Bri­gitte Ma­cron, pre­mière dame en co­lère

La tempête qui agite l’exé­cu­tif de­puis l’été ne laisse pas la pre­mière dame in­dif­fé­rente. Préoc­cu­pée pour son ma­ri, elle lui dit les choses en pri­vé.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR AVA DJAMSHIDI ET NA­THA­LIE SCHUCK

SON DÉ­PART EST RES­TÉ se­cret, sa co­lère, confi­den­tielle. Fin juillet, alors que l’af­faire Be­nal­la bat son plein, Bri­gitte Ma­cron quitte l’Ely­sée pour se ré­fu­gier quelques jours dans sa vil­la du Tou­quet (Pas-deCa­lais), loin de Pa­ris. Be­soin vi­tal de chan­ger d’air. Elle vou­lait mettre de la dis­tance entre elle et cette dé­fla­gra­tion qui l’a aba­sour­die. « Je ne l’ai pas vu ve­nir », concède-t-elle en pe­tit co­mi­té. La pre­mière dame, qui s’as­treint pu­bli­que­ment au si­lence pour ne pas per­tur­ber l’ac­tion de son ma­ri, vou­lait ma­ni­fes­ter son désac­cord avec la ges­tion de la crise par l’exé­cu­tif. Alexandre Be­nal­la, elle l’au­rait évin­cé sans ater­moie­ments pour dou­cher la po­lé­mique, et en­rayer l’em­bal­le­ment mé­dia­ti­co-po­li­tique. « Elle était stu­pé­faite de voir la vague mon­ter, mon­ter, sans que per­sonne ne l’