« At­ten­tion à vos mains »

Les in­fec­tions contrac­tées dans les hô­pi­taux sont en di­mi­nu­tion de 20 % à l’As­sis­tance pu­blique-Hô­pi­taux de Pa­ris. Nous avons sui­vi une équipe d’hy­gié­nistes à Co­chin.

Le Parisien (Oise) - - SOCIÉTÉ - PAR EL­SA MA­RI

CE SONT DES PA­TIENTS qui res­sortent de l’hô­pi­tal gué­ris de la pa­tho­lo­gie qui les y avait conduits mais… avec une nou­velle ma­la­die. Dou­lou­reux pa­ra­doxe : 750 000 per­sonnes contractent, chaque an­née, une in­fec­tion no­so­co­miale du­rant leur sé­jour et 4 000 en meurent en France. Pour­tant, l’AP-HP (As­sis­tance Pu­blique-Hô­pi­taux de Pa­ris) nous l’an­nonce* : ce chiffre a di­mi­nué de 20 % en cinq ans dans ses hô­pi­taux alors que la ten­dance est stable au ni­veau na­tio­nal. Une belle avan­cée. Com­ment sont-ils par­ve­nus à faire bais­ser ce taux de 8,1 % à 6,5 % entre 2012 et 2017 (contre 7,4 % en moyenne en France) ? Pour le com­prendre, nous avons sui­vi la bri­gade d’hy­giène de l’hô­pi­tal Co­chin (Pa­ris XIVe), bon élève du groupe.

LES BAGUES, UN NID À BAC­TÉ­RIES

Au 1er étage, huit hy­gié­nistes, dans des lo­caux au sol ir­ré­pro­chable, mènent un com­bat achar­né au quo­ti­dien. Ce sont les pe­tites voix de l’hô­pi­tal qui ré­pètent les mêmes consignes à tous les ser­vices. In­las­sa­ble­ment. « At­ten­tion à vos mains, in­sistent-elles, elles apaisent, gué­rissent mais aus­si conta­minent. » Au dé­tour d’un cou­loir, une soi­gnante en blouse verte ap­pa­raît, pous­sant un cha­riot, une bague au doigt. « Il fau­drait l’en­le­ver », lui souffle, gen­ti­ment, Léo­nie Meyer, cadre su­pé­rieur dans l’équipe. « Ah, bien sûr, ex­cu­sez-moi », lâche-t-elle en s’éloi­gnant. Chaque an­née, les hy­gié­nistes forment plus de 2 000 agents de l’hô­pi­tal aux gestes de bonnes pra­tiques, à l’aide d’af­fiches pé­da­go­giques : « Sur cette pho­to, on voit que si on se lave les mains avec du gel hy­dro­al­coo­lique alors qu’on porte un bi­jou, il reste plein de germes, pour­suit Léo­nie Meyer. Ce n’est pas fa­cile, cer­tains ont du mal à en­le­ver leur al­liance, il y a un as­pect très af­fec­tif. » Et les consignes sont lis­tées : in­ter­dit de por­ter du ver­nis, « même du trans­pa­rent », re­bon­dit Anne Ca­set­ta, res­pon­sable de l’uni­té. Et les faux ongles sont à ban­nir, car un pe­tit trou à la sur­face peut conte­nir plus d’un mil­lier de bac­té­ries. Les ef­forts ont payé. En 2017, 85 % des per­son­nels avaient in­té­gré ces consignes, contre 56 % l’an­née pré­cé­dente.

Di­rec­tion main­te­nant le ser­vice de ré­ani­ma­tion, là où les per­sonnes les plus fra­giles ont

leur chambre. A l’in­té­rieur, des fla­cons de gels hy­dro­al­coo­liques trônent par­tout. « J’en uti­lise par­fois 70 fois par jour », in­dique Har­ry La­ne­las, in­fir­mier en ré­ani­ma­tion, char­gé de re­layer les consignes d’hy­giène à son équipe. Ce pro­duit est une vraie avan­cée, il n’exis­tait pas avant 2002. »

De­vant la chambre no 11, un ma­lade sous as­sis­tance res­pi­ra­toire est at­teint de la tu­ber­cu­lose, d’une bac­té­rie mul­ti­ré­sis­tante et d’une in­fec­tion cu­ta­née. Alors, pour chaque pa­tho­lo­gie, trois af­fiches sus­pen­dues à la poi­gnée de sa porte rap­pellent les consignes. Si ces pe­tites four­mis de la pro­pre­té veillent en amont, elles ras­semblent aus­si les troupes lors­qu’un pa­tient a contrac­té une in­fec­tion no­so­co­miale, pour com­prendre ce qui a pu se pas­ser. Pour­quoi ? Com­ment ? « De toute fa­çon, c’est très dif­fi­cile de trou­ver une cause précise, mais au moins, ce tra­vail per­met d’amé­lio­rer les pra­tiques, on coche des cases comme on le fe­rait après un crash d’avion », re­prend Anne Ca­set­ta.

DU MA­TÉ­RIEL DE PLUS EN PLUS PER­FOR­MANT

Un peu plus loin, on croise Ju­lien Char­pen­tier, mé­de­cin ré­ani­ma­teur, pré­sident du co­mi­té de lutte contre les in­fec­tions no­so­co­miales, le ré­fé­rent de la bri­gade au­près de la di­rec­tion. « Les pa­tients nous le disent, ils ont peur d’at­tra­per une ma­la­die à l’hô­pi­tal. Au­jourd’hui, on a beau­coup pro­gres­sé, on est très heu­reux. Le sta­phy­lo­coque n’est presque plus un pro­blème. » Si les chiffres ont bais­sé, rap­pelle-t-il, c’est aus­si grâce au ma­té­riel, tou­jours plus per­for­mant, comme les sondes en si­li­cone. Mais tous le savent, ils peuvent faire mieux. Chaque geste d’hy­giène peut sau­ver des vies.

*En­quête de pré­va­lence de San­té pu­blique France.

Pa­ris (XIVe), mer­cre­di. A Co­chin comme dans tous les hô­pi­taux de France, le gel hy­dro­al­coo­lique est de­ve­nu in­con­tour­nable pour lut­ter contre les bac­té­ries.

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