« Main­te­nant, je fais at­ten­tion au chauf­fage »

Le Parisien (Oise) - - ÉCONOMIE - VINCENT MON­GAILLARD

NA­THA­LIE, 46 ANS

▶ In­fir­mière li­bé­rale près de Per­pi­gnan (Py­ré­nées-Orien­tales).

▶ Di­vor­cée, un en­fant.

▶ Gagne en­vi­ron 1 800 € net par mois.

NA­THA­LIE, IN­FIR­MIÈRE à do­mi­cile du cô­té de Per­pi­gnan (Py­ré­nées-Orien­tales), n’est pas du genre à se la­men­ter sur son sort. « C’est dif­fi­cile de se plaindre, je cô­toie au quo­ti­dien des gens plus dé­mu­nis que moi », confie-t-elle. Il n’em­pê­triment che, ces der­niers temps, elle n’hé­site plus à don­ner de la voix. « En deux ans, c’est la troi­sième fois que je des­cends dans la rue, alors qu’avant, je n’avais ja­mais ma­ni­fes­té », té­moigne cette mé­con­tente croi­sée mar­di à Pa­ris lors d’un dé­fi­lé des blouses blanches dé­non­çant le plan San­té et le « mé­pris » du gou­ver­ne­ment.

Il fut une époque où cette qua­dra­gé­naire, « so­li­daire des Gi­lets jaunes » sans pour au­tant être en­ga­gée dans le mou­ve­ment, ap­par­te­nait à la « classe moyenne su­pé­rieure ». « Dé-

sor­mais, je suis dans la par­tie basse », se po­si­tionne-t-elle, vic­time d’un « ap­pau­vris­se­ment » de son pou­voir d’achat. Cette di­vor­cée, ma­man d’une étu­diante âgée de 18 ans, gagne en­vi­ron 1 800 € net par mois.

« J’ai re­cen­sé toutes mes dé­penses pour voir où je pou­vais éco­no­mi­ser », ex­plique-t-elle. Elle a ain­si sus­pen­du son plan d’épargne re­traite ou chan­gé de mu­tuelle, op­tant pour une offre à 46 € par mois pour sa fille et elle au lieu de 80 € au­pa­ra­vant. Elle, qui est pro­prié­taire, a aus­si re­né­go­cié son cré­dit mai­son. Le taux du prêt est pas­sé de 3,80 % à 2,1 %. « J’ai pris mon cou­rage à deux mains pour al­ler convaincre mon ban­quier », ra­conte celle qui doit s’ac­quit­ter de 800 € de men­sua­li­té.

Il n’y a pas de pe­tites éco­no­mies. « J’ai mal au ventre de le dire mais, main­te­nant, je fais at­ten­tion au chauf­fage », concède-t-elle. Cette bac + 3, qui se re­trousse les manches jus­qu’à douze heures par jour, se prive des va­cances et « re­garde les prix » quand elle fait ses courses. « Avant, j’es­sayais au maxi­mum de faire tra­vailler les pe­tits pro­duc­teurs près de chez moi. Au­jourd’hui, je vais sou­vent chez Lidl et dans les ma­ga­sins dis­count », précise-t-elle.

Pa­ral­lè­le­ment, cer­tains frais ont aug­men­té, mal­gré elle. « De­puis août, je paie 70 € de plus par mois dans mes pleins d’es­sence », cal­cule l’in­fir­mière li­bé­rale en zone ru­rale. « Je roule beau­coup, alors, mon an­goisse, c’est que ma voi­ture, mon ou­til de tra­vail, me lâche. J’ai zé­ro eu­ro de cô­té », s’alarme-t-elle. Ses charges aus­si ont gon­flé. « J’ai l’im­pres­sion d’être une vache à lait », sou­pire-t-elle.

Mal­gré tout, elle n’a pas l’in­ten­tion de je­ter l’éponge. « Je veux conti­nuer à ai­mer mon mé­tier. Si de­main, j’ar­rête, je n’ai plus rien, je n’ai pas droit au chô­mage », rap­pelle-t-elle. Elle re­grette le « manque de consi­dé­ra­tion de la part des po­li­tiques ». « Mais heu­reu­se­ment, on est ré­com­pen­sés tous les jours par nos pa­tients re­con­nais­sants », re­mer­cie-t-elle.

« J’AI L’IM­PRES­SION D’ÊTRE UNE VACHE À LAIT »

Pa­ris, hier. « J’ai re­cen­sé toutes mes dé­penses pour voir où je pou­vais éco­no­mi­ser », ex­plique Na­tha­lie.

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