La ba­taille de Charles et Ju­lie EN MÉMOIRE

L’en­quête me­née après la mort du pe­tit Léo a per­mis de dé­ter­mi­ner que son as­sis­tante ma­ter­nelle ne res­pec­tait pas les condi­tions de sé­cu­ri­té mais que la PMI lui avait néan­moins lais­sé son agré­ment.

Le Parisien (Oise) - - FAITS DIVERS - PAR NI­CO­LAS JAC­QUARD

C’EST UN PHÉ­NO­MÈNE aux causes mul­tiples, qui conserve sa part de mys­tère. Chaque an­née en France, 500 bé­bés âgés de 1 mois à 1 an sont em­por­tés par la mort su­bite du nour­ris­son (MSN). Soit se­lon la dé­fi­ni­tion mé­di­cale, celle d'« un bé­bé en bonne san­té, re­trou­vé mort sans cause ap­pa­rente ». En re­vanche, il ne fait dé­sor­mais plus au­cun doute que les risques de MSN sont très net­te­ment ac­crus par un cou­chage sur le ventre, un lit en­com­bré ou in­cli­né, ain­si qu’une tem­pé­ra­ture am­biante trop éle­vée. Au­tant de points re­le­vés au do­mi­cile de Mme S., l’as­sis­tante ma­ter­nelle agréée em­ployée par Ju­lie et Charles, les pa­rents de Léo.

Le 26 mars der­nier, ce bé­bé de 4 mois et de­mi est dé­cé­dé chez elle, à Cour­be­voie (Hauts-de-Seine), alors qu’il se trou­vait sur le ventre, sur son ta­pis d’éveil. Une po­si­tion au­to­ri­sée sous ré­serve que la nou­nou soit pré­sente pour vé­ri­fier qu’il ne s’en­dorme pas. Or, à ce mo­ment-là, Mme S. l’a lais­sé sans sur­veillance vingt mi­nutes au moins, alors qu’elle s’oc­cu­pait d’autres en­fants, dont ses pe­tits-en­fants, dans une pièce voi­sine.

Ce n’est pas le seul élé­ment qui lui a va­lu d’être mise en exa­men pour ho­mi­cide in­vo­lon­taire, alors même que les pa­rents de Léo n’avaient pas en­core dé­po­sé plainte. Car au terme de plu­sieurs contrôles de la PMI des Hauts-de-Seine, il avait été consta­té de mul­tiples man­que­ments aux règles de sé­cu­ri­té. Des contrôles ac­ca­blants, mais qui n’ont don­né lieu à au­cune pro­cé­dure de re­trait d’agré­ment. C’est pour­quoi Me Ar­chi­bald Ce­ley­ron, l’avo­cat de Ju­lie et Charles, vient de ré­cla­mer à la juge d’ins­truc­tion char­gée du dos­sier qu’elle mette éga­le­ment en exa­men le dé­par­te­ment des Hauts-de-Seine pour ho­mi­cide in­vo­lon­taire. « La vé­ri­table res­pon­sa­bi­li­té est là, pointe l’avo­cat. Les ser­vices du dé­par­te­ment ont fait preuve d’une dé­faillance coupable, gé­né­rée par une ges­tion aléa­toire des as­sis­tantes ma­ter­nelles. » Le 7 mars, trois se­maines avant la mort de Léo, il était ain­si consta­té que Mme S. ne res­pec­tait « pas du tout les normes de sé­cu­ri­té pour le cou­chage ». « On ne peut pas dire que c’est pas de chance… a re­con­nu en au­di­tion la mé­de­cin de la PMI char­gée du sui­vi des dos­siers. Elle est pas­sée à la trappe. C’est une dé­faillance de notre or­ga­ni­sa­tion. »

Ce drame pose la ques­tion des contrôles des as­sis­tantes. Mme S. n’avait pas eu de vi­site pen­dant deux ans, alors même que cha­cune des pré­cé­dentes ins­pec­tions avait mis en évi­dence des man­que­ments cri­tiques. Cer­tains pro­fes­sion­nels pointent ain­si de graves la­cunes dans l’ho­mo­gé­néi­té du sui­vi des as­sis­tan- tes au ni­veau na­tio­nal. « Moi, je n’ai pas eu de contrôles pen­dant cinq ans, ex­plique Ch­ris­telle, as­sis­tante ma­ter­nelle dans le Ju­ra. On est obli­gés de les de­man­der nous-mêmes… » Se pose en­suite la ques­tion des re­traits des agré­ments, trop rares au dire de ces mêmes pro­fes­sion­nels (lire ci- des­sous). La di­rec­tion des sta­tis­tiques du mi­nis­tère de la San­té nous a d’ailleurs confir­mé qu’elle ne dis­po­sait pas de don­nées sur le nombre de re­traits d’agré­ments. Dans les Hautsde-Seine, dix à vingt se­raient re­ti­rés chaque an­née… en ma­jo­ri­té pour des dé­parts à la re­traite.

Pa­ris, le 1er oc­tobre. Charles et Ju­lie, dont le bé­bé est dé­cé­dé chez sa nou­nou, at­taquent celle-ci en jus­tice ain­si que le dé­par­te­ment des Hauts-de-Seine.

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