La ba­taille du jour sans pain

Le Parisien (Oise) - - LA UNE - DE NOTRE COR­RES­PON­DANTE NO­RA MO­REAU, À BREST (FI­NIS­TÈRE)

DANS LE FI­NIS­TÈRE, l’ar­rê­té pré­fec­to­ral est tom­bé comme un coup de ton­nerre le 20 dé­cembre 2017. De­puis, tout le monde (ar­ti­sans bou­lan­gers, pe­tits com­mer­çants, grande dis­tri­bu­tion, où la vente de pain et de vien­noi­se­ries s’ef­fec­tue de ma­nière par­tielle) est au­to­ri­sé à ou­vrir, s’il le sou­haite, sept jours sur sept.

Pour cer­tains, c’est un sou­la­ge­ment. Pour d’autres, une amère dé­faite. C’est le cas de Bru­no Scuillou, pré­sident de la Fé­dé­ra­tion dé­par­te­men­tale des ar­ti­sans bou­lan­gers, qui se bat de­puis quinze ans pour qu’un jour de re­pos heb­do­ma­daire soit res­pec­té par tous les ven­deurs de pain. « Nous étions à l’ori­gine de l’ar­rê­té de 1998, qui n’a ces­sé d’être ba­foué par cer­tains confrères », constate cet ar­ti­san de 56 ans ins­tal­lé à Pont-l’Ab­bé. « Nos dé­trac­teurs, éga­le­ment bou­lan­gers, nous ont eus à l’usure, et pire, ont bé­né­fi­cié du sou­tien de la fé­dé­ra­tion des in­dus­triels (NDLR : la FEB, Fé­dé­ra­tion des en­tre­prises d bou­lan­ge­rie, qui re­groupe par exemple Hol­der, Bros­sard, Jac­quet, France Pain, la Mie Câ­line, etc.). Un comble ! »

CER­TAINS RE­VEN­DIQUENT UNE VRAIE LI­BER­TÉ ÉCO­NO­MIQUE

Face à lui et à la cen­taine d’adhé­rents sur les quelque 500 ar­ti­sans bou­lan­gers du dé­par­te­ment, Jean-Yves Phi­lippe, 70 ans, bou­lan­ger ins­tal­lé à Quim­per qui, re­mon­té, a créé son propre syn­di­cat, le Glam (Grou­pe­ment libre des ar­ti­sans mo­dernes), pour ob­te­nir ce qu’il qua­li­fie de vraie li­ber­té éco­no­mique et de pos­si­bi­li­té de contrer la grande dis­tri­bu­tion, qui a le droit aux sept jours sur sept de­puis long­temps. « Pour­quoi pas nous ? s’agace-t-il. Je ne sou­tiens pas pour au­tant la FEB, mais il fal­lait bien que ce fi­chu ar­rê­té soit en­fin abro­gé. »

Du cô­té de la Fé­dé­ra­tion « his­to­rique », le dé­cou­ra­ge­ment pointe. « On s’est re­trou­vés face à un pré­fet (NDLR : Pas­cal Le­large, en poste de­puis 2016) qui ne vou­lait rien en­tendre, ré­plique Bru­no Scuillou. Il a pas­sé son ar­rê­té en ca­ti­mi­ni, juste avant Noël. On s’est lit­té­ra­le­ment fait rou­ler dans la fa­rine. » Mal­gré les dif­fi­cul­tés qu’il im­plique, le mé­tier tient en­core beau­coup à coeur pour cet ar­ti­san du pays bi­gou­den qui consi­dère avoir des va­leurs à dé­fendre. « Conser­ver un jour de re­pos dans la se­maine, ce­la per­met de gar­der la tête hors de l’eau », opine à ses cô­tés Lu­do­vic Beau­mont, 38 ans, bou­lan­ger bres­tois qui col­lec­tionne les prix d’ex­cel­lence de­puis 2013. « Ce 7 sur 7 nous pousse à la concur­rence et relance la guerre du pré­cuit », es­time l’ar­ti­san, qui prône le bien-man­ger .

Pour Jean-Yves Phi­lippe, en re­vanche, la ques­tion n’est plus là. « Nous sommes 1 400 ven­deurs de pain dans le dé­par­te­ment. Le pré­fet M. Le­large a vu le nombre de com­merces concer­nés et a lo­gi­que­ment tran­ché. L’ave­nir de la bou­lan­ge­rie de­vrait pas­ser par moins de règles in­utiles et plus de li­ber­té. »

Brest (Fi­nis­tère), mar­di. Pour Lu­do­vic Beau­mont, bou­lan­ger de 38 ans, « ce 7 sur 7 nous pousse à la concur­rence et relance la guerre du pré­cuit ».

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