RUS­SIE

Le Parisien (Oise) - - FAITS DIVERS - SOURCE : AFP.

on les a crus morts sous les bombes. Deux dji­ha­distes fran­çais sont ré­cem­ment ré­ap­pa­rus en Af­gha­nis­tan. Mais, nou­velle sur­prise, pas où on pou­vait s’y at­tendre. Ces com­bat­tants de Daech ne sont pas aux mains de l’ar­mée ré­gu­lière. Ils n’ont pas non plus été cap­tu­rés par les forces spé­ciales amé­ri­caines. Ils se­raient pri­son­niers… des ta­li­bans. De­puis des mois, les deux fac­tions is­la­mistes ra­di­cales s’af­frontent en ef­fet dans la pro­vince de Djozd­jan, dans le nord du pays.

Se­lon le Centre d’ana­lyse du ter­ro­risme (CAT), l’un des Fran­çais a été iden­ti­fié sur une vi­déo pu­bliée sur les ré­seaux so­ciaux le mois der­nier. Dans un vil­lage aux murs de pi­sé, les in­sur­gés ta­li­bans ex­hibent leurs pri­son­niers, sous les yeux d’en­fants in­cré­dules.

Là, par­mi une ving­taine d’ex-com­bat­tants de Daech, ma­jo­ri­tai­re­ment ori­gi­naires d’Asie cen­trale, un homme maigre, tête cou­verte d’un chèche noir, est dé­si­gné sous son nom de guerre, sui­vi d’AlFa­ran­si (« le Fran­çais »). Il s’agi­rait de Mat­thieu M., 31 ans. L’iti­né­raire si­nueux de ce pri­son­nier, de son ami Ab­de­la­li S., de leurs épouses res­pec­tives et de leurs en­fants, illustre la dif­fi­cul­té gran­dis­sante à ga­gner le ca­li­fat sy­rien de Daech. Mais prouve aus­si la dé­ter­mi­na­tion in­tacte de jeunes Oc­ci­den­taux à pour­suivre le dji­had ar­mé, y com­pris en fa­mille.

Ils sont de plus en plus rares au­jourd’hui à ten­ter l’aven­ture, bien moins nom­breux en tout cas que les gros contin­gents par­tis entre 2013 et 2015 (700 Fran­çais, dont 300 femmes, se trou­ve­raient tou­jours en zone ira­ko­sy­rienne). Mat­thieu M. quitte la ré­gion lil­loise en avril 2017. Il se rend alors en Al­gé­rie avec sa com­pagne et leurs deux filles. Dans leur voyage, ils sont ac­com­pa­gnés de leur ami Ab­de­la­li S., Fran­co-Al­gé­rien de 25 ans, de la femme de ce­lui-ci et de leur en­fant de 4 ans. Une fois en Al­gé­rie, leurs agis­se­ments alertent les ser­vices de sé­cu­ri­té lo­caux qui sus­pectent des ac­ti­vi­tés ter­ro­ristes. En août, on re­trouve la trace des deux fa­milles à Is­tan­bul, en Tur­quie.

Le pe­tit groupe a en­core l’es­poir de ga­gner Id­lib avant l’as­saut fi­nal des forces de Ba­char al-As­sad et de leurs al­liés russes et ira­niens. Trop tard : les routes d’ac­cès sont cou­pées. Les deux fa­milles sont alors contraintes de ré­orien­ter leur pé­riple. Di­rec­tion l’Af­gha­nis­tan : le pays est de­ve­nu, avec l’Asie du Sud-Est, l’une des bases de re­pli pour les com­bat­tants is­la­mistes ayant fui la zone ira­ko-sy­rienne avant la chute du ca­li­fat au­to­pro­cla­mé de Daech. En­core faut-il dis­po­ser de conseils pour évi­ter les sur­veillances aux fron­tières… En uti­li­sant les ré­seaux so­ciaux, Mat­thieu M. noue un con­tact avec les émis­saires de l’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste. Grâce à cette lo­gis­tique, les deux couples et leurs jeunes en­fants tra­versent un pays hon­ni, l’Iran, entrent clan­des­ti­ne­ment en Af­gha­nis­tan puis re­montent vers le nord, pour ga­gner les rangs de Daech dans la pro­vince af­ghane de Djozd­jan, là où le groupe tente de s’im­plan­ter par les armes et l’idéo­lo­gie. En mars der­nier, les dji­ha­distes sont vi­sés par des frappes amé­ri­caines à ré­pé­ti­tion. Et Mat­thieu M. est don­né pour mort. Il faut une deuxième of­fen­sive, non plus des Amé­ri­cains mais des ta­li­bans cette fois, pour avoir de ses nou­velles. Et com­prendre qu’il se trouve tou­jours en vie.

