Pe­tits hô­tels cherchent re­pre­neurs déses­pé­ré­ment

Près d’un hô­tel-res­tau­rant en zone ru­rale ferme chaque jour ses portes en France. Les mises aux normes trop coû­teuses dé­cou­ragent les re­pre­neurs.

Le Parisien (Oise) - - ÉCONOMIE - DE NOTRE COR­RES­PON­DANT CY­RIL MICHAU À SAINT-ÉTIENNE (LOIRE)

« L’AU­BERGE à la fran­çaise », comme la sur­nomme Ro­land Hé­guy, pré­sident confé­dé­ral de l’Union des mé­tiers et des in­dus­tries de l’hô­tel­le­rie (Umih), est-elle en train de dis­pa­raître des cam­pagnes fran­çaises ? Les adhé­rents de ce syn­di­cat pro­fes­sion­nel, réunis en congrès à Saint-Etienne (Loire) jus­qu’à au­jourd’hui, tirent la son­nette d’alarme. Le pe­tit hô­tel-res­tau­rant du bord de la route dont les nappes à car­reaux, la cui­sine tra­di­tion­nelle gé­né­reuse et la cha­leur hu­maine ont fait la ré­pu­ta­tion, se meurt à pe­tit feu.

« Le parc hô­te­lier fran­çais compte en­vi­ron 650 000 chambres. Tous les ans, dans les zones ru­rales, nous per­dons plus de 300 pe­tits hô­tels-res­tau­rants, dé­taille le pré­sident de l’Umih. C’est pres­qu’un éta­blis­se­ment par jour qui met la clé sous la porte. » Pa­ra­doxa­le­ment, ces pe­tits hô­tels de 10 à 20 chambres « sont des en­tre­prises viables », as­sure-t-il.

Le pro­blème est à cher­cher du cô­té des normes im­po­sées à l’hô­tel­le­rie, de­ve­nues un far­deau. « Les mises aux normes de sé­cu­ri­té in­cen­die, d’ac­ces­si­bi­li­té aux per­sonnes à mo­bi­li­té ré­duite, d’élec­tri­ci­té, les portes coupe-feu, toutes ces ré­gle­men­ta­tions im­po­sées aux pe­tites struc­tures hô­te­lières né­ces­sitent des in­ves­tis­se­ments très lourds », sou­ligne Jean-Luc Ma­rion La­shermes, di­rec­teur as­so­cié du ca­bi­net Mi­chel-Si­mond, ré­seau spé­cia­li­sé dans les fonds de com­merce, à Saint-Etienne. Des in­ves­tis­se­ments que les pro­prié­taires de ces éta­blis­se­ments si­tués en zone ru­rale n’ont pas tou­jours les moyens de réa­li­ser.

La re­traite ap­pro­chant, ces

pe­tits hô­te­liers de cam­pagne se mettent en quête d’un re­pre­neur. Mais les ache­teurs po­ten­tiels se font rares. « Pour mettre aux normes ce genre d’af­faire, le ti­cket mi­ni­mum est de l’ordre de 300 000 à 500 000 € », es­time Ro­land Hé­guy. Et, bien sou­vent, les banques ne suivent pas. « Le poids de la ré­gle­men­ta­tion et la fri­lo­si­té du sys­tème ban­caire à fi­nan­cer des re­prises sont in­ouïs », dé­nonce le pré­sident confé­dé­ral de l’Umih.

Il pro­pose de créer une sixième ca­té­go­rie d’éta­blis­se­ment re­ce­vant du pu­blic (ERP) dans la­quelle en­tre­raient les struc­tures hô­te­lières ac­cueillant au maxi­mum 30 per­sonnes, soit 15 chambres. « Cette nou­velle ca­té­go­rie per­met­trait d’as­sou­plir les normes im­po­sées. »

EN­VI­RON

5 000 EN­TRE­PRISES SE­RAIENT EN SOUF­FRANCE

En France, ac­tuel­le­ment, en­vi­ron 5 000 en­tre­prises du sec­teur de l’hô­tel­le­rie se­raient en souf­france — dans l’in­ca­pa­ci­té de fi­nan­cer la mise aux normes ou de trou­ver un re­pre­neur—, se­lon l’Umih. « Dans une four­chette basse, un pe­tit fonds de com­merce d’hô­tel­res­tau­rant de moins de 10 chambres à ré­no­ver se né­go­cie aux alen­tours de 150 000 € en moyenne », pré­cise Jean-Luc Ma­rion. Mais les éta­blis­se­ments les moins chers peinent aus­si à trou­ver pre­neur. « Même pour l’eu­ro sym­bo­lique, c’est au­jourd’hui com­pli­qué de trans­mettre un éta­blis­se­ment », constate Alexandre Ci­pria­ni, pré­sident de l’Umih 42. Et la concur­rence de plus en plus forte, ces der­nières an­nées, des gîtes et des chambres d’hôtes dans les zones ru­rales n’a rien ar­ran­gé à la si­tua­tion.

« Au­jourd’hui, on construit des hô­tels un peu par­tout dans les grandes mé­tro­poles », constate Ro­land Hé­guy. « Notre ob­jec­tif est de re­don­ner de la vi­ta­li­té à l’hô­tel­le­rie de cam­pagne. »

Les pe­tits hô­tels de cam­pagne n’at­tirent sou­vent pas de re­pre­neur lors­qu’ils sont mis en vente.

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