« Cette nou­nou a joué un vé­ri­table double jeu »

Charles et Ju­lie, les pa­rents de Léo

Le Parisien (Oise) - - FAITS DIVERS -

POUR JU­LIE, 31 ANS, c’était une peur pri­male, « quelque chose qui m’a tou­jours pa­ni­quée ». Cette han­tise de la mort su­bite du nour­ris­son, elle pen­sait l’avoir trans­mise à Mme S., la nou­nou qu’elle et son com­pa­gnon, Charles, avaient choi­sie avec soin lors­qu’il s’était agi de faire gar­der Léo, leur bé­bé né en no­vembre 2017. « On en avait vu deux autres avant elle, se sou­vient Charles. Au­cune ne l’avait pris sur elle pen­dant l’en­tre­tien… » C’est donc Mme S. qui est choi­sie, « d’au­tant qu’on me l’avait re­com­man­dée », souffle Ju­lie. Pour ce couple de Cour­be­voie (Hauts-de-Seine), l’abîme de dou­leur en­gen­dré par la mort de Léo s’ac­com­pagne dé­sor­mais d’un sen­ti­ment de culpa­bi­li­té et de tra­hi­son. D’une pointe de co­lère, aus­si.

« Si nous avions été mis au cou­rant d’un seul des élé­ments re­le­vés par les contrôles, nous ne lui au­rions pas lais­sé Léo », mar­tèle Charles. Même si, ré­tros­pec­ti­ve­ment, les pa­rents de Léo se re­mé­morent quel­que­suns de ses agis­se­ments qui leur avaient po­sé ques­tion. « Une fois, à 3 mois, elle lui avait don­né du miel, re­lève Charles. On lui avait de­man­dé d’ar­rê­ter. Tout en lui rap­pe­lant qu’elle ne de­vait pas le cou­cher sur le ventre. » « Elle avait re­con­nu de­vant moi l’avoir fait, com­plète Ju­lie. J’avais in­sis­té pour que ce­la ne se re­pro­duise pas. » Comme l’ont fait, sans suc­cès, les agents de la PMI qui se sont suc­cé­dé à son do­mi­cile, la der­nière fois trois se­maines avant le dé­cès de Léo.

« Mais au­cune consé­quence n’a été ti­rée de ces man­que­ments ré­pé­tés aux obli­ga­tions de sé­cu­ri­té, dé­nonce Me Ar­chi­bald Ce­ley­ron, avo­cat de Ju­lie et Charles. Ce non-res­pect du cou­chage sur le dos au­rait dû en­traî­ner un re­trait d’ur­gence de son agré­ment. » Après coup, les pa­rents de Léo sont convain­cus que « cette nou­nou a joué un vé­ri­table double jeu ».

« Elle sor­tait un peu de son rôle, et me di­sait par exemple que je cou­vrais trop Léo, ana­lyse Ju­lie. Mais, même si je n’étais pas d’ac­cord, je me di­sais qu’elle avait à coeur de le pro­té­ger. » Quant aux ins­pec­tions sur place, la ma­man de Léo n’en a su que ce que Mme S. a bien vou­lu lui en dire. « Elle m’avait confié que ça ne s’était pas très bien pas­sé, mais qu’il s’agis­sait d’un com­plot contre elle, lié à la ja­lou­sie d’autres nou­nous. » De­puis, Ju­lie et Charles sont « tom­bés de très haut », et ex­hortent la jus­tice à faire son tra­vail et à poin­ter les res­pon­sa­bi­li­tés. « On a le sen­ti­ment que la PMI se fout des en­fants, fus­tige Charles, les larmes ja­mais loin. Ce ne se­rait pas juste que seule la nou­nou soit mise en exa­men. »

« Mes clients ne sont ni dans la ven­geance, ni dans la de­mande de dommages et in­té­rêts, pré­cise Me Ce­ley­ron. Ce qu’ils veulent, c’est qu’un tel drame ne se re­pro­duise pas. »

Le soir même de la mort de Léo, Mme S. leur de­man­dait par e-mail sa der­nière feuille de paie. Trois mois plus tard, c’était la PMI qui les contac­tait, con­cer­nant les vac­cins de Léo, avant de s’ex­cu­ser de cette dé­marche. Contac­té, le dé­par­te­ment des Hauts-de-Seine n’a pas sou­hai­té s’ex­pri­mer.

« On a le sen­ti­ment que la PMI se fout des en­fants » CHARLES

N.J.

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