« Bé­bé du coffre », cinq ans de pri­son pour la mère

Ro­sa-Ma­ria Da Cruz a été condam­née à cinq ans de pri­son, dont deux ferme, pour avoir cau­sé des han­di­caps ir­ré­ver­sibles à sa fille, confi­née du­rant deux ans.

Le Parisien (Oise) - - LA UNE - DE NOTRE EN­VOYÉE SPÉ­CIALE LOUISE COLCOMBET À TULLE (COR­RÈZE)

INDÉCHIFFRABLE, jus­qu’au bout. On ne lit ni sou­la­ge­ment, ni joie, ni tris­tesse sur son vi­sage, seule­ment une forme de las­si­tude. A peine glisse-t-elle un « prends soin des en­fants » à sa soeur, ve­nue l’em­bras­ser dans le box des ac­cu­sés avant de quit­ter le tri­bu­nal pour être in­car­cé­rée. Hier, Ro­sa-Ma­ria Da Cruz a pour­tant évi­té le pire.

La mère de la pe­tite Sé­ré­na, cette en­fant née en ca­chette puis confi­née du­rant ses deux pre­mières an­nées de vie dans un coffre de voi­ture, a été condam­née par la cour d’as­sises de la Cor­rèze à une peine de cinq ans de pri­son, dont trois avec sur­sis, as­sor­ti d’une mise à l’épreuve et d’une obli­ga­tion de soins. Un ver­dict clé­ment, loin des vingt ans en­cou­rus en rai­son des sé­quelles ir­ré­ver­sibles de la fillette. Loin éga­le­ment des huit an­nées de ré­clu­sion cri­mi­nelle ré­cla­mées par l’avo­cat gé­né­ral, qui peut tou­te­fois faire ap­pel.

Un peu plus tôt dans la ma­ti­née, ce der­nier avait certes re­con­nu l’exis­tence d’un dé­ni de gros­sesse de la part de l’ac­cu­sée — ce phé­no­mène psy­chique en­core mé­con­nu dont il a tant été ques­tion du­rant cette se­maine d’au­dience. Oli­vier Kern a tou­te­fois es­ti­mé que ce­lui-ci s’était mué en « dis­si­mu­la­tion » au mo­ment de cet ac­cou­che­ment éclair au sous-sol du pa­villon fa­mi­lial de Bri­gna­cla-Plaine, le 24 no­vembre 2011.

Un in­croyable men­songe ren­du pos­sible deux ans du­rant par « l’or­ga­ni­sa­tion mil­li­mé­trée » de cette mère de trois autres jeunes en­fants. Et une mise au se­cret aux consé­quences dé­sas­treuses pour Sé­ré­na, en­fer­mée dans ce ré­duit aux re­lents im­mondes, pa­tau­geant dans ses ex­cré­ments — « ce cloaque dont elle sor­ti­ra for­tui­te­ment », a rap­pe­lé Me Ro­dolphe Cos­tan­ti­no pour l’as­so­cia­tion En­fance et Par­tage, grâce à un ga­ra­giste, en oc­tobre 2013.

UNE FEMME RES­TÉE LISSE ET IN­AC­CES­SIBLE

« Elle manque alors de tout : de fer, de vi­ta­mine D, de cal­cium. Les ex­perts uti­lisent des termes ter­ribles : on parle de na­nisme psy­cho­so­cial, de ra­chi­tisme ! » a ton­né l’avo­cat gé­né­ral. Mais Ro­sa-Ma­ria Da Cruz, dont il ne nie pas l’at­ta­che­ment à cette en­fant dont elle s’est par­tiel­le­ment oc­cu­pée, a, se­lon lui, fait un « choix ».

« On ne choi­sit pas, on su­bit le dé­ni de gros­sesse ! » a mar­te­lé en dé­fense Me Ch­rys­tèle Chas­sagne-Del­pech, théo­ri­sant que ce der­nier s’était pour­sui­vi en « dé­ni d’en­fant ». Dé­ve­lop­pant sa plai­doi­rie au­tour de cet état de « dis­so­cia­tion psy­chique » qui rend des femmes in­cons­cientes de leur propre gros­sesse — au point de ne pas prendre de poids et d’avoir des sai­gne­ments qu’elles pensent être leurs règles —, l’avo­cate a par­lé de « fléau » qui reste à ce jour dans un « vide psy­chia­trique ».

De fait, tous en ont conve­nu, l’au­dience n’au­ra pas per­mis de cer­ner les res­sorts pro­fonds des agis­se­ments de Ro­sa-Ma­ria Da Cruz, une femme sans pa­tho­lo­gie men­tale ni traits per­vers, res­tée lisse et in­ac­ces­sible. Peut-être sont-ils à trou­ver dans ce couple qu’elle idéa­lise, quand son concu­bin est no­toi­re­ment al­coo­lique, in­fi­dèle et dés­in­ves­ti ; plus sû­re­ment, a es­ti­mé son avo­cate, dans le manque de sui­vi mé­di­cal après son pre­mier ac­cou­che­ment — « un car­nage » — puis deux autres naissances in­opi­nées, dont un autre dé­ni de gros­sesse, cinq ans avant Sé­ré­na.

Hier, la cour d’as­sises a jus­ti­fié sa man­sué­tude par la « prise en compte du par­cours » de l’ac­cu­sée, au­jourd’hui âgée de 50 ans, mais aus­si par ses res­pon­sa­bi­li­tés fa­mi­liales — elle pour­ra sol­li­ci­ter une re­mise en li­ber­té à brève échéance pour éle­ver ses trois en­fants. Quant à Sé­ré­na, les ju­rés ont pro­non­cé à son égard la dé­chéance to­tale de l’au­to­ri­té pa­ren­tale, es­ti­mant que son seul contact pour­rait mettre à bas tout le tra­vail de re­cons­truc­tion de la fillette, confiée au­jourd’hui à une fa­mille d’ac­cueil. Une dé­ci­sion que Ro­sa-Ma­ria Da Cruz avait an­ti­ci­pé : « Je vou­drais lui de­man­der par­don pour tout le mal que je lui ai fait, avait-elle dit dans ses der­niers mots à la cour. Je me rends compte que je lui en ai fait beau­coup et que je ne re­ver­rai plus ja­mais ma pe­tite fille. »

Tulle (Cor­rèze), le 12 no­vembre. Les ju­rés ont pro­non­cé une dé­chéance to­tale de l’au­to­ri­té pa­ren­tale de Ro­sa-Ma­ria Da Cruz et de son ma­ri à l’égard de Sé­ré­na.

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