Le Fran­çais, de même que son ami Ab­de­la­li S., fe­rait donc par­tie des quelque 150 per­sonnes cap­tu­rées par les ta­li­bans, dont une tren­taine d’étran­gers. Mais qu’en est-il de sa fa­mille ? Dans des condi­tions en­core floues (se­lon une source sé­cu­ri­taire, elle s’est ren­due à l’ar­mée ré­gu­lière af­ghane), la femme de Mat­thieu M., en­ceinte, réus­sit à ga­gner Ka­boul puis à prendre un vol pour la France en juillet der­nier. Ar­rê­tée dès son ar­ri­vée à Rois­sy, elle est in­ter­pel­lée. Mise en exa­men, elle se trouve au­jourd’hui in­car­cé­rée. Ses deux filles, ren­trées plus tar­di­ve­ment, le 31 août, sont, elles, prises en charge par les autorités fran­çaises. Comme tous les mi­neurs de moins de 13 ans, celles-ci pour­ront soit être in­té­grées à un pro­gramme d’édu­ca­tion dans un centre spécialisé, soit être confiées à leur fa­mille. L’Af­gha­nis­tan est de­ve­nu une zone de re­pli des vé­té­rans de la guerre en Sy­rie. Un rap­port de l’ONU de mai der­nier évoque la pré­sence de 300 à 400 dji­ha­distes pas­sés au préa­lable par la zone ira­ko-sy­rienne. « Le nombre de com­bat­tants fran­çais de­meure em­bryon­naire », as­sure une source sé­cu­ri­taire à Pa­ris. Les éva­lua­tions va­rient de… deux — chiffre gé­né­ra­le­ment ad­mis — à dix. Néan­moins, la ré­gion, ber­ceau du dji­ha­disme contem­po­rain, reste une zone ul­tra­sen­sible. C’est dans le sanc­tuaire des mon­tagnes entre Af­gha­nis­tan et Pa­kis­tan (Est) que Mo­ha­med Me­rah est ve­nu se for­mer en sep­tembre 2011 au sein d’un pe­tit groupe af­fi­lié à Al-Qaï­da. Six mois plus tard, il se­mait la ter­reur à Tou­louse et à Mon­tau­ban. Quant au groupe qui l’a hé­ber­gé, il a en­suite es­sai­mé en Sy­rie. Du ca­li­fat au­to­pro­cla­mé en zone ira­ko-sy­rienne en 2014 ne sub­sistent au­jourd’hui que quelques poches de ré­sis­tance. Du coup, des dji­ha­distes cherchent à ga­gner ou à re­ga­gner l’Af­gha­nis­tan. De­puis oc­tobre 2017, la pré­sence de Daech est no­table au nord, près du Turk­mé­nis­tan, dans la pro­vince de Djozd­jan. Là, 350 com­bat­tants se heurtent aux forces spé­ciales amé­ri­caines. En avril, se­lon Wa­shing­ton, une at­taque de drone a tué l’un de ses chefs, l’Ouz­bek Qa­ri Hik­ma­tul­lah. Les af­fi­dés de Daech sont aus­si pour­chas­sés par les in­sur­gés ta­li­bans, proches d’Al-Qaï­da, qui ne voient pas leur ar­ri­vée d’un bon oeil. Cet été, ces der­niers ont fait nombre de pri­son­niers étran­gers, dont des Oc­ci­den­taux, qu’ils comptent bien né­go­cier. Des dis­cus­sions sont en cours entre des émis­saires ta­li­bans et une dé­lé­ga­tion amé­ri­caine à Do­ha, au Qa­tar.

Un Fran­çais pré­sent en Af­gha­nis­tan (ci-des­sus et à droite) a été iden­ti­fié sur une vi­déo pu­bliée sur les ré­seaux so­ciaux le mois der­nier.

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