An­que­til, de­ve­nu consul­tant, vient le trou­ver sur le Tour : « Tu conti­nues à m’em­mer­der. Ma fille veut ta cas­quette ! Elle dit Pou­pou avant Pa­pa… » Les deux cham­pions, qui se dé­tes­taient, de­vien­dront amis à par­tir de 1977. « Nous avons per­du dix ans de notre ami­tié », di­ra un jour An­que­til à Pou­li­dor. « Tu se­ras en­core deuxième », lui glis­se­ra-t-il aus­si, au té­lé­phone, au mo­ment de lui an­non­cer sa ma­la­die.

« C’était une soi­rée par­ti­cu­lière, confie Pou­li­dor, après avoir si­gné plu­sieurs cen­taines de livres, des pho­tos de son duel dans le puy de Dôme, ou de vieux nu­mé­ros de Mi- roir des sports. Je suis obli­gé d’être bou­le­ver­sé par cette pièce. Beau­coup de choses m’ont tou­ché. »

Ma­ti­la Mal­lia­ra­kis re­con­naît qu’il était « as­sez ten­du » avant de jouer de­vant Pou­li­dor. « Quand on le nomme, on sait qu’il est là, dit-il. Ça crée un écho au­quel j’ai été sen­sible tout au long de la re­pré­sen­ta­tion. Ça met sur un fil. En plus, je l’en­ten­dais de temps en temps faire de pe­tits com­men­taires. C’est im­pres­sion­nant. » Le dis­cours de Pou­pou l’a aus­si mar­qué : « Il a un re­gard ex­trê­me­ment clair et hon­nête sur la place qu’il a ga­gnée grâce à An­que­til. C’est très beau et très in­tel­li­gent de sa part, quand il dit : Est-ce qu’on par­le­rait de moi au­jourd’hui si j’avais ga­gné un Tour de France ? » L’ac­teur se­ra aus­si fé­li­ci­té par l’an­cien cou­reur pour sa po­si­tion fi­dèle à celle d’An­que­til sur le vé­lo. « Ça m’a ému. C’est une re­con­nais­sance. »

Avant de par­tir, on de­mande à Ray­mond Pou­li­dor s’il ne mé­ri­te­rait pas lui aus­si de faire l’ob­jet d’un spec­tacle. « Une pièce sur moi ? Ha, ha ! Je ne vois pas la né­ces­si­té ! », ri­gole-t-il. Avant d’ajou­ter : « Et, puis, quand on évoque An­que­til, on évoque Pou­li­dor. Et vice-ver­sa. »

« JE SUIS OBLI­GÉ D’ÊTRE BOU­LE­VER­SÉ PAR CETTE PIÈCE. BEAU­COUP DE CHOSES M’ONT TOU­CHÉ »

*« L’Eter­nel Pre­mier », d’après le ré­cit de Paul Four­nel « An­que­til tout seul », au Théâtre de la Pé­pi­nière (Pa­ris IIe) : les lun­dis (19 heures) et di­manches (20 heures). Du­rée : 1 h 20.

Sèvres (Hauts-de-Seine), jeu­di soir. Ray­mon Pou­li­dor (à dr.) est in­ter­viewé sur scène à l’is­sue de la pièce par le jour­na­liste Da­niel Pau­trat.

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