Des ados, gé­né­reux et braves, re­çoivent un prix

Ils sont âgés d’à peine plus de 10 ans mais ont dé­jà la ma­tu­ri­té pour ai­der un SDF ou un ado han­di­ca­pé. Nous avons ren­con­tré les lau­réats des prix de la Vaillance 2018, re­mis à par­tir d’au­jourd’hui.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR VINCENT MONGAILLARD

POUR RELEVER leur dé­fi, ils ont fait preuve de bra­voure, de gé­né­ro­si­té, de bien­veillance, d’al­truisme… Les prix 2018 de la Vaillance se­ront re­mis à par­tir d’au­jourd’hui à leurs jeunes lau­réats, qui re­ce­vront des chèques de 1 000 ou 2 000 € pour pour­suivre leurs bonnes oeuvres. Pi­lo­té par le fonds de do­ta­tion Coeurs vaillants Ames vaillantes, du nom d’un mou­ve­ment de jeu­nesse ca­tho­lique très po­pu­laire dans les an­nées 1950 et 1960, ce concours s’adresse aux 6-15 ans ayant réa­li­sé une ac­tion « né­ces­si­tant un dé­pas­se­ment mo­ral, phy­sique ou in­tel­lec­tuel ».

UN BUS POUR BEN Agathe, 12 ans, a un grand frère, Ben­ja­min, 15 ans, polyhandicapé : il est at­teint d’une ma­la­die gé­né­tique or­phe­line dé­gé­né­ra­tive. Avec les co­pines de son club de danse de Tey­ran (Hé­rault) mais aus­si Ma­rin, un co­pain, elle a ré­col­té des fonds. Une somme des­ti­née à fi­nan­cer une ca­mion­nette do­tée d’une rampe d’ac­cès per­met­tant de trans­por­ter Ben avec sa chaise rou­lante.

En dé­cembre, toute la troupe a conçu puis ven­du un ca­len­drier dé­ca­lé. « Le plus dur, ça a été de convaincre les pa­rents de po­ser en te­nue de danse », sou­rit Agathe. Mis­sion ac­com­plie car les pa­pas en col­lant et les ma­mans en tu­tu ont par­fai­te­ment joué le jeu. Pas moins de 333 al­ma­nachs ont été écou­lés et 2 400 € ré­col­tés. « C’est bien de se sentir utile », sa­voure Can­dice, 12 ans. Les phi­lan­thropes en cu­lottes courtes sont éga­le­ment mo­destes, car ils n’ont « pas l’im­pres­sion d’être des su­per­hé­ros ». « Pour moi, c’est nor­mal, mon frère, je l’aide au quo­ti­dien », lâche Agathe.

« Ben, c’est un co­pain comme les autres, on ne fait pas la dif­fé­rence », pour­suit Léo­nie, 11 ans. Grâce à cette aven­ture, Ma­hault, 12 ans, s’est trouvé une vo­ca­tion. « J’ai en­vie de conti­nuer à ai­der les autres », pro­met-elle. Les pa­rents sont ad­mi­ra­tifs : « Y a pas photo, on de­vrait s’en inspirer ! Ce qu’ils ont fait, c’est gra­tuit, na­tu­rel et spontané. Le han­di­cap peut faire peur mais, là, je n’ai vu que de l’amour, au­cun re­gard mal­veillant », ap­plau­dit Géraldine, maman d’Agathe et Ben­ja­min.

La bande, qui a « sau­té de joie » quand elle a ap­pris qu’elle avait ga­gné l’un des prix de la Vaillance, va en­core faire par­ler son coeur à l’ave­nir. En juin, elle ven­dra des gâ­teaux, tou­jours au pro­fit de la ca­mion­nette de Ben.

