« Thier­ry Hen­ry ar­rive au bon mo­ment »

La lé­gende belge En­zo Sci­fo évoque avec pas­sion l’ac­tua­li­té du foot­ball. Il dé­voile son en­vie de re­trou­ver un banc de touche, pour­quoi pas en France.

Le Parisien (Oise) - - SPORTS -

FOOT­BALL. En­zo Sci­fo, l’an­cien joueur belge pas­sé par Bor­deaux, Auxerre et Mo­na­co, juge que le ti­ming est par­fait pour l’ar­ri­vée du nou­vel en­traî­neur en prin­ci­pau­té. Il se dit éga­le­ment prêt à re­prendre un club en France.

NOUS AVONS re­trou­vé la trace d’un des mi­lieux de ter­rain les plus élé­gants et ta­len­tueux des an­nées 1990. En­zo Sci­fo, qui a pas­sé sept sai­sons en Ligue 1 et no­tam­ment brillé sous les maillots d’Auxerre et Mo­na­co, est res­té un peu à l’écart du monde du foot­ball de­puis son dé­part de la sé­lec­tion Es­poirs belge, il y a deux ans. Après avoir été bien oc­cu­pé par ses ac­ti­vi­tés dans l’hô­tel­le­rie, à Wa­ter­loo, il ai­me­rait re­plon­ger. Avec une ten­dresse par­ti­cu­lière pour la France, qui a beau­coup comp­té dans sa car­rière.

Conti­nuez-vous à gar­der un oeil at­ten­tif sur le foot­ball ?

EN­ZO SCI­FO. Je re­garde tout, tout, tout, à la té­lé. J’évite de me mon­trer parce que je suis comme ça. J’ob­serve en Bel­gique, d’abord, mais je m’in­té­resse aus­si à ce qui se passe en France, en Ita­lie, en Es­pagne.

Pour­quoi n’avez-vous pas re­trou­vé de club ?

Dans le mi­lieu du foot, au­jourd’hui, il faut se mon­trer, es­pé­rer que quel­qu’un se casse la gueule. Je suis tout sauf ça. Je manque d’op­por­tu­nisme et ça ex­plique pour­quoi je n’ai pas de club ac­tuel­le­ment. Ce n’est pas pour au­tant que je manque d’am­bi­tion. J’ai été coach dix ans en Bel­gique, pas tou­jours dans les meilleures condi­tions. Je pense m’en être pas mal sor­ti. J’ai quit­té les Es­poirs avec re­gret, par fi­dé­li­té pour Marc Wil­mots. Mal­gré ce par­cours, j’ai une car­rière que vous connais­sez en tant que joueur et je ne sais pas si je suis vrai­ment consi­dé­ré comme un en­traî­neur. J’ai en­vie de sor­tir de ça. On dit que nul n’est pro­phète en son pays, peut-être vau­drait-il mieux que j’aille voir ailleurs. J’ai en­vie de prou­ver les choses à moi­même et aux autres.

La France vous at­tire-t-elle ?

Quand je me dé­place en France, on me de­mande pour­quoi je ne re­viens pas. Je ne connais pas la ré­ponse. Je n’ai ja­mais ca­ché que j’ai­me­rais avoir une op­por­tu­ni­té en France. J’ai tou­jours été sen­sible à ce pays, parce que je parle la langue, parce que j’aime le pro­fes­sion­na­lisme fran­çais, parce que j’ai cô­toyé beau­coup de tech­ni­ciens fran­çais qui sont mes mo­dèles.

« THIER­RY HEN­RY AR­RIVE AU BON MO­MENT POUR MO­NA­CO »

Thier­ry Hen­ry est-il la bonne per­sonne pour re­lan­cer Mo­na­co, votre an­cien club ?

On ver­ra, mais qui mieux que lui pour­rait s’oc­cu­per de Mo­na­co ? Il connaît la mai­son et il a en­vie. En Bel­gique (NDLR : où Hen­ry était l’ad­joint du sé­lec­tion­neur), il a lais­sé une très, très bonne im­pres­sion. Il a pris du temps, il a eu l’hu­mi­li­té de tra­vailler avec un staff. Il a vrai­ment pu ap­prendre le très haut ni­veau. Mo­na­co est un su­per pro­jet pour lui. Il ar­rive au bon mo­ment. Il y a beau­coup de dif­fi­cul­tés, Thier­ry Hen­ry va apai­ser le groupe et lui don­ner de la confiance. Il est l’homme idéal.

