Le trio d’es­crocs ci­blait la BNP

Le Parisien (Hauts de Seine) - - HAUTS-DE-SEINE - PAR ARIANE RIOU

« ON N’EST PAS en Corse. Ici, c’est les Hauts-de-Seine. » L’avo­cate de la dé­fense n’y va pas de main morte même avec ses propres clients. Hier, Me Ka­mi­lia Ab­ci dé­fen­dait trois hommes, âgés de 37 à 39 ans, ju­gés pour le pas­sage à ta­bac d’un ado­les­cent de 17 ans, à Co­lombes, le 27 sep­tembre. Une ré­ponse aux airs de ven­geance. Le ly­céen est lui-même pour­sui­vi… pour des vio­lences sur une jeune fille que connaissent bien les pré­ve­nus.

La 17e chambre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Nan­terre a condam­né à sept mois de pri­son ce­lui qui se pré­sente comme l’ins­ti­ga­teur du lyn­chage. Les deux autres écopent de quatre mois. La pro­cu­reur avait re­quis huit mois d’em­pri­son­ne­ment, dont six avec sur­sis, et mise à l’épreuve, pour le prin­ci­pal pré­ve­nu. Idem pour ses deux com­parses, mais sans mise à l’épreuve.

Les faits se sont dé­rou­lés un jeudi ma­tin, alors que l’ado­les­cent se ren­dait au ly­cée. Les trois tren­te­naires, de gaillards pères de fa­mille qui vivent loin de Co­lombes, sont ve­nus le re­trou­ver. « On vou­lait juste lui faire peur, as­sure l’ins­ti­ga­teur, d’une voix po­sée. Mais je me suis em­por­té. » Après l’échange de « quelques phrases » et d’in­sultes que nie la vic­time, cette der­nière est rouée de coups de batte à la tête et aux bras. Mais aus­si, se­lon le rap­port mé­di­cal, elle porte la trace d’un un coup de cou­teau à la jambe, dé­men­ti par les pré­ve­nus. Le ly­céen s’en sort avec dix jours d’ITT. « De­puis, je suis complexé par mes bles­sures. Je me ba­lade tou­jours avec une cas­quette », lâche-t-il.

« Ça s’ar­rê­te­ra quand tout ça ? » lance la pré­si­dente, qui dé­nonce « l’en­gre­nage de la vio­lence ». Car, quelques jours plus tôt, le jeune homme as­sis ce jour sur le banc des par­ties ci­viles avait éga­le­ment en­dos­sé le cos­tume de l’agres­seur. En s’en pre­nant vio­lem­ment à une jeune fille de 15 ans, al­lant jus­qu’à lui cas­ser des dents, parce qu’elle se se­rait em­brouillée avec sa soeur. Et c’est pour ven­ger cette ado­les­cente que les trois pré­ve­nus sont ve­nus trou­ver son agres­seur. « J’étais bou­le­ver­sé de la voir dans cet état », ra­conte l’un d’eux.

« Pour­quoi n’êtes-vous pas al­lés voir la po­lice ? » ques­tionne en­core la pré­si­dente. « On ne sa­vait pas que quelque chose était en cours », ré­pond l’in­té­res­sé, en fai­sant al­lu­sion à la pro­cé­dure ju­di­ciaire. Au­cun des trois pré­ve­nus n’avait été condam­né pour des faits de vio­lences au­pa­ra­vant. « Vous êtes des adultes, lui c’est un ga­min… » souffle la ma­gis­trate. Se­lon l’avo­cate des trois agres­seurs, le soir même de l’agres­sion à Co­lombes, la mère de l’ado bles­sée se se­rait, elle aus­si, fait vio­len­ter, chez elle, par des hommes en­ca­gou­lés… Le lien avec les faits du ma­tin reste à éta­blir. Mais « tout ce­la doit se ter­mi­ner, au­jourd’hui, de­vant ce tri­bu­nal », tranche le conseil.

“DE­PUIS [L’AGRES­SION], JE SUIS COMPLEXÉ PAR MES BLES­SURES. JE ME BA­LADE TOU­JOURS AVEC UNE

” CAS­QUETTE LE LY­CÉEN, QUI A ÉTÉ ROUÉ DE COUPS DE BATTE À LA TÊTE ET AUX BRAS

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.