TRUQUÉ ?

La jus­tice fran­çaise en­quête sur un di­ri­geant serbe soup­çon­né d’avoir mi­sé plu­sieurs mil­lions d’eu­ros sur une dé­faite de son club par cinq buts d’écart.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR TIMOTHÉE BOUTRY, JEAN-MI­CHEL DÉCUGIS, ÉRIC PEL­LE­TIER ET JÉ­RÉ­MIE PHAM-LÊ

C’EST UNE DÉ­FLA­GRA­TION dans le monde du foot­ball, dont l’image avait dé­jà été ter­nie par le pas­sé par des scan­dales re­ten­tis­sants de cor­rup­tion. Mais l’af­faire est, cette fois-ci, hors normes. Car elle écla­bousse pour la pre­mière fois la pres­ti­gieuse Ligue des cham­pions et af­fecte le PSG. Parce que les mon­tants en jeu se comp­te­raient en mil­lions d’eu­ros. La jus­tice fran­çaise en­quête sur des soup­çons de tru­quage du match PSG - Etoile rouge de Bel­grade, le 3 oc­tobre, au Parc des Princes (Pa­ris). Une ren­contre en phase de poules rem­por­tée net­te­ment par les Pa­ri­siens (6-1), dont les com­men­ta­teurs avaient loué la qua­li­té de jeu après la dé­faite ini­tiale à Li­ver­pool (3-2, le 18 sep­tembre). Se­lon nos in­for­ma­tions, le Par­quet na­tio­nal fi­nan­cier (PNF) a ou­vert une en­quête pré­li­mi­naire dès le 30 sep­tembre der­nier, trois jours avant le match, pour « par­ti­ci­pa­tion à une as­so­cia­tion de mal­fai­teurs en vue de la com­mis­sion des dé­lits de cor­rup­tion spor­tive et es­cro­que­rie ag­gra­vée ».

L’équipe serbe est soup­çon­née d’avoir or­ga­ni­sé sa cui­sante dé­faite, à la de­mande de l’un de ses cadres, en vue d’em­po­cher de ju­teuses sommes d’ar­gent. Au­cune in­ter­pel­la­tion n’a pu avoir lieu à ce jour, mais les pre­mières in­ves­ti­ga­tions posent de nom­breuses ques­tions quant à l’iden­ti­té et au nombre d’ac­teurs im­pli­qués dans ce qui s’ap­pa­rente à un pacte de cor­rup­tion.

5 M€ DE MISES

Tout com­mence par un « tuyau » li­vré à l’UE­FA par un mys­té­rieux in­for­ma­teur. Se­lon les in­for­ma­tions de « l’Equipe », ce­lui-ci au­rait aver­ti les ins­tances eu­ro­péennes qu’un « très haut di­ri­geant » de l’Etoile rouge comp­tait mi­ser 5 M€ sur une lourde dé­faite de son propre club contre le PSG sur des sites de pa­ris en ligne hé­ber­gés à l’étran­ger. Et plus pré­ci­sé­ment par cinq buts d’écart : un score ra­ris­sime à ce ni­veau de com­pé­ti­tion, qui ga­ran­tit au pa­rieur une cote très im­por­tante et, donc, un ren­de­ment très lu­cra­tif.

Pour abou­tir à ce scé­na­rio, des joueurs serbes au­raient été priés de le­ver le pied sur le ter­rain. Les ins­tances eu­ro­péennes trouvent l’in­dic cré­dible. Elles si­gnalent son té­moi­gnage au PNF, le­quel charge les po­li­ciers du ser­vice cen­tral des courses et des jeux (SCCJ) de la Di­rec­tion cen­trale de la po­lice ju­di­ciaire (DCPJ) de me­ner des in­ves­ti­ga­tions très dis­crètes.

Le PSG a-t-il été ap­pro­ché pour en­trer dans cette com­bine pré­su­mée ? Se­lon l’in­for­ma­teur, vi­si­ble­ment bien ren­sei­gné, le di­ri­geant du club serbe de­vait ren­con­trer… Nas­ser Al-Khe­laï­fi, le pa­tron du PSG, à Pa­ris la veille du match. Ce­ci afin, tou­jours se­lon lui, de fi­na­li­ser la mise en scène de la ren­contre. Les en­quê­teurs mettent alors en place une sur­veillance mais font chou blanc : ni l’un ni l’autre ne font le dé­pla­ce­ment.

Pour­tant, le len­de­main, les in­for­ma­tions du « ton­ton » semblent se vé­ri­fier. Au Parc des Princes, le PSG se livre à un fes­ti­val de buts, entre coups francs de Ney­mar et ac­tions de Kylian Mbappé. De là à y voir la marque d’un tru­quage ? Les po­li­ciers du SCCJ font le dé­pla­ce­ment dans le stade en tant qu’ob­ser­va­teurs, ain­si… qu’un ex­pert rom­pu aux tech­niques du foot­ball. Ver­dict, après avoir vi­sion­né le match : Bel­grade semble avoir sa­bor­dé la ren­contre en li­vrant un jeu atone.

Reste qu’à ce stade les in­ves­ti­ga­tions des en­quê­teurs n’ont pas per­mis d’étayer da­van­tage leurs soup­çons de tri­che­rie par des élé­ments ma­té­riels. Le cadre serbe se­rait re­tour­né dans son pays, sans que l’on sache s’il a ré­cu­pé­ré ses gains. « Ce ne sont pas des en­fants de choeur, ils risquent de très mal prendre d’être poin­tés du doigt », confie un proche de l’en­quête. L’Ar­jel, l’au­to­ri­té de ré­gu­la­tion des jeux en ligne, n’a pas dé­tec­té de pa­ris anor­maux sur la ren­contre PSG - Bel­grade, mais la jus­tice se de­mande si le cor­rup­teur pré­su­mé ne s’est pas tour­né vers des sites moins contrô­lés.

Dans un com­mu­ni­qué pu­blié hier soir, l’Etoile rouge a fer­me­ment dé­men­ti toute mal­ver­sa­tion et s’est dite « scan­da­li­sée et dé­goû­tée » par les ac­cu­sa­tions. De même que le PSG, qui a fait part de « sa grande stu­peur » et de son « in­di­gna­tion » face à ces ré­vé­la­tions. Se­lon le club pa­ri­sien, les seuls échanges avec les di­ri­geants du club serbe avant le match se sont ré­su­més, comme le veut le pro­to­cole, « à des ques­tions stric­te­ment liées à l’or­ga­ni­sa­tion du match ». Après cette pre­mière phase de sur­veillance dis­crète, les in­ves­ti­ga­tions s’an­nocent com­plexes, avec des ra­mi­fi­ca­tions in­ter­na­tio­nales.

BEL­GRADE SEMBLE AVOIR SA­BOR­DÉ LA REN­CONTRE AVEC UN JEU ATONE

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