SUR LA PISTE DES BRA­CON­NIERS

Après la dé­cou­verte de trois cerfs dé­ca­pi­tés près de Com­piègne, la po­lice de l’en­vi­ron­ne­ment en­quête sur un phé­no­mène dif­fi­cile à en­rayer.

Le Parisien (Oise) - - LA UNE - PAR ÉLIE JU­LIEN

TOUT COM­MENCE en sep­tembre. Le brame du cerf ré­sonne chaque nuit dans l’Oise. No­tam­ment dans des champs si­tués entre la fo­rêt de Com­piègne (14 000 ha) et celle de Laigue (3 827 ha). Le lieu, si­tué à Re­thondes, est connu des ama­teurs de na­ture, qui viennent y pho­to­gra­phier les cer­vi­dés.

Un soir, trois hommes sont aper­çus, fu­sil en main, près des lieux. Quelques mi­nutes plus tard, des coups de feu sont en­ten­dus. « Quatre tirs, très près de chez moi », pré­cise une voi­sine in­quiète. Le 30 sep­tembre, les ins­pec­teurs de l’Of­fice na­tio­nal de la chasse et de la faune sau­vage (ONCFS), or­gane de la po­lice de l’en­vi­ron­ne­ment, dé­couvrent trois corps de cerfs sans tête. Une en­quête est ou­verte. Deux des trois cerfs, de plus de 150 kg, ont été tués par balles. Le troi­sième se­rait mort à la suite d’un af­fron­te­ment avec un autre mâle, avant d’être dé­cou­pé. Il est en­core im­pos­sible de sa­voir si ces ti­reurs sont les tueurs. « Les ani­maux peuvent avoir été dé­ca­pi­tés par d’autres. En tout cas, ce sont des pro­fes­sion­nels qui ont agi, vu la dé­coupe », aver­tit, prudent, Syl­vain Cre­tel, chef de ser­vice à l’ONCFS de l’Oise. Une tête de cer­vi­dé peut va­loir jus­qu’à 2 000 € une fois em­paillée. En cas de fla­grant dé­lit de chasse en réu­nion de nuit, les pré­ve­nus risquent quatre ans d’em­pri­son­ne­ment, 60 000 € d’amende, la sus­pen­sion de leurs per­mis de conduire et de chasse.

Si ce fait de bra­con­nage est plu­tôt rare en France, la lutte contre le pré­lè­ve­ment illé­gal oc­cupe 25 % du temps de près de 1 000 agents et tech­ni­ciens dans tout le pays. Soit 535 000 heures de sur­veillance et de contrôles.

Dans l’Oise, ce­la re­pré­sente 200 heures par agent et par an. Fin oc­tobre, les quelques agents ont été mo­bi­li­sés pen­dant une di­zaine de nuits, re­ce­vant des ren­forts de l’Aisne, comme cette nuit du 25 oc­tobre, afin de tra­quer ces bra­con­niers. Alors qu’il prend son ser­vice, Syl­vain Cre­tel re­çoit un ap­pel lui an­non­çant des coups de feu à Pier­re­fonds. « Le temps qu’on ar­rive de­puis Com­piègne, les bra­con­niers se­ront par­tis. Pis, on va les croi­ser et ils ne re­vien­dront plus », ex­plique ce­lui qui est à l’ONCFS de­puis trente et un ans. Cer­tains tuent puis re­viennent plus tard prendre l’ani­mal ou les par­ties qui les in­té­ressent.

Avec l’été in­dien, la pé­riode du brame s’est pro­lon­gée, fa­ci­li­tant la chasse illé­gale de cerfs fa­ti­gués. Chaque an­née, cette pé­riode puis celle d’avant les fêtes sont pro­pices aux bra­con­niers, qui pro­fitent du manque de feuilles. Ai­dés par­fois de ca­mé­ras ther­miques, sou­vent de pro­jec­teurs pour éblouir les ani­maux, ils n’hé­sitent pas non plus à ti­rer sur les agents de l’ONCFS, pour­tant ar­més. Syl­vain Cre­tel a connu cette mésa­ven­ture quatre fois.

Il est 22 heures, tou­jours le 25 oc­tobre. Les trois équipes de l’ONCFS sont ca­chées en fo­rêt de Laigue et mu­nies de ju­melles à vi­sion noc­turne. Une équipe si­gnale un coup de feu à moins de 500 m. Syl­vain Cre­tel dé­cou­vri­ra une voi­ture et de jeunes hommes ve­nus ra­mas­ser du bois. Un deuxième coup de feu brise le si­lence de la nuit à quelques ki­lo­mètres de là. Là en­core, mal­gré une at­ten­tion sou­te­nue, l’équipe sillon­ne­ra des di­zaines de che­mins en vain. « Etre dans la même fo­rêt, im­mense, au même mo­ment, n’est mal­heu­reu­se­ment pas une ga­ran­tie de réus­site », re­con­naît, aga­cé, Syl­vain Cre­tel.

UNE PÉ­RIODE SEN­SIBLE

Re­thondes (Oise), le 30 sep­tembre. Trois cerfs dé­ca­pi­tés ont été re­trou­vés. Deux d’entre eux, au moins, avaient été tués par des bra­con­niers.

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