Fer­mer ou pas, le di­lemme des com­mer­çants à Pa­ris

Bais­ser le ri­deau ou res­ter ou­vert ? Hier, les com­mer­çants pa­ri­siens, dont cer­tains ont dé­jà per­du beau­coup d’ar­gent avec les ma­ni­fes­ta­tions, étaient loin d’avoir tran­ché la ques­tion.

Le Parisien (Oise) - - FAIT DU JOUR - PAR DA­NIEL ROSENWEG

LES MES­SAGES IN­QUIÉ­TANTS de la pré­fec­ture de po­lice ont eu rai­son des hé­si­ta­tions des poids lourds du com­merce pa­ri­sien. Dans l’après­mi­di, le groupe Ga­le­ries La­fayette, « à titre pré­ven­tif » et « pour pro­té­ger [ses] clients et col­la­bo­ra­teurs », a dé­ci­dé de fer­mer ses ma­ga­sins Hauss­mann (IXe ar­ron­dis­se­ment) et Mont­par­nasse (XVe), ain­si que le BHV Ma­rais (IVe). Les banques, comme BPCE, LCL, So­cié­té gé­né­rale ont éga­le­ment an­non­cé une fer­me­ture « ex­cep­tion­nelle » sur les portes des agences si­tuées dans les quar­tiers à risques.

Place de la Ré­pu­blique (IIIe), la chaîne Buf­fa­lo Grill, elle, a car­ré­ment fait bar­ri­ca­der toute la fa­çade de son res­tau­rant. « C’est la pre­mière fois de­puis plus de vingt ans que l’on va fer­mer, ex­plique Mou­rad, res­pon­sable du res­tau­rant. Les vi­déos mon­trant des éta­blis­se­ments du groupe en­tiè­re­ment sac­ca­gés ont pous­sé la di­rec­tion à la pru­dence. Le per­son­nel se­ra payé. Et il y au­ra des vi­giles à l’in­té­rieur. »

LA CARTE DE LA PRU­DENCE

Non loin, bou­le­vard de Ma­gen­ta (Xe), les pe­tits com­mer­çants sont par­ta­gés. Ya­nis, ha­bi­tuel­le­ment fer­mé le sa­me­di, a peur pour la vi­trine du ma­ga­sin de lu­nettes qu’il a re­pris il y a six mois : « Ce ma­tin, je suis ve­nu avec ma va­lise : je vais vi­der les rayons en es­pé­rant que, comme il n’y a rien à l’in­té­rieur, per­sonne ne cas­se­ra. »

A l’autre bout de Pa­ris, entre l’Arc de Triomphe et la porte Maillot, sur l’ave­nue de la Grande-Ar­mée (XVIe-XVIIe), où d’im­por­tantes dégradations ont été com­mises sa­me­di der­nier, beau­coup ont choi­si de fer­mer. C’est le cas du ma­ga­sin d’ac­ces­soires mo­to Tea­maxe, sac­ca­gé et pillé par une soixan­taine d’in­di­vi­dus en­ca­gou­lés, qui n’a pas sou­hai­té re­vivre ce cau­che­mar mais ou­vri­ra di­manche. D’autres com­merces pa­ri­siens ont op­té pour l’ou­ver­ture. « On s’adap­te­ra, ex­plique-t-on au ma­ga­sin Dar­ty de l’ave­nue de la Ré­pu­blique (XIe). Si ça tourne mal, on ne met­tra pas notre per­son­nel et nos clients en dan­ger : on bais­se­ra le ri­deau de fer », pré­voit le res­pon­sable. Sa voi­sine du ma­ga­sin Go Sport est sur la même ligne : « C’est une jour­née im­por­tante pour nous. Mais vous sa­vez, ici, à Ré­pu­blique, on a l’ha­bi­tude des ma­nifs. Et ça se passe tou­jours bien. » La Phar­ma­cie de la Place, elle aus­si, se­ra ou­verte : « Les gens ont be­soin de mé­di­ca­ments. Et on ne sait pas du tout ce qu’il va se pas­ser. » Même prag­ma­tisme chez le ca­viste Nicolas de la rue du Châ­teau-d’Eau (Xe), dont la fa­çade a l’al­lure d’une barricade sur la­quelle une grande ban­de­role in­siste : « Votre ma­ga­sin reste ou­vert ! » « Si ça barde, on fer­me­ra, mais res­tons op­ti­mistes », sou­rit le gé­rant.

Cer­tains res­pon­sables de ma­ga­sin sont in­dé­cis. « Ça a l’air beau­coup plus sé­rieux que d’ha­bi­tude, avance Lio­nel, gé­rant d’un ma­ga­sin de sport, qui vient de re­ce­voir la po­lice et cherche en vain un ar­ti­san pour pro­té­ger ses vi­trines. Cer­tains po­li­tiques mettent de l’huile sur le feu, mais ce n’est pas eux qui se­ront der­rière les vi­trines. » Les sa­la­riés, eux, suivent. « Nous, on va ou­vrir, glisse la ven­deuse d’une grande en­seigne, très in­quiète. Ça veut dire qu’on est obli­gés de ve­nir. Fran­che­ment, ce n’est pas nor­mal. »

Place de la Ré­pu­blique, Pa­ris (IIIe), hier. Echau­dée par les évé­ne­ments de la se­maine der­nière, la chaîne Buf­fa­lo Grill a fait bar­ri­ca­der la fa­çade de son res­tau­rant.

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