Etes-vous triste de la si­tua­tion d’Auxerre, en bas de ta­bleau de Ligue 2 ?

Vrai­ment triste, oui. C’est un club au­quel je suis très at­ta­ché. Quand j’ai re­joint l’AJA (en 1989), j’étais moins bien, je me po­sais des ques­tions. Et Auxerre m’a ré­con­ci­lié avec le foot­ball. J’ai trou­vé là-bas la ma­nière dont je consi­dère que le foot­ball doit fonc­tion­ner, avec des gens pas­sion­nés, im­pli­qués, des mé­thodes de tra­vail, du pro­fes­sion­na­lisme. Ça a été un mo­dèle pour moi, avec à sa tête Guy Roux qui a orien­té tout ça. Quand le club a eu des mo­ments dif­fi­ciles, à un mo­ment, j’ai eu en­vie d’ap­pe­ler le pré­sident et de lui dire : « Pre­nez­moi, j’ai en­vie de faire un truc. » Mais je n’ai pas osé le faire. C’est un club qui me tient à coeur.

Quels sont vos mo­dèles en tant qu’en­traî­neur ?

J’ai tra­vaillé avec Ai­mé Jac­quet, avec Ar­sène Wen­ger. Ils ont tou­jours été des mo­dèles. Je me re­trouve en eux dans la ma­nière d’être, de voir les choses, et dans le tem­pé­ra­ment.

Existe-t-il en­core des me­neurs de jeu comme vous dans le foot­ball ac­tuel ?

Il y en a beau­coup, mais on leur de­mande d’être plus com­plets et dé­ter­mi­nants. Par exemple, Ha­zard a ces qua­li­tés mais, avec l’évo­lu­tion du foot­ball, on l’a fait jouer un cran au-des­sus. Cer­tains autres me­neurs évo­luent un peu plus bas, comme Mo­dric. Il a les mêmes ca­rac­té­ris­tiques que moi mais se si­tue en re­trait pour ex­ploi­ter au maxi­mum son po­ten­tiel.

En France, quel me­neur vous plaît le mieux ?

Mar­co Ver­rat­ti. Il sent le foot­ball, il fait jouer l’équipe. C’est quel­qu’un qui en im­pose, qui ras­sure ses par­te­naires et qui est tou­jours dans la ré­flexion. C’est un joueur d’une ex­trême in­tel­li­gence, avec une lec­ture de jeu au-des­sus de la moyenne. Je me dé­place pour les joueurs comme ça.

Con­si­dé­rez-vous comme beau­coup de vos com­pa­triotes que la Bel­gique était plus forte que la France à la Coupe du monde ?

La Bel­gique n’a pas grand-chose à en­vier à la France, ça s’est joué à peu de chose. Ce n’est pas parce que Ro­ber­to Mar­ti­nez (NDLR : le sé­lec­tion­neur des Belges) a mal gé­ré, mais il y a une culture en France qu’on com­mence seule­ment à avoir en Bel­gique. Avant, on était les pe­tits Belges et on vou­lait faire nos preuves aux yeux de tout le monde. On avait des ré­sul­tats as­sez in­croyables pour un si pe­tit pays. Au­jourd’hui, on a de la qua­li­té dans tous les com­par­ti­ments. Mal­gré ce­la, la France a gé­ré le contexte avec beau­coup plus de fa­ci­li­té, un coach ha­bi­tué, qui a été un joueur et pas n’im­porte le­quel. On res­sent ter­ri­ble­ment qu’il re­pro­duit cette phi­lo­so­phie. Il n’y a pas une grande dif­fé­rence entre les deux équipes, juste l’une qui avait dé­jà été cham­pionne du monde. Main­te­nant, en Bel­gique, on doit re­ven­di­quer les choses, dire qu’on doit ga­gner, pas li­mi­ter la casse.

Votre vote irait-il à un Fran­çais ou à un Belge pour le Bal­lon d’or ?

Si je di­sais Ha­zard, je fe­rais preuve de chau­vi­nisme, mais il doit fi­gu­rer dans les trois ou quatre pre­miers. Griez­mann et Mbap­pé sont fan­tas­tiques, je suis fan. Mais il leur manque quelque chose. Je pense que Griez­mann le sait lui-même. Et pour Mbap­pé, c’est peut-être un peu trop tôt. A part Cris­tia­no Ro­nal­do, je ne vois per­sonne.

« LA BEL­GIQUE N’A PAS GRAND-CHOSE À EN­VIER À LA FRANCE »

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