Mon­sieur le Pré­sident, j’ai peur de gran­dir en France…

Le Parisien (Hauts de Seine) - - FAIT DU JOUR - THIBAULT CHAFFOTTE

« MON­SIEUR LE PRÉ­SIDENT, j’ai 17 ans et j’ai peur de gran­dir en France… » C’est avec son té­lé­phone por­table que Jade, ly­céenne de Chau­mon­tel, dans le Val-d’Oise, a écrit une lettre ou­verte à Em­ma­nuel Ma­cron. Cour­rier qu’elle a trans­mis à notre ré­dac­tion dans le but d’at­teindre le chef de l’Etat.

« Je fi­nis ma vie d’ado­les­cente et com­mence ma vie d’adulte et j’ai peur. Peur de ce qu’on va trou­ver, de ce que vous al­lez en­core aug­men­ter », écrit la jeune fille, qui fai­sait par­tie d’un cor­tège de Gi­lets jaunes sa­me­di der­nier.

« JE N’Y CONNA■S ▶■EN À LA POL■T■QUE »

« J’ai fait ça sur un coup de tête. Je n’y connais rien à la po­li­tique », re­late la jeune fille qui s’est po­sé de nom­breuses ques­tions dès le dé­but de la mo­bi­li­sa­tion des Gi­lets jaunes sur les ré­seaux so­ciaux. « Au dé­but, je ne com­pre­nais pas ce grand mou­ve­ment. Il fal­lait que je cherche. J’en ai par­lé au­tour de moi, à mes pa­rents. C’est là que j’ai com­pris que c’était contre la hausse du car­bu­rant, mais pas que. C’est un ras-le-bol contre un sen­ti­ment d’in­jus­tice », ana­lyse-t-elle.

Le 17 no­vembre, elle re­garde les in­fos à la té­lé­vi­sion. « Je me suis sen­tie in­utile, alors j’ai dit à ma mère, il faut qu’on y aille », ra­conte-t-elle. Mère et fille re­joignent donc l’opé­ra­tion es­car­got me­née sur la D 316. « On crie dans les rues MA­CRON DÉ­GAGE, pour­suit-elle dans sa lettre. Je vous avoue que la pre­mière fois que j’ai en­ten­du ce­la, j’étais dé­bous­so­lée et puis j’ai ap­pris que ces gens n’étaient pas mé­chants mais juste fa­ti­gués. J’ai vite com­pris qu’il fal­lait se battre… » Elle in­ter­roge Em­ma­nuel Ma­cron : « Que vous faut-il ? Notre sup­pli­ca­tion ? Nos pleurs ? Des morts ? A cause de toutes ses hausses, nous ne vi­vons plus mais nous su­bis­sons notre vie. »

« JE ME DE­MANDE COMB■EN JE VA■S DEVO■▶ GAGNE▶ DE­MA■N POU▶ SU▶V■V▶E »

Ce sen­ti­ment de ré­volte, Jade le connaît dé­jà. Elle pense à sa grand-mère de 83 ans, ex-agri­cul­trice qui touche au­jourd’hui entre 800 et 900 € par mois. « Quand on va la voir, on fait les courses pour rem­plir son fri­go. » Elle parle aus­si du der­nier ac­ci­dent vas­cu­laire cé­ré­bral de cette même grand­mère : « Elle a été prise en charge à 2 heures du ma­tin. Elle était ar­ri­vée à 17 heures. »

« J’ai vu et je vois mes pa­rents se battre pour nous, pour que plus tard nous ayons un ave­nir meilleur », écrit-elle en­core. Parce que la si­tua­tion de sa mère l’émeut aus­si. Con­trô­leur ad­mi­nis­tra­tif dans la sû­re­té aé­ro­por­tuaire, elle peine à rem­bour­ser seule le cré­dit de la mai­son. Alors, pour l’ai­der, la jeune fille s’est fait em­bau­cher dans une cho­co­la­te­rie. « J’ai peur de tout ce qui aug­mente, ré­pète-t-elle. Je me de­mande com­bien je vais de­voir ga­gner plus tard pour sur­vivre. » En jan­vier, elle fe­ra ses voeux sur Par­cour­sup. Elle veut s’ins­crire en droit, et de­ve­nir avo­cate « pour lut­ter contre l’in­jus­tice », conclut-elle.

DE NOTRE COR­RES­PON­DANT BER­TRAND

FIZEL, À CHER­BOURG (MANCHE)

Chau­mon­tel (Val-d’Oise), jeu­di. Jade, 17 ans, se dit très in­quiète de la hausse des prix.

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