« En une heure, j’ai été li­bé­rée de dix ans de souf­france »

Lau­ra a été trai­tée par des ul­tra­sons. Une pre­mière mon­diale réa­li­sée à Lyon.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - SOCIÉTÉ -

CE­LA FAI­SAIT DIX ANS que Lau­ra n’avait pas fait de vé­lo. Trop dou­lou­reux. Alors, de­puis cet été, la tren­te­naire s’en donne à coeur joie, mul­ti­pliant les ba­lades en fa­mille le long de la Loire. « C’est le jour et la nuit. Je re­vis et pro­fite de ces choses simples que je peux faire à nou­veau », nous confie la char­gée de re­cru­te­ment, ins­tal­lée à cô­té de Ne­vers (Nièvre). A 33 ans, Lau­ra a bé­né­fi­cié d’une pre­mière mon­diale, un es­sai cli­nique aux ré­sul­tats pro­met­teurs, pour ne pas dire spec­ta­cu­laires. A l’hô­pi­tal de la Croix-Rousse à Lyon, comme une ving­taine de femmes, elle a ex­pé­ri­men­té un trai­te­ment par ul­tra­sons fo­ca­li­sés.

UNE AL­TER­NA­TIVE À LA CHI­RUR­GIE LOURDE

Les ondes sont al­lées dé­truire, plus exac­te­ment dé­vi­ta­li­ser, son en­do­mé­triose di­ges­tive. « L’at­teinte di­ges­tive est l’une des plus fré­quentes de la ma­la­die. Elle en­traîne, en plus des règles à se plier de dou­leur, des diar­rhées et consti­pa­tions par al­ter­nance, des crampes au rec­tum, des rap­ports sexuels com­pli­qués. Pour les pa­tientes, la souf­france est im­mense et la qua­li­té de vie dé­gra­dée », dé­crypte le pro­fes­seur Gil Du­ber­nard. Ce chef du ser­vice gy­né­co­lo­gie a eu l’idée de dé­tour­ner un ap­pa­reil de trai­te­ment du can­cer de la pros- tate pour ci­bler les lé­sions. Une al­ter­na­tive à la chi­rur­gie lourde et mu­ti­lante, pou­vant al­ler jus­qu’à l’am­pu­ta­tion du rec­tum.

Les symp­tômes dé­crits par le mé­de­cin, Lau­ra les a tous connus. Elle peut y ajou­ter la fa­tigue et les dif­fi­cul­tés lors de la concep­tion et de la mise au monde de Mi­lan et de Ju­lia, ses deux en­fants. Mais, grâce au pro­to­cole in­no­vant qu’elle a re­joint en mai, la jeune femme va « ex­trê­me­ment bien ». « En une heure, sans chi­rur­gie, juste avec une sonde, j’ai été li­bé­rée de dix ans de souf­france », lance-t-elle. Lau­ra, dont la ma­la­die, ap­pa­rue à l’ado­les­cence, s’est ac­cen­tuée à 23 ans, a conscience du temps per­du, faute de diag­nos­tic. Elle se sou­vient d’un doc­teur qui, avant de l’exa­mi­ner, avait osé : « Si vous avez de l’en­do­mé­triose, je me coupe un bras. » « A la fin de la consul­ta­tion, je n’ai pu m’em­pê­cher de lui dire : Mon­sieur, vous al­lez être man­chot.»

A Lyon, le pro­fes­seur Du­ber­nard s’ap­prête à pour­suivre son étude, avec plus de pa­tientes, et am­bi­tionne un dé­ve­lop­pe­ment dans d’autres centres en France. « J’ai en­core des lé­sions, ce n’est pas gué­ri mais en­dor­mi… Pour tou­jours ou pour quelque temps ? Je ne sais pas », concède Lau­ra. Elle n’a pas en­vie d’y pen­ser, pré­fé­rant pé­da­ler dans le sens du vent et du pro­grès.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.