Le Parisien (Oise) : 2018-12-09

LE FAIT | DU JOUR : 7 : 07

LE FAIT | DU JOUR

Le Parisien | 07 9 DÉCEMBRE 2018 « IL FAUT S’INSPIRER DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE » « SI ON PART, on donne raison aux casseurs, ne bougeons pas », s’époumone Candice Laverne, 20 ans, une des Gilets jaunes que notre journal a rencontrés, écoutés, interrogés, hier sur les Champs-Elysées. Face à l’étudiante en droit, devant l’Arc de Triomphe, Florian, 20 ans, dans le BTP, mais aussi Véronique, ancienne ouvrière dans l’industrie plastique au chômage depuis 2014, Jérémy, mécanicien de 22 ans payé au smic, ou encore, Patrick et Valérie, couple de fonctionnaires d’une quarantaine d’années. Tous, originaires de Chambéry et Aix-les-Bains, en Savoie ne se connaissaient pas il y a trois semaines. Depuis leur rencontre le 17 novembre sur une voie rapide qu’ils bloquaient, ils ne se quittent plus. Cette fois, ils ont même traversé la France de nuit pour rejoindre Paris. Endossé dès l’aube leur gilet jaune et parfois noué un drapeau savoyard autour de leur taille hier matin, avec la ferme intention de défiler « pour notre pouvoir d’achat, pour les retraités mais aussi pour nos enfants à qui le gouvernement prépare une vie très dure », comme l’énumèrent Patrick et Valérie. A midi, les premiers affrontements opposent les forces de l’ordre et des groupes d’hommes armés et cagoulés devant les enseignes prestigieuses. Des pétards retentissent, du gaz lacrymogène sature l’atmosphère. Réfugiés devant une enseigne de vêtements, les Gilets jaunes savoyards, les yeux rougis, observent les heurts, entre peur et désarroi. rencontré Laurent, 36 ans. Avec son bonnet phrygien sur la tête « acheté dans un magasin de déguisements », ce manutentionnaire dans le Var, fait souffler sur « les Champs » un vent de 1789. « Il faut s’inspirer de la Révolution française, de la prise de la Bastille, du soulèvement du peuple. Aujourd’hui, bien sûr, on ne meurt pas de faim, mais comme il y a plus de deux siècles, on demande une justice sociale pour tous. Macron n’a pas le choix, il doit lâcher du lest », martèle celui qui est « monté sur la capitale » grâce au covoiturage. Audrey, 37 ans, conductrice de ligne de production dans une usine du Nord, est également coiffée du « bonnet de la liberté » dotée d’une cocarde tricolore. « En 1789, le peuple s’est révolté. Ben, on fait pareil », précise-t-elle avant de comparer le locataire de l’Elysée à Louis XVI. « Il réagit comme un roi, il méprise, il insulte le peuple en envoyant ses chiens parler à sa place », s’indigne cette Ch’ti. « S’il continue à nous prendre pour de la merde, on viendra encore défiler ici tous les samedis au moins jusqu’à Noël », prévient son camarade alors que les foules entonnent une énième « Marseillaise ». content de voir le peuple dans la rue. Je ne suis pas là pour moi. Mon pavillon est payé, je vis bien avec ma retraite de 1 800 €. Je suis venu pour la jeunesse », assure cet ancien conducteur de convois exceptionnels. C’est aussi pour la jeunesse que Pierre, 59 ans, est présent. Il n’avait pas quitté Troyes (Aube) samedi dernier, contrairement à son fils Emilien. L’électricien de 28 ans était revenu de la manifestation avec un tir de flash-ball. « Cette fois, je ne voulais pas le laisser seul », rigole à moitié le papa poule, qui n’était pas venu sur les Champs-Elysées depuis… cinquante ans ! « J’ai de bonnes raisons d’être là. Avec ma femme qui était infirmière, nous avons bossé toute notre vie, retapé notre maison tous les week-ends, et on ne s’est jamais plaints… Et tout ça pour se faire assommer de taxes, et maintenant la CSG ! Ras-lebol de se faire plumer », soupire le « presque retraité du BTP ». Un mouvement de foule, précédé d’un nuage de lacrymogène, lui pique les yeux. Lui et les amis d’Emilien se passent du collyre et en rient. « On est des gens sensibles à Troyes », ironise Antonin, soldat dans l’armée de terre, qui retrouve vite son sérieux. « Tous les corps de métier en ont marre, ça gronde. » « Depuis que je suis gosse, je vois ma mère tout compter avec sa calculette. Et maintenant, je dois l’aider », témoigne Jason, 24 ans, en passe de travailler pour les pompes funèbres, comme son père. « On est en stress permanent pour les thunes, c’est pour ça que je suis là », reprend Emilien, sac à dos enroulé dans un drapeau bleu-blanc-rouge. Pierre tente de prendre du recul, alors que la foule entonne des « Macron démission » : « Il prend pour tous les dirigeants depuis trente ans, mais il n’est pas le seul responsable. » BÉRENGÈRE LEPETIT, VINCENT MONGAILLARD ET CHARLES DE SAINT SAUVEUR PAR b_ À 62 ANS, JE SUIS CONTENT DE VOIR LE PEUPLE DANS LA RUE. Près de là, un drapeau tricolore est déployé avec dans le bleu la date de 1789, le blanc celle de 1968 et le rouge celle de 2018. Malgré les mouvements de foule et des yeux qui pleurent, victimes des gaz lacrymogènes, Philippe, retraité de l’Eure, est « sur un petit nuage ». « A 62 ans, je suis b_ ON DEMANDE UNE JUSTICE SOCIALE POUR TOUS. MACRON N’A PAS LE CHOIX, IL DOIT LÂCHER DU LEST LAURENT, 36 ANS (À GAUCHE) b_ ON EST LES GENTILS, LES PACIFISTES. « On participe à notre façon rien qu’en étant présents. On est les gentils, les pacifistes », martèle Candice. Tous, néanmoins, confient leur déception devant la tournure des événements. Plus loin, nous avons npdirectlp_ftp

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