Les en­fants et l’ar­gent

Le Parisien (Oise) - - LA UNE - Dja­mi­la Iba­nez PRO­POS RE­CUEILLIS PAR A.G.

LE MÉ­TIER de Dja­mi­la Iba­nez est de conseiller les fa­milles dans la ges­tion de leur bud­get. Elle l’at­teste : le pe­tit co­chon-ti­re­lire nour­ri par l’ar­gent de poche à une date fixe est de­ve­nu rare. Et c’est bien dom­mage… Pour les en­fants d’abord, qui ap­prennent moins bien à gé­rer un bud­get, et pour les pa­rents en­suite, qui, en bout de course, dé­pensent da­van­tage. L’ar­gent de poche don­né à l’en­fant toutes les se­maines ou tous les mois, est-ce vrai­ment fi­ni ? DJA­MI­LA IBA­NEZ. C’est ef­fec­ti­ve­ment une pra­tique en voie de dis­pa­ri­tion. Elle per­du­rait il y a en­core une di­zaine d’an­nées, mais il n’y a plus guère que les fa­milles at­ta­chées à ce ri­tuel par tra­di­tion, ou celles qui sou­haitent in­cul­quer cer­taines va­leurs qui s’y ac­crochent. Ce­la ne si­gni­fie pas que les pa­rents sont de­ve­nus plus ra­dins, bien au contraire. Ils veulent plus que ja­mais le bien-être des membres de leur fa­mille. En fait, ce sont les en­fants et les ado­les­cents eux-mêmes qui sont en train d’en­ter­rer le prin­cipe de la ti­re­lire. Ce sont eux qui changent ! Les pa­rents ne font que s’adap­ter.

En quoi les en­fants poussent-ils à l’aban­don de la ti­re­lire ?

La ti­re­lire, quand elle sub­siste, n’est que la ce­rise sur le gâ­teau. Elle sert à faire l’ap­point. Entre les jeux vi­déo, la par­tie de la­ser game, le por­table ou la pe­tite veste per­fec­to ul­tra­ten­dance qu’on rêve de s’of­frir, les be­soins, les en­vies des en­fants sont tout de même beau­coup plus va­riés mais aus­si plus oné­reux que par le pas­sé. Quand un ado rêve d’avoir le der­nier Sam­sung, il pré­fère le cir­cuit court ou la né­go­cia­tion : il si­gnale di­rec­te­ment son en­vie à son père ou à sa mère, quitte à pa­tien­ter, mais sans lâ­cher l’ob­jec­tif. Les en­fants sont bien conscients que l’ar­gent, ce­la peut manquer, ce sont des fins stra­tèges, ils sai­sissent très bien quand c’est le bon mo­ment ou pas.

Qui y perd dans l’his­toire ?

Les pa­rents ! Ne pas don­ner une somme fixe par mois s’avère gé­né­ra­le­ment pour les foyers un très mau­vais cal­cul. Car, à force de don­ner 20 € par-ci, 30 € par-là, ce­la peut fi­nir par pe­ser lourd dans un bud­get. La ti­re­lire avait une ver­tu pé­da­go­gique : elle ap­pre­nait à l’en­fant ce qu’était un bud­get. Elle le res­pon­sa­bi­li­sait. Pour l’en­fant, c’était éga­le­ment per­çu comme un mar­queur de crois­sance, un signe de la confiance que les pa­rents pla­çaient en lui dans sa ca­pa­ci­té à gran­dir, à ga­gner en au­to­no­mie. L’école n’en­seigne pas la pra­tique de l’ar­gent aux élèves, il n’y a que les fa­milles qui puissent le faire. C’est un peu triste, cette fin du pe­tit co­chon.

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