Notre-Dame du Rain­cy, pre­mière église en bé­ton

Pour fi­nan­cer des travaux de res­tau­ra­tion, l’église du Rain­cy, premier lieu saint en bé­ton du monde, or­ga­nise une sé­rie de ma­ni­fes­ta­tions et des vi­sites gui­dées.

Le Parisien (Oise) - - L’OISE MATIN - TEXTES ANISSA HAMMADI PHOTOS ÉLI­SA SARRET

Au som­met de l’ave­nue de la Ré­sis­tance, l’im­pres­sion­nante église Notre-Dame du Rain­cy (Sei­neSaint-De­nis) sur­plombe la ville avec os­ten­ta­tion, grat­tant un ciel de la même cou­leur qu’elle. Mais la route en pente nous trompe : plus on s’ap­proche, plus elle semble ré­tré­cir, jus­qu’à de­ve­nir presque pe­tite. « Elle l’est vrai­ment », confirme Mar­tine Kon­zel­mann, char­gée de la com­mu­ni­ca­tion au sein de la pa­roisse. « A l’époque de sa construc­tion, en 1922, les alen­tours de Pa­ris étaient dé­jà très ur­ba­ni­sés, il n’y avait pas beau­coup de place ».

Im­pos­sible d’éri­ger l’église se­lon le plan tra­di­tion­nel, en forme de croix, avec une tra­vée cen­trale et un tran­sept. Les ar­chi­tectes, Au­guste et Gus­tave Per­ret (lire ci-contre) optent donc pour un plan ba­si­li­cal : un vais­seau rec­tan­gu­laire et un choeur en de­mi­cercle au fond.

UNE ILLU­SION DE GRAN­DEUR

Ba­sique, mais ef­fi­cace : à l’in­té­rieur, le sanc­tuaire pa­raît im­mense. D’autres as­tuces donnent l’illu­sion de la gran­deur. Les co­lonnes, par exemple, sont plus larges à la base pour ac­cen­tuer l’im­pres­sion de hau­teur. Cette pe­tite sin­gu­la­ri­té n’est rien com­pa­rée à celle qui crève les yeux. Notre-Dame de la Conso­la­tion est faite en bé­ton ar­mé. Au dé­but du XXe siècle, on n’avait ja­mais vu ça. C’est la pre­mière fois au monde qu’un lieu saint re­vêt ce ma­té­riau, jusque-là ré­ser­vé à un usage in­dus­triel. Ce n’est pour­tant pas le ré­sul­tat d’une ex­cen­tri­ci­té de la part des ar­chi­tectes.

Rap­pe­lons-le, nous sommes en 1922, quatre ans après la fin de la Pre­mière Guerre mon­diale. « Le cu­ré de l’époque, Fé­lix Nègre, vou­lait vrai­ment faire construire une église plus grande pour toutes les fa­milles en­deuillées (lire ci-contre).

Mais il n’avait pas d’ar­gent et les dons ne suf­fi­saient pas », pré­cise Do­mi­nique Be­noist, res­pon­sable des ma­ni­fes­ta­tions cultu­relles au pro­fit de la res­tau­ra­tion du clo­cher. Cette contrainte fi­nan­cière pousse les frères Per­ret à faire preuve d’au­dace et d’ima­gi­na­tion. Ils fa­briquent seule­ment cinq moules pour les formes des vi­traux et un sixième pour les co­lonnes (le même qui ser­vi­ra, plus tard, aux co­lonnes du pa­lais d’Ié­na). « C’est le prin­cipe du Le­go, du pré­fa­bri­qué avant l’heure ». La construc­tion s’achève vite et bien, en 21 mois.

« ON BAIGNE DANS LA LU­MIÈRE »

Le bé­ton ne rend pas l’église mo­rose pour au­tant. Dans un ma­gni­fique dé­gra­dé de cou­leurs, du parme à l’en­trée au bleu ma­rine au fond, les vi­traux car­rés, ronds et en lo­sanges rap­pellent les mou­cha­ra­biehs de l’Ins­ti­tut du monde arabe. « Au soleil, ça change tout. On baigne dans la lu­mière, les cou­leurs des vi­traux se re­flètent sur le vi­sage des fi­dèles, c’est très éton­nant. On en ou­blie le bé­ton », sou­rit Da­nielle Dar­bois, membre de l’as­so­cia­tion Res­tau­rer. Pour­quoi l’ou­blier ? Après tout, c’est grâce à lui que cette église au style in­dus­triel, un brin go­thique, a une al­lure folle. Grâce à lui qu’elle a été clas­sée Mo­nu­ment his­to­rique en 1966. Et grâce à lui que des tou­ristes du monde en­tier la glisse dans leur liste des vi­sites incontournables, tout de suite après Notre-Dame de Pa­ris et le Sa­cré-Coeur.

▣ Vi­site gui­dée di­manche 11 no­vembre à 16 heures. Ré­ser­va­tion sur ex­plo­re­pa­ris.com. Ta­rif : 8 €. Ex­po­si­tion de pein­tures et con­cert du Pa­ris Brass Band sa­me­di 8 et di­manche 9 dé­cembre.

Il fut im­pos­sible d’éri­ger l’église se­lon le plan tra­di­tion­nel, en forme de croix. Les ar­chi­tectes ont donc op­té pour un plan ba­si­li­cal : rec­tan­gu­laire avec un choeur en de­mi-cercle.

De chaque cô­té de l’en­trée, se trouvent deux cha­pelles. L’une consa­crée aux bap­têmes, l’autre au sou­ve­nir des sol­dats tom­bés au front (ci-des­sus).

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