LES TAXIS CLAN­DES­TINS, plaie des aé­ro­ports pa­ri­siens

L’af­faire de l’es­croc qui a fait payer 247 € une course Rois­sy-Pa­ris à des tou­ristes a mis en lu­mière les risques liés aux im­pos­tures. Un phé­no­mène que la po­lice a du mal à en­di­guer. En un an, les dé­lits consta­tés ont dou­blé.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - TRANSPORTS - PAR JEAN-GA­BRIEL BONTINCK ▣ * Le pré­nom a été chan­gé

Ce­la va en­core nuire à notre image… » A l’unis­son, chauf­feurs de taxi et de VTC, qui, dans leur grande ma­jo­ri­té, s’at­tachent au res­pect des règles de leur pro­fes­sion, se dé­so­lent de l’af­faire du faux taxi es­croc. Un « bad buzz » dont ils se se­raient bien pas­sés. Rap­pel des faits : dé­but no­vembre, une vi­déo, ré­vé­lée par « Le Pa­ri­sien », tourne en boucle sur les ré­seaux so­ciaux. Elle montre un faux chauf­feur de taxi ré­cla­mer 247 € à un couple de tou­ristes thaï­lan­dais, sé­ques­trés dans la voi­ture de l’es­croc, sans comp­teur ni li­cence. L’af­faire fait grand bruit, mais, à Rois­sy, elle n’étonne pas plus que ça les chauf­feurs de taxis sur place. Ils re­gorgent d’anec­dotes sur ces es­crocs qui abusent de la cré­du­li­té des tou­ristes, sou­vent étran­gers (lire ci-contre). Et constatent que, mal­gré les ef­forts de la bri­gade de la pré­fec­ture de po­lice char­gée de la sur­veillance des taxis et VTC, les Boers (la po­lice des taxis), ce phé­no­mène ne di­mi­nue pas.

LES IN­FRAC­TIONS EN HAUSSE DE 105 %

Les chiffres que nous dé­voi­lons sur ce phé­no­mène sont édi­fiants : en 2018, sur les 8 pre­miers mois de l’an­née, les Boers ont consta­té 207 dé­lits d’exer­cice illé­gal de l’ac­ti­vi­té de taxi, soit une hausse de 105 % par rap­port à la même pé­riode l’an­née der­nière. Les deux tiers de ces dé­lits ont été consta­tés dans les aé­ro­ports, et près de la moi­tié à Rois­sy.

Outre ces chauf­feurs clan­des­tins, les Boers traquent aus­si le ra­co­lage, qui concerne les faux taxis, mais aus­si les taxis en règle et les VTC. Il leur est en ef­fet in­ter­dit de prendre les clients sans ré­ser­va­tion ou d’al­ler les cher­cher di­rec­te­ment dans les ter­mi­naux. Là aus­si, les in­frac­tions ont dou­blé : 285 contra­ven­tions de 5e classe ont été dres­sées en 2018, soit une hausse de 104 % sur un an.

LES TOU­RISTES ÉTRAN­GERS CI­BLÉS

Il suf­fit d’un pe­tit tour dans l’un des aé- ro­ports pa­ri­siens pour s’en rendre compte. A Rois­sy par exemple, où l’on re­cense 7 000 à 8 000 prises en charge par jour en taxi, l’ac­ti­vi­té des faux taxis s’ef­fec­tue au grand jour. Franz, chauf­feur de taxi, en règle, se dé­sole de voir des clients fi­ler vers ces chauf­feurs clan­des­tins dont le ma­nège est bien ro­dé.

« Re­gar­dez, là, ils sont porte 11, ex­plique-t-il. Ils sta­tionnent leur vé­hi­cule dans le par­king pro, un peu plus loin porte 8. Ils ont des badges d’ac­cès tra­fi­qués ou vo­lés. Et ils viennent prendre les clients dans le ter­mi­nal, à la sor­tie d’avion. Le ma­tin, dès l’at­ter­ris­sage du pre­mier vol au ter­mi­nal 2 E, ils sont une ving­taine. Les Boers font ce qu’ils peuvent, mais ils ne sont pas as­sez nom­breux. Quand les faux chauf­feurs les aper­çoivent au 2 E, ils vont au 2 F. » Le fonc­tion­ne­ment de ces chauf­feurs sans li­cence ré­volte aus­si Da­vid*, agent de ré­gu­la­tion des taxis à Rois­sy de­puis une dou­zaine d’an­nées. « Ils ciblent les tou­ristes étran­gers, qui ont de l’ar­gent et ne parlent pas fran­çais. Les Ja­po­nais, les In­diens, les Russes, les Amé­ri­cains… Ils re­gardent l’heure d’ar­ri­vée des vols, et par­fois viennent même ré­cu­pé­rer les clients jusque dans la file d’at­tente des vrais taxis, sous notre nez ! Et en­suite, ils fixent le prix à la tête du client. C’est dan­ge­reux et ce­la donne une sale ré­pu­ta­tion à la France. C’est à l’Etat de faire quelque chose. »

LES EF­FEC­TIFS DES BOERS, LA PO­LICE DES TAXIS, REN­FOR­CÉS

« Nous avons ren­for­cé nos ef­fec­tifs, avec 90 fonc­tion­naires (NDLR : ils étaient 80 il y a deux ans), dont 20 en per­ma­nence à Or­ly, de­puis cette an­née, et en­vi­ron 25 à Rois­sy, de­puis 2017 », ré­pond-on chez les Boers. D’où la hausse im­por­tante des dé­lits consta­tés cette an­née. Mais leur tra­vail est ren­du dif­fi­cile par la né­ces­si­té de prendre en fla­grant dé­lit ces chauf­feurs clan­des­tins, « ba­gages des clients char­gés et une fois la pre­mière pas­sée ».

La re­cru­des­cence des taxis illé­gaux peut aus­si s’ex­pli­quer par la hausse ré­gu­lière du tra­fic voya­geur (+ 4,5 % en 2017) dans les aé­ro­ports pa­ri­siens (le cap des 100 mil­lions a été fran­chi en 2017). « Il y a plus de voya­geurs, donc plus de tran­sport de per­sonnes, et pro­por­tion­nel­le­ment plus de faux taxis », es­time-t-on chez les Boers.

Da­vid, lui, éva­lue à « une cen­taine » le nombre de ces conduc­teurs in­dé­li­cats à Rois­sy, en comp­tant aus­si les VTC qui ne res­pectent pas les règles et des taxis « grilleurs », qui n’at­tendent pas leur tour à la « base ar­rière taxis » comme le veut la pro­cé­dure. « Il y en a plus main­te­nant car d’an­ciens VTC, dé­çus de ne pas ga­gner as­sez, sont de­ve­nus des faux taxis. Ils pré­sentent bien, ont une oreillette pour com­mu­ni­quer di­rec­te­ment entre eux et si­gna­ler la pré­sence de Boers. Au fi­nal, cer­tains peuvent se faire 400 € par jour, et 10 000 € par mois ! C’est tel­le­ment lu­cra­tif que cer­tains font ça de­puis 15 ans, et re­viennent même après 5 ou 6 mois de pri­son », as­sure-t-il.

Dé­but no­vembre, ce faux chauf­feur de taxi a été fil­mé par un couple de tou­ristes thaï­lan­dais en pleine es­cro­que­rie.

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