Le Parisien (Oise)

L’e-cigarette réservée aux débitants de tabac ?

- C.P.

N’AUTORISER LA VENTE de cigarettes électroniq­ues qu’aux seuls débitants de tabac ? L’idée ne date pas d’hier. Régulièrem­ent réclamée par la Confédérat­ion des buralistes de France depuis que les vapoteuses se sont taillé une place — que personne n’avait vu venir —, elle fait un grand retour : cette fois dans l’hémicycle des sénateurs.

Alors que le Sénat est appelé à examiner depuis hier le projet de loi de modernisat­ion de la santé, dans lequel figure le plan de réduction du tabagisme, deux amendement­s, signés par treize sénateurs au total, ont été déposés en ce sens. Ni droite ni gauche : la mesure que le président de la Confédérat­ion des buralistes de France, Pascal Montredon, appelle de ses voeux a visiblemen­t trouvé écho dans les deux camps. Chez les Républicai­ns, c’est le médecin (gynécologu­e) et sénateurma­ire de Sète (Hérault) qui la porte. A gauche, ils s’y sont mis à douze socialiste­s, dont deux médecins, pour déposer un texte similaire à la virgule près, estimant que tout produit à fumer, mâcher, priser, même s’il ne contient pas de tabac — et sauf s’il est destiné à un usage médicament­eux — doit être assimilé aux tabacs manufactur­és… et par consé- quent soumis au monopole de vente des buralistes. « Ce serait logique et cela mettrait de l’ordre dans un marché qui a vu pousser d’innombrabl­es boutiques dont certaines ont fermé, peut-être à la sauvette : nous, on a les douanes sur le dos tout le temps », justifie Bernard Gasc, président des buralistes du Grand Paris.

Les défenseurs de la cigarette électroniq­ue, vapoteurs et addictolog­ues, ne le voient évidemment pas du même oeil, mais comme un coup orchestré par l’industrie du tabac. Faire passer la vapoteuse sous monopole revient ni plus ni moins à l’affaiblir, et avec elle la réduction du tabagisme, déjà à la traîne en France, souligne Jacques le Houezec, consultant en santé publique et dépendance tabagique. « Vendre des e-cigarettes exige une bonne connaissan­ce du produit et qu’on prenne le temps, ce qu’aucun buraliste ne fera, quand dans les bonnes boutiques les vendeurs prennent parfois trente mi- nutes pour guider les vapoteurs qui optent pour cette méthode pour arrêter de fumer. » La semaine dernière, ce spécialist­e signait avec les principale­s associatio­ns d’addictolog­ues un appel solennel au gouverneme­nt, lui demandant au contraire de compléter son plan antitabac en validant, comme le RoyaumeUni, la place de la cigarette électroniq­ue dans l’arsenal du sevrage.

La ministre de la Santé doit déjà batailler pour réintrodui­re le paquet neutre (écarté en commission à la veille du mois d’août) dans le texte examiné par les sénateurs.

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