Sur les pla­teaux té­lé, des propos qui heurtent

Cer­tains Gi­lets jaunes ont dé­ra­pé en di­rect à la té­lé. Des chaînes in­fo sont ac­cu­sées de man­quer de maî­trise.

Le Parisien (Oise) - - FAIT DU JOUR - UN DI­RI­GEANT DE CHAÎNE FRAN­ÇOIS ROUSSEAUX

DE­PUIS TROIS SE­MAINES, sur les pla­teaux té­lé, c’est le grand dé­fou­loir. Mer­cre­di soir sur BFMTV, Eric Drouet, l’une des fi­gures des Gi­lets jaunes (lire page de gauche), lâ­chait même, en par­lant de l’Ely­sée, que « si on y ar­rive, on rentre de­dans ». Des propos ra­broués par la se­cré­taire d’Etat Mar­lène Schiap­pa, pré­sente sur le pla­teau, mais qui nour­rissent la cri­tique faite aux chaînes d’in­for­ma­tion en conti­nu de contri­buer à mettre de l’huile sur le feu. « On est dans une phase d’hys­té­ri­sa­tion, et les chaînes d’in­fo y par­ti­cipent, ac­cuse Ch­ris­tian Delporte, his­to­rien des mé­dias. Les règles élé­men­taires du jour­na­lisme, c’est la dis­tance et la vé­ri­fi­ca­tion. Là, on est dans le flot et dans le flux, il faut ar­rê­ter le film hol­ly­woo­dien à grand spec­tacle. »

A qui tendre le mi­cro, face à un mou­ve­ment hé­té­ro­clite, sans porte-pa­role of­fi­ciel ? Pour la plu­part des chaînes, les jour­na­listes pré­sents sur les ronds-points ont eux­mêmes re­pé­ré et « cas­té » dif­fé­rents Gi­lets jaunes, pro­pul­sés en­suite à l’an­tenne. Mais « la cha­suble ne fait pas le Gi­let jaune. Cer­tains avancent mas­qués », dé­plore Tho­mas Bau­der, di­rec­teur dé­lé­gué de l’in­for­ma­tion de CNews, la chaîne d’in­for­ma­tion en conti­nu du groupe Ca­nal +.

VINGT HEURES DE DI­RECT PAR JOUR SUR BFMTV

« On es­saie heure par heure de trou­ver la re­pré­sen­ta­tion juste, on ré­ajuste nos propres choix en permanence », ajoute Cé­line Pi­galle, di­rec­trice de la ré­dac­tion de BFMTV. La chaîne lea­der, prise pour cible dans les ma­ni­fes­ta­tions, as­sure vingt heures de di­rect par jour. « On es­saie de se tour­ner vers ceux qui ont un dis­cours mo­dé­ré, et de confron­ter ceux qui ont des dis­cours plus ra­di­caux à leurs propres mo­ti­va­tions. » Alexandre Ka­ra, di­rec­teur de Fran­cein­fo, la chaîne pu­blique d’in­for­ma­tion en conti­nu, pré­cise : « On re­garde d’abord les pro­fils Fa­ce­book des in­vi­tés po­ten­tiels, avec un ré­dac­teur en chef qui est spé­ci­fi­que­ment char­gé de vé­ri­fier tous les pe­di­grees des in­ter­ve­nants. »

L’exé­cu­tif veille éga­le­ment aux propos te­nus comme aux images dif­fu­sées. « Ils nous ap­pellent beau­coup, ils veulent contrô­ler notre tra­vail, nous convaincre de moins don­ner la pa­role aux Gi­lets jaunes, on les sent en mis­sion », ra­conte un di­ri­geant de chaîne. Cer­tains mi­nistres qui dé­filent sur les pla­teaux ser­monnent hors an­tenne les ré­dac­teurs en chef. Ben­ja­min Gri­veaux, porte-pa­role du gou­ver­ne­ment, a mis en garde : « J’ap­pelle à la res­pon­sa­bi­li­té des té­lé­vi­sions sur la dif­fu­sion des images en di­rect afin de ne pas don­ner la po­si­tion des forces de l’ordre. »

Le Con­seil su­pé­rieur de l’au­dio­vi­suel a ap­pe­lé, hier, « à la res­pon­sa­bi­li­té, lourde et complexe, des mé­dias au­dio­vi­suels », en met­tant en garde « contre toute dif­fu­sion com­plai­sante, dés­équi­li­brée ou in­suf­fi­sam­ment vé­ri­fiée d’images et de com­men­taires qui at­ti­se­raient les an­ta­go­nismes et les op­po­si­tions ». Car les images sont très re­gar­dées : sa­me­di der­nier, BFMTV était la troi­sième chaîne de France.

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(LES MEMBRES DE L’EXÉ­CU­TIF) NOUS AP­PELLENT BEAU­COUP, ILS VEULENT CONTRÔ­LER NOTRE TRA­VAIL

Dif­fu­sée en di­rect mer­cre­di soir, l’émis­sion spé­ciale de BFMTV a don­né la pa­role aux Gi­lets jaunes pen­dant plus de deux heures.

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