UNE DISTRIBUTION AU­PRÈS DE SDF Jade re­garde dé­sor­mais les SDF « plus hu­mai­ne­ment », comme elle dit. « J’ai moins peur de leur par­ler, je me sens très so­li­daire d’eux », confie la de­moi­selle de 13 ans. Lors du ré­veillon du 31 dé­cembre, avec huit ca­ma­rades des Eclai­reuses Eclai­reurs de France de Trets (Bouches-du-Rhône), mou­ve­ment laïc de scou­tisme, elle a par­ti­ci­pé à une « ma­raude so­li­daire ».

Aux cô­tés de l’as­so­cia­tion Grand Froid, son « équi­page » a dis­tri­bué aux sans-abri d’Aixen-Pro­vence des cou­ver­tures, des du­vets, des vê­te­ments, des chaus­sures et des cho­co­lats. « On a fait preuve de vaillance car il fal­lait vaincre notre ti­mi­di­té et nos a prio­ri, oser ef­fec­tuer le pre­mier pas pour en­ga­ger le dia­logue avec les SDF et leur don­ner le sou­rire », ex­plique-t-elle.

« Au dé­but, j’étais gê­née mais en­suite, une fois le con­tact éta­bli, je me suis dé­ten­due. Mais c’est dur quand même de voir la mi­sère dans la­quelle ils vivent », concède la col­lé­gienne. Pour Sa­na, 19 ans, res­pon­sable de ce groupe des 11-15 ans, l’ex­pé­rience a per­mis aux ados « d’ou­vrir les yeux ».

« Lors du dé­brie­fing, ils nous ont dit : On a de la chance, on ne pen­sait pas qu’il y avait au­tant de per­sonnes à la rue ! » Les Lynx vont conti­nuer à se rendre utiles. Dans quelques jours, ils doivent col­lec­ter, dans un su­per­mar­ché, des vivres pour les plus dé­mu­nis.

SOLIDAIRES DES GRANDES CAUSES Quand elle se­ra grande, Ta­nia, 14 ans, veut « tra­vailler dans les droits de l’homme ». Cette fille d’une res­pon­sable d’une as­so­cia­tion contre l’es­cla­vage mo­derne est sur la bonne voie. Avec six ca­ma­rades du collège Jean-Mou­lin de Mon­treuil (Seine-Saint-De­nis), elle a mon­té une ex­po­si­tion in­ti­tu­lée « Non aux in­éga­li­tés ! » Les pan­neaux sont sur le point d’être ache­vés. Ils doivent être mon­trés à tous les élèves de l’éta­blis­se­ment mais aus­si d’autres col­lèges.

La pe­tite bande de col­lé­giens s’est in­té­res­sée à la pau­vre­té dans le monde, la mal­nu­tri­tion, les en­fants sol­dats, les ma­riages for­cés… « On a beau­coup de chance par rap­port à tous ces jeunes mal­heu­reux sur la pla­nète », re­con­naît Ta­nia. En met­tant l’ac­cent sur des des­tins loin­tains qui sus­citent par­fois l’in­dif­fé­rence, Ta­nia et ses amis ont vou­lu pen­ser aux autres. « Alors qu’à notre âge on a plu­tôt ten­dance à pen­ser à nous-mêmes », concède-t-elle.

Fan­ny Go­bin, la do­cu­men­ta­liste qui a ac­com­pa­gné le projet, est fière de cette ini­tia­tive. « Un acte de ma­tu­ri­té énorme », en­cense-t-elle.

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A PAS PHOTO, ON DE­VRAIT S’EN INSPIRER ! CE QU’ILS ONT FAIT, C’EST GRA­TUIT, NA­TU­REL ET SPONTANÉ GÉRALDINE, MAMAN D’UN ADO POLYHANDICAPÉ

Ces Eclai­reuses de France ont dis­tri­bué des cou­ver­tures, des vê­te­ments et des cho­co­lats aux sans-abri le jour du ré­veillon.

Six élèves du collège Jean-Mou­lin viennent de mettre la der­nière touche à leur ex­po­si­tion « Non aux in­éga­li­tés ! »

La soeur de Ben­ja­min, Agathe et ses co­pines ont ven­du 333 al­ma­nachs pour fi­nan­cer une ca­mion­nette adap­tée.

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