ELLE A UN POINT COM­MUN AVEC LES ZÈBRES ET LA­DY GA­GA

Le Parisien (Oise) - - LOISIRS MUSIQUE - PAR ÉRIC BU­REAU

Zaz n’a pas peur. Pas peur de nous sur­prendre dans son qua­trième al­bum, « Ef­fet mi­roir », son pre­mier disque de chan­sons ori­gi­nales de­puis cinq ans : un patch­work de quinze titres qui nous font voya­ger loin, de Cu­ba en La­po­nie, d’une danse la­ti­no à un pia­no-voix par­lé. A 38 ans, Zaz n’a pas non plus peur de se dé­voi­ler. Ni dans cet al­bum qui porte bien son nom — « je parle haut », « les cri­tiques glissent sur mon plu­mage », « j’en suis là et j’en suis fière », chante-telle, his­toire d’as­su­mer ce qu’elle est, cli­vante en France alors qu’elle est cé­lé­brée hors de nos fron­tières —, ni en tê­teà-tête, où Zaz est tou­jours cash, mais plus se­reine : « Je suis plus en paix avec moi-même et donc avec les autres. » Zaz a une par­ti­cu­la­ri­té, qu’on ap­pelle sy­nes­thé­sie. « Quand les gens ont des émo­tions, pour moi, ça a une odeur, dé­crit-elle. D’autres as­so­cient les chiffres avec des cou­leurs. Les zèbres sur­doués sont comme ça. La­dy Ga­ga aus­si, je crois. » Elle lutte aus­si de­puis l’en­fance contre la dys­lexie. « Par­fois, j’in­vente des mots en croyant qu’ils existent, comme lo­bo­toxer. Par­fois, je confonds droite et gauche, je dis de­vant pour dire der­rière. A l’école, c’était par­fois com­pli­qué, mais ça va mieux, car je me connais bien, alors j’ar­rive à an­ti­ci­per. A l’étran­ger, je m’adapte mieux, car c’est plus ins­tinc­tif, in­tui­tif, je suis dans l’em­pa­thie. »

« À L’ÉTRAN­GER, ON M’AP­PELLE ISA­BELLE »

La Tou­ran­gelle, qui a gran­di à Li­bourne, est la chan­teuse fran­çaise qui s’ex­porte le mieux. Sur les 4 mil­lions d’al­bums qu’elle a ven­dus de­puis son pre­mier suc­cès, « Je veux », en 2010, la moi­tié l’a été à l’étran­ger. Et 271 de ses 500 concerts ont eu lieu hors de France, en par­ti­cu­lier en Amé­rique du Sud, où elle est une star. « A Bue­nos Aires, c’est fou d’en­tendre 8 000 per­sonnes chan­ter tout par coeur, s’en­thou­siasme Zaz. Et ils m’ap­pellent Isa­belle, comme en Rus­sie. Ils ne me consi­dèrent pas comme une image, mais comme un être humain. C’est tel­le­ment plus agréable. »

“PAR­FOIS, J’IN­VENTE DES MOTS EN CROYANT QU’ILS EXISTENT, COMME LO­BO­TOXER. PAR­FOIS, JE CONFONDS DROITE ET GAUCHE,

JE DIS DE­VANT POUR DIRE DER­RIÈRE.

ELLE A ÉBLOUI RUS­SELL CROWE ET RAMM­STEIN

L’ac­teur aus­tra­lien de « Gla­dia­tor » adore écou­ter Zaz et sa « voix in­croyable » en fai­sant des treks en mon­tagne. Sa chan­son « Eblouie par la nuit » a même ins­pi­ré une des chan­sons de son pre­mier film en tant que réa­li­sa­teur, « la Pro­messe d’une vie » (2015). Ce n’est pas la seule cé­lé­bri­té étran­gère sen­sible aux chan­sons de Zaz. Mar­tin Scor­sese, Pla­ci­do Do­min­go sont fans… Et la chan­teuse confie avoir en­re­gis­tré ré­cem­ment un duo « fou » avec… Till Lin­de­mann, le chan­teur du groupe mé­tal Ramm­stein. « Lors d’un concert en Al­le­magne, sa ma­quilleuse m’avait dit qu’il ai­mait bien mes chan­sons, ra­conte Zaz. Ef­fec­ti­ve­ment, lors du der­nier concert de Ramm­stein à Pa­ris, il m’a in­vi­té avec mon pia­niste dans sa loge. C’était sur­réa­liste de le voir dan­ser sur Je veux.»

ELLE RÊVE DE CRÉER UN FES­TI­VAL EN AFRIQUE

Zaz n’a pas la té­lé­vi­sion de­puis plus de dix ans et re­garde de moins en moins In­ter­net. Du coup, elle a du temps pour agir. Pour le mou­ve­ment éco­lo­giste et so­cial Co­li­bris, pour Za­zi­mut, son ré­seau in­ter­na­tio­nal d’en­traide lo­cale au­quel ap­par­tiennent une cen­taine d’ONG, pour le fes­ti­val ci­toyen qu’elle a créé à Crus­sol, en Ar­dèche, dont la 3e édi­tion se tien­dra les 6 et 7 juillet 2019. « J’y perds de l’ar­gent, mais ce n’est pas grave, confie la chan­teuse. Quand je peux faire des soi­rées pri­vées, ça sert à fi­nan­cer ça. Et je rêve d’or­ga­ni­ser un fes­ti­val iti­né­rant en Afrique. »

Elle a aus­si été contac­tée par le pro­duc­teur Tho­mas Lang­mann pour jouer dans un film mu­si­cal au­tour de Piaf. « C’est un pro­jet. Je ne veux pas en par­ler tant que je ne suis pas dans le dur. » Comme elle le chante dans « Ef­fet mi­roir », Zaz aime vivre à 200 à l’heure.

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