Les syn­di­cats face à la co­lère de leur base

Réunis hier, les syn­di­cats ont condam­né les vio­lences et se sont dé­mar­qués des Gi­lets jaunes. Une po­si­tion contes­tée par les mi­li­tants de base.

Le Parisien (Hauts de Seine) - - FAIT DU JOUR - PAR CA­THE­RINE GASTÉ

NE PAS JE­TER de l’huile sur le feu, ni se cou­per de la base… C’est l’exer­cice pé­rilleux ten­té hier par les res­pon­sables syn­di­caux réunis au siège de la CFDT à Pa­ris (XIXe) de 8 h 30 à 10 h 30. Un huis clos sur « l’ac­tua­li­té so­ciale » (pré­vu ini­tia­le­ment la se­maine pro­chaine), à quelques heures de l’acte IV de la mo­bi­li­sa­tion des Gi­lets jaunes : le qua­trième sa­me­di de ma­ni­fes­ta­tions an­non­cé comme ce­lui de tous les dan­gers.

A peine si­gné par 7 syn­di­cats sur 8 (CFDT, CGT, FO, CFECGC, CFTC, Un­sa, FSU), le com­mu­ni­qué com­mun, qui dé­nonce « les formes de vio­lences dans l’ex­pres­sion des re­ven­di­ca­tions », a se­mé la confu­sion au sein des cen­trales. Et même dé­clen­ché la co­lère dans les rangs des mi­li­tants, par­ta­gés sur la po­si­tion à adop­ter de­main vis-à-vis « de tous ceux qui se battent dans la rue pour vivre di­gne­ment ». « C’est ra­té ! Ils jettent de l’huile sur le feu et se coupent de la base. Ca­tas­tro­phique, dans une pé­riode aus­si mou­ve­men­tée », se dé­sole un res­pon­sable de la CGT op­po­sé à la dé­ci­sion prise par son syn­di­cat de ne pas être de­main aux cô­tés des Gi­lets jaunes.

« Ils sont in­cons­cients ! » lance un autre gra­dé mé­con­tent, is­su des rangs de FO cette fois . « Les syn­di­cats ont dé­ci­dé qu’il est urgent de ne rien faire. Cette dé­cla­ra­tion est hors sol », tacle le syn­di­cat So­li­daires qui a re­fu­sé de si­gner le com­mu­ni­qué com­mun.

SYN­DI­CATS ET PA­TRO­NAT AT­TEN­DUS CE MA­TIN AU MI­NIS­TÈRE DU TRA­VAIL

Que dit ce texte ? Outre la condam­na­tion des vio­lences des Gi­lets jaunes, il en ap­pelle, entre les lignes, à Em­ma­nuel Ma­cron pour faire en­fin confiance aux syn­di­cats. Il faut « ga­ran­tir de réelles né­go­cia­tions », de­mandent-ils, les syn­di­cats es­pé­rant s’éri­ger en ac­teur in­con­tour­nable de la sor­tie de la crise. Reste que leur vo­lon­té de jouer les pom­piers laisse dé­jà ap­pa­raître des di­vi­sions. Au­cune pla­te­forme com­mune de re­ven­di­ca­tions à la clé… Chaque « syn­di­cat avan­ce­ra ses propres re­ven­di­ca­tions », est-il écrit, et « en com­mun chaque fois que ce­la se­ra pos­sible ».

C’est l’aveu de l’in­ca­pa­ci­té des syn­di­cats à prendre la main », dé­crypte un connais­seur. Une main à peine ten­due et pour­tant sai­sie dans la fou­lée par la mi­nistre du Tra­vail. Les syn­di­cats et le pa­tro­nat sont at­ten­dus dans ses bu­reaux ce ma­tin. Ob­jec­tif af­fi­ché : évoquer « no­tam­ment » la prime ex­cep­tion­nelle dé­fis­ca­li­sée que pour­raient ver­ser les en­tre­prises (lire ci-des­sous).

UNE DOUCHE FROIDE

Sur les ré­seaux so­ciaux, où les Gi­lets jaunes sont très ac­tifs, cette dé­cla­ra­tion a fait l’ef­fet d’une douche froide. « On sa­vait qu’on ne pou­vait pas comp­ter sur eux ! » ré­sume, dé­pi­té, l’un d’eux. « Ce sont des traîtres ! » tweette, ra­geur, un autre. Des ré­ac­tions qui n’ont pas sur­pris de nom­breux mi­li­tants syn­di­caux. Sur le ter­rain, à la CFDT comme chez FO, une par­tie de la base, celle en tout cas qui n’a pas hé­si­té à re­vê­tir ces der­niers jours le gi­let jaune, se di­sait déso­rien­tée. Dans les rangs de la CGT, c’est même une vé­ri­table dé­fla­gra­tion de co­lère qui a sui­vi le com­mu­ni­qué. « Chez nous aus­si, c’est l’in­sur­rec­tion ! On est en train de se vendre au gou­ver­ne­ment. La CFDT s’est bien ser­vie de nous dans cette af­faire », s’em­porte l’un d’eux.

Se­lon nos in­for­ma­tions, de nom­breux mi­li­tants CGT me« nacent même de dé­chi­rer leur carte d’adhé­rents. L’Union ré­gio­nale des bouches du Rhône a ex­pri­mé son désac­cord dans un mail au vi­triol adres­sé à Phi­lippe Mar­ti­nez. « C’est un si­gnal ca­tas­tro­phique en­voyé à toutes celles et ceux qui luttent. Nous met­tons en dan­ger nos mi­li­tants », dé­nonce l’UD CGT 13 qui ré­clame, comme plu­sieurs or­ga­ni­sa­tions de la cen­trale, la te­nue d’une réunion d’ur­gence du Par­le­ment de la CGT mer­cre­di pro­chain. « En cas de re­fus, nous pren­drons toutes nos res­pon­sa­bi­li­tés », pré­vient le com­mu­ni­qué. Quitte à al­ler jus­qu’à désa­vouer le pa­tron de la cen­trale de Mon­treuil.

“C’EST

UN SI­GNAL CA­TAS­TRO­PHIQUE EN­VOYÉ À TOUTES CELLES ET CEUX

QUI LUTTENT. NOUS MET­TONS EN DAN­GER

NOS MI­LI­TANTS.

L’UNION RÉ­GIO­NALE CGT DES BOUCHES-DU-RHÔNE

Phi­lippe Mar­ti­nez et Laurent Ber­ger, res­pec­ti­ve­ment à la tête de la CGT et de la CFDT, ont si­gné avec 5 autres syn­di­cats un texte ré­cla­mant au gou­ver­ne­ment de « réelles né­go­cia­tions »

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