A l’Ely­sée, Ma­cron ca­jole les maires

Le Parisien (Hauts de Seine) - - POLITIQUE - PAU­LINE THÉVENIAUD

LA SALLE DES FÊTES de l’Ely­sée est comble. Il a même fal­lu ins­tal­ler des tentes chauf­fées sur la ter­rasse. On y pa­tiente de­bout, ser­rés. Les équipes de la pré­si­dence tiennent le dé­compte : 2 024 maires ont ré­pon­du à l’in­vi­ta­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron, se ré­jouissent-elles. « On est po­lis. Quand on nous in­vite, on vient », sou­rit l’un d’eux.

« Le Con­grès des maires, il se passe à la porte de Ver­sailles, pas à l’Ely­sée », grince tou­te­fois le tré­so­rier de l’As­so­cia­tion des maires de France (AMF), Mi­chel Ver­gnier, qui passe son tour comme d’autres membres de l’as­so­cia­tion. Il y a un an, mal­gré les sif­flets, le pré­sident pro­met­tait de re­ve­nir de­vant les congres­sistes. Il a fi­na­le­ment choi­si de les re­ce­voir à l’Ely­sée. D’au­cuns ont confié leur dé­cep­tion, y ont vu un moyen de s’évi­ter une bron­ca. D’éta­blir un lien di­rect, sans l’in­ter­mé­diaire de l’AMF, avec la­quelle le ton est mon­té. Ses re­pré­sen­tants ont été re­çus hier après-mi­di. « Ar­rê­tons les fausses po­lé­miques et la scé­na­ri­sa­tion de nos désac­cords », leur a de­man­dé Ma­cron.

LE DIS­COURS SUR LA MÉ­THODE

Le pré­sident res­sort du ren­dez­vous avec cette pro­messe : « L’an­née pro­chaine, je se­rai au con­grès. » Ain­si dé­bute (avec qua­rante-cinq mi­nutes de re­tard) l’opé­ra­tion de charme, dans la salle des fêtes. « Je vais res­ter avec vous aus­si long­temps qu’il y au­ra du monde ! » Il est urgent d’apai­ser in­quié­tudes et mé­con­ten­te­ments. « On se sent un peu in­com­pris, il y a une dés­illu­sion. Cer­tains de mes col­lègues ont sou­hai­té ma­ni­fes­ter leur désac­cord par leur ab­sence », glisse Jean-Mi­chel Fa­roux, maire de Mau­pré­voir (Vienne), ap­pe­lant le pré­sident à re­nouer « le dia­logue ».

Ce­la, le chef de l’Etat s’y em­ploie toute la soi­rée. « Les dé­ci­deurs po­li­tiques, c’est vous et moi », ca­jole-t-il, jouant la com­pli­ci­té : « Je sais que votre quo­ti­dien n’est pas fa­cile. Ce­lui du gou­ver­ne­ment ne l’est pas da­van­tage. » Em­ma­nuel Ma­cron, qui n’a pas mé­na­gé les corps in­ter­mé­diaires, sait que les élus lui en tiennent grief. Dans la ligne du chan­ge­ment de ton de ces der­niers temps, il leur pro­met une nou­velle mé­thode de tra­vail, de les as­so­cier, es­saie de les em­me­ner avec lui. « On a une responsabilité com­mune, c’est d’être en­semble » pour ne pas ou­vrir « un bou­le­vard aux dé­ma­gogues ».

Le mi­cro tourne. Les maires lui parlent trans­ferts de com­pé­tences, lour­deurs ad­mi­nis­tra­tives. Prix des car­bu­rants, bien sûr. Ils n’ou­blient ni leurs re­ven­di­ca­tions, ni leurs dif­fi­cul­tés. « Il est in­ac­cep­table que les élus lo­caux soient li­vrés à la vin­dicte », re­lève un élu. Ré­fé­rence au ha­sh­tag #Ba­lan­ce­Ton­Maire mal­adroi­te­ment lan­cé par des mi­li­tants LREM. « Nous tra­vaillons sans comp­ter », ajoute une autre.

Les échanges s’étirent. « Il est tech­nique, il veut mon­trer qu’il connaît », souffle un élu. La salle com­mence à se vi­der, on en­tame le buf­fet. Le pré­sident doit même in­ter­ve­nir pour at­té­nuer les ba­var­dages. Si Jacques Ro­bin, maire de Ros­pez (Cô­tesd’Ar­mor), ap­pré­cie qu’il « ré­ponde à toutes les ques­tions », Bru­no Mar­ty, son ho­mo­logue de La Réole (Gi­ronde), n’est « pas trop convain­cu des ré­ponses sur le monde ru­ral ». « C’est une in­ter­ven­tion in­té­res­sante, mais qui n’ap­porte pas toutes les ré­ponses, juge Do­mi­nique Roux, d’Ar­ge­lès-Ga­zost (Hautes-Py­ré­nées). On les at­tend. » Le pré­sident, lui, pro­met de re­nou­ve­ler l’in­vi­ta­tion.

JE SAIS QUE VOTRE QUO­TI­DIEN N’EST PAS FA­CILE. CE­LUI DU GOU­VER­NE­MENT NE L’EST PAS DA­VAN­TAGE

Pa­lais de l’Ely­sée (Pa­ris VIIIe), hier soir. Em­ma­nuel Ma­cron a ten­té de re­ga­gner la confiance des maires : « Les dé­ci­deurs po­li­tiques, c’est vous et moi. »

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