On n’en a pas fi­ni avec John­ny

Dé­mis­sion du gé­rant de ses biens, conflit sur les bé­né­fices des ventes de disques, im­bro­glio entre les jus­tices fran­çaise et amé­ri­caine. Après l’au­dience d’hier, la suc­ces­sion Hal­ly­day est loin d’être tran­chée.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - LOISIRS - PA▶ EM­MA­NUEL MAROLLE

ÇA RES­SEMBLE à une sé­rie. Avec ses re­bon­dis­se­ments, ses sur­prises, ses fausses pistes. Il se passe tou­jours quelque chose dans l’af­faire Hal­ly­day. En at­ten­dant de se pen­cher en dé­tail sur la suc­ces­sion de John­ny Hal­ly­day le 29 mars pro­chain, la jus­tice étu­diait hier ma­tin le pa­tri­moine ar­tis­tique de la star. Il s’agis­sait de par­ler de disques, de mu­sique et… de gros sous.

Lau­ra Smet et Da­vid Hal­ly­day, les deux grands en­fants du chan­teur dis­pa­ru le 5 dé­cembre der­nier, ont en­ga­gé une pro­cé­dure en ré­fé­ré pour ré­cla­mer le gel des re­de­vances sur les ventes de disques du ro­ckeur. C’es­tà-dire le pour­cen­tage tou­ché par John­ny sur chaque al­bum ache­té dans le com­merce. Une somme po­ten­tiel­le­ment co­los­sale qui pour­rait at­teindre plus de 2 M€ uni­que­ment sur son ul­time al­bum, « Mon pays c’est l’amour », sor­ti le 19 oc­tobre et dé­jà ven­du à un mil­lion d’exem­plaires. Des bé­né­fices non blo­qués par la jus­tice fran­çaise et donc sus­cep­tibles de ne re­ve­nir qu’à Lae­ti­cia Hal­ly­day, seule hé­ri­tière de John­ny se­lon son tes­ta­ment amé­ri­cain. Un risque que ne veulent pas prendre Da­vid et Lau­ra. D’où cette nou­velle au­dience, hier, de­vant le tri­bu­nal de grande ins­tance de Pa­ris.

LE GÉ­RANT DU PA­TRI­MOINE DÉ­MIS­SIONNE

Pre­mière sur­prise dès le dé­but des dé­bats : Bank of Ame­ri­ca, dé­si­gné il y a six mois pour gé­rer les biens de John­ny Hal­ly­day aux Etats-Unis, a je­té l’éponge. C’est ce qu’an­nonce d’em­blée au tri­bu­nal son avo­cat, Alexis Werl. Les par­ties en pré­sence ont ap­pris la nou­velle mer­cre­di der­nier. Pour­quoi Bank of Ame­ri­ca dé­mis­sionne ? « Ils n’ont pas à mo­ti­ver leur dé­ci­sion », se contente de ré­pondre l’avo­cat de la so­cié­té. « Les Amé­ri­cains n’aiment pas trop se re­trou­ver as­si­gnés de­vant la jus­tice fran­çaise », com­mentent plu­sieurs avo­cats. « Ils se sont sans doute dit que ça com­men­çait à être le ba­zar cette his­toire », souffle un spé­cia­liste. Alors, que faire ? Plu­sieurs avo­cats de­mandent le ren­voi du dos­sier. Voire le sur­sis à sta­tuer, c’est-à-dire de ne pas re­pro­gram­mer d’au­dience avant qu’un nou­veau gé­rant amé­ri­cain soit nom­mé. « Mais ça peut prendre com­bien de temps, plu­sieurs mois ? », s’agace le tri­bu­nal. Après une heure de dé­bat, les juges dé­cident de pour­suivre l’au­dience.

DES RE­CETTES DÉ­JÀ BLO­QUÉES

Les avo­cats de Da­vid et Lau­ra le mar­tèlent de­puis le dé­but. Ils veulent que le droit fran­çais s’ap­plique sur la suc­ces­sion de John­ny. Dans ce cas, un quart des biens ira à sa femme et trois quarts à ses en­fants. « Nous de­man­dons donc le gel de 75 % des re­de­vances sur les ventes de disques de John­ny Hal­ly­day », précise Em­ma­nuel Ra­va­nas, l’un des avo­cats de Lau­ra, de­vant la cour. Les avo­cats des trois la­bels du chan­teur du­rant sa car­rière — So­ny, Uni­ver­sal et War­ner — dé­filent à la barre. Et ré­pètent la même chose : ces bé­né­fices sur chaque disque ven­du qui re­ve­naient au chan­teur sont dé­jà blo­qués par les mai­sons de disques. « De­puis son dé­cès, nous n’avons rien re­ver­sé, at­ten­dant d’avoir des éclair­cis­se­ments sur la suc­ces­sion », sou­ligne Me Ni­co­las Boesp­flug, re­pré­sen­tant d’Uni­ver­sal avec qui John­ny était en contrat entre 1961 et 2005. Alors à quoi bon cette au­dience ? Par peur de voir ces sommes par­tir aux Etats-Unis. « De­puis le 12 juillet, le trust ré­clame ces re­de­vances », sou­ligne Me Ra­va­nas. La jus­tice amé­ri­caine doit se pro­non­cer sur la ques­tion le 22 jan­vier. « Ce qui ren­tre­ra dans le trust n’en sor­ti­ra plus », ajoute Ca­rine Pic­cio, avo­cate de Da­vid. Un coffre-fort im­pos­sible à rou­vrir une fois fer­mé, à en­tendre le clan des aî­nés de John­ny. « Faux », ré­pètent de­puis des mois les conseils de Lae­ti­cia qui tentent de tor­piller la dé­marche de Da­vid et Lau­ra. « N’ayant pas pu ob­te­nir le blo­cage de la sor­tie de l’al­bum de leur père, ils de­mandent les re­de­vances vu le suc­cès de ce disque, lance Ar­naud Al­bou, l’un des avo­cats de la veuve du chan­teur. Le suc­cès de cet al­bum, c’est leur échec. »

ET LAE­TI­CIA DANS TOUT ÇA ?

Ab­sente, elle reste au coeur des dé­bats. No­tam­ment quand il s’agit d’évo­quer une nou­velle fois les liens du chan­teur avec l’Hexa­gone. Me Ra­va­nas ne se prive pas de ci­ter les pro­pos de Lae­ti­cia dans « le Point » : « Lorsque j’ai épou­sé John­ny, j’ai épou­sé la France, la tour Eif­fel. » Sa consoeur Ca­rine Pic­cio en pro­fite pour s’ar­rê­ter sur ses re­ve­nus ac­tuels. « Elle bé­né­fi­cie de la moi­tié du pa­tri­moine, de plu­sieurs do­na­tions de plu­sieurs di­zaines de mil­lions d’eu­ros faites par John­ny. C’est un pa­tri­moine per­son­nel très consé­quent. » Une fa­çon de dire que la femme de John­ny pour­rait ac­cep­ter de par­ta­ger avec les grands en­fants de son ma­ri ? La dé­ci­sion du tri­bu­nal a été mise en dé­li­bé­ré au 18 dé­cembre.

Pa­ris (VIIIe), le 9 dé­cembre 2017. Lau­ra (au centre) et Da­vid (à droite) ré­clament le gel des re­de­vances gé­né­rées par la vente des al­bums et sus­cep­tibles de ne re­ve­nir qu’à Lae­ti­cia (à gauche).

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