« Lais­sez-nous bos­ser »

Comme Mat­thieu, ven­deur de sa­pins à Di­jon, des com­mer­çants ap­pellent les Gi­lets jaunes à les mé­na­ger.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - FAIT DU JOUR - DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL VINCENT MONGAILLARD À DI­JON (CÔTE-D’OR) UNE COM­MER­ÇANTE

MAT­THIEU, 40 ANS, mar­chand de sa­pins de Noël sur la place de la Ré­pu­blique à Di­jon (Cô­ted’Or), ne se­ra pas seul de­main pour ten­ter de « pro­té­ger » son stand. « Deux cou­sins vont me fi­ler un coup de main et je vais dé­bal­ler au mi­ni­mum », souffle-t-il. Ce fo­rain re­doute un scé­na­rio iden­tique à ce­lui de la se­maine der­nière. Lors de la ma­nif des Gi­lets jaunes dans le centre-ville de la ci­té des Ducs de Bour­gogne, des « cas­seurs » lui ont brû­lé « quatre ou cinq » de ses nord­mann du Mor­van. Dans le chaos, des clients po­ten­tiels ont aus­si été « ca­nar­dés, ga­zés comme des chiens par les CRS ». « Ré­sul­tat : j’ai en­re­gis­tré ce sa­me­di-là une perte de chiffre d’af­faires de 70 % par rap­port à d’ha­bi­tude », cal­cule le « pe­tit ar­ti­san ».

Aux ré­vol­tés à la cha­suble fluo, il adresse un mes­sage d’apai­se­ment : « Lais­sez-nous bos­ser, c’est ce qui nous fait vivre ! » « Je com­prends leurs re­ven­di­ca­tions, mais on n’a pas be­soin de tous ces heurts, tout ce ba­zar, pour­suit-il. Il existe d’autres moyens pour faire en­tendre sa co­lère que de blo­quer ceux qui es­saient pé­ni­ble­ment de ga­gner leur croûte. Il y a par exemple la ro­cade, les péages… » sug­gère-t-il. Ce Bour­gui­gnon n’est pas le seul à voir son ti­roir-caisse son­ner creux dès que les Gi­lets jaunes battent le pa­vé. Une étude de la chambre de com­merce et d’in­dus­trie (CCI) de la Cô­ted’Or vient de mon­trer que les com­mer­çants de Di­jon Mé­tro­pole tou­chés par la fronde ont vu leur ac­ti­vi­té com­mer­ciale chu­ter de 41 % lors du ras­sem­ble­ment du 17 no­vembre et de 33 % le sa­me­di sui­vant. « C’est une prise en otage de l’ac­ti­vi­té des en­tre­prises. Les four­nis­seurs ne sont pas li­vrés. Les clients sont ef­frayés », dé­plore Xa­vier Mi­re­poix, pré­sident de l’ins­ti­tu­tion dans le dé­par­te­ment. « Ils n’ont pas la tête à Noël, ils ont de l’ap­pré­hen­sion quand ils sortent, ils craignent que ça dé­gé­nère. Pen­dant ce temps, c’est la belle vie pour les achats sur In­ter­net et Ama­zon qui doit se ga­ver », constate, de son cô­té, Mat­thieu.

Les pa­trons de bou­tique, aus­si, ont peur d’une ré­pé­ti­tion des af­fron­te­ments. « Je vais bos­ser le sa­me­di la peur au ventre », confie une épi­cière. « On est avec les Gi­lets jaunes, mais on ne peut ac­cep­ter la vio­lence. Quand ça casse, ça nous oblige à bais­ser le ri­deau alors que c’est la pé­riode la plus ren­table de l’an­née », rap­pelle une ven­deuse de crème de cas­sis et autres spé­cia­li­tés lo­cales. Florent, aux com­mandes d’un bis­trot, in­vite les Gi­lets jaunes « à blo­quer plu­tôt les grandes sur­faces que les pe­tits com­mer­çants ». Lui a été contraint de fer­mer bou­tique sa­me­di der­nier à la suite des échauf­fou­rées. Re­be­lote de­main.

BAR­RAGE FIL­TRANT DANS LA ZONE COM­MER­CIALE

Même s’il est « très tou­ché » au ni­veau de ses re­cettes, Florent n’en veut pas au mou­ve­ment, qu’il sou­tient coûte que coûte. « Sans casse, il se­rait moins pris en consi­dé­ra­tion par les po­li­tiques », juge-t-il. Dans la zone com­mer­ciale de Di­jon-Nord, face à un bar­rage fil­trant d’in­sur­gés exi­geant la « dé­mis­sion de Ma­cron », les af­faires tournent aus­si au ra­len­ti. Lors d’un sa­me­di sous haute ten­sion, Fré­dé­ric, gé­rant d’une bras­se­rie, a échan­gé des noms d’oi­seaux avec un blo­queur. Des pneus em­pê­chaient l’ac­cès au par­king des­ti­né à la clien­tèle. « Sur le fond, les Gi­lets jaunes ont rai­son. Mais sur la forme, je ne suis pas d’ac­cord. Moi, je leur dis : ne pé­na­li­sez pas les com­mer­çants qui sont dans la même merde que vous ! »

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ÇA CASSE, ÇA NOUS OBLIGE À BAIS­SER LE RI­DEAU ALORS QUE C’EST LA PÉ­RIODE LA PLUS

” REN­TABLE DE L’AN­NÉE

Di­jon (Côte-d’Or), hier. Sa­me­di der­nier, des cas­seurs ont brû­lé « quatre ou cinq » sa­pins de Mat­thieu. De­main, deux cou­sins vont l’ai­der à pro­té­ger son stand.

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