Les Gi­lets jaunes ins­tal­lés pour du­rer

A la veille de l’acte IV pa­ri­sien hier, ren­contre avec ces ma­ni­fes­tants qui oc­cupent, 24 heures/24 de­puis le pre­mier jour du mou­ve­ment, un rond-point en bor­dure de l’au­to­route.

Le Parisien (Oise) - - L’OISE MATIN - PAR JU­LIEN HEYLIGEN @LePa­ri­sien_60

Four­chette à bar­be­cue en main, Jeanne re­tourne le gi­got d’agneau en train de rô­tir. « Avec quelques sau­cisses, des chips et des oeufs durs, on se­ra bien », sou­rit hier la re­trai­tée. La vie s’or­ga­nise sur le rond­point oc­cu­pé à Sen­lis par les Gi­lets jaunes, à deux pas de l’au­to­route, de­puis le pre­mier jour du mou­ve­ment, le 17 no­vembre.

« Il y a du monde 24 heures/24 », confie Ju­lios, les traits ti­rés par une nuit de veille. Ils sont entre 60 et 80 à se re­layer. Les tra­vailleurs ar­rivent le soir jus­qu’au pe­tit ma­tin, les an­ciens as­surent la jour­née. Un plan­ning ré­ca­pi­tule les pré­sences. « C’est un axe très pas­sant. Ce qui nous in­té­resse, c’est la vi­si­bi­li­té », ex­plique Gaé­tan. Les coups de klaxon de sou­tien ré­sonnent en permanence.

Tout est par­ti de deux bi­dons mé­tal­liques et de quelques pa­lettes dé­bi­tées en bois de chauf­fage. « Le cam­pe­ment s’est mon­té au fur et à me­sure. Cha­cun a ra­me­né un peu de ma­té­riel, une tente, une chaise… » ra­conte Jeanne. Les dons ont fait le reste. Un poêle, of­fert par un sym­pa­thi­sant, a été ins­tal­lé il y a quelques jours, après un ap­pel lan­cé sur les ré­seaux so­ciaux.

« Il y a plein d’agri­cul­teurs et d’ar­ti­sans par­mi nous. On a toutes les com­pé­tences utiles. Pas be­soin d’énarques, ils traî­ne­raient dans nos pattes à ne rien faire », tacle Ju­lios. La nour­ri­ture abonde. Le sur­plus est re­ver­sé à la ma­raude de Creil, pour les plus dé­mu­nis. Les crois­sants sont dis­tri­bués aux routiers et au­to­mo­bi­listes coin­cés dans les bou­chons du ma­tin.

UNE RÈGLE D’OR : NE PAS PAR­LER DE PO­LI­TIQUE

Rien ne traîne par terre. Les dé­tri­tus ne fi­nissent pas dans le feu des bra­se­ros. Un tri sé­lec­tif a été mis en place. Tout est or­ga­ni­sé. Un ta­bleau ré­ca­pi­tule les tâches de cha­cun : Aman­da aux re­la­tions presse, Tris­tan à l’in­ten­dance, Laë­ti­tia à la tré­so­re­rie… Oli­vier, Gi­let jaune à Amiens (Somme), de pas­sage vers Creil, s’ar­rête, épa­té par cette « or­ga­ni­sa­tion in­croyable ».

Une autre règle règne. « On ne parle pas de po­li­tique. Il y a des gens aux ex­trêmes, au centre, des éco­los, des co­cus qui ont vo­té Ma­cron… Cha­cun garde ses idées », ré­sume Ju­lios. « On se bat pour le pou­voir d’achat et les gé­né­ra­tions fu­tures. C’est de plus en plus dur pour nos en­fants et pe­tits-en­fants », s’in­quiète Jeanne.

Les gen­darmes passent. Ils boivent le ca­fé ri­tuel of­fert à chaque vi­si­teur. L’ar­rê­té pré­fec­to­ral in­ter­di­sant les ma­ni­fes­ta­tions au­jourd’hui au péage voi­sin est sur toutes les lèvres. « On va s’adap­ter. On a tou­jours tout fait en sé­cu­ri­té », an­nonce Gaé­tan. Jeanne qui, à 70 ans, ma­ni­feste pour la pre­mière fois, pro­met : « A part à coups de pied au cul, on n’est pas près de par­tir ! » ▣ Suite de notre dossier en page II.

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Sen­lis, hier. Entre 60 et 80 per­sonnes se re­laient jour et nuit pour oc­cu­per le rond-point. « Le cam­pe­ment s’est mon­té au fur et à me­sure. Cha­cun a ra­me­né un peu de ma­té­riel, une tente, une chaise… », ra­conte Jeanne, 70 ans.

Les Gi­lets jaunes offrent le ca­fé à chaque vi­si­teur et dis­tri­buent des crois­sants aux au­to­mo­bi­listes le ma­tin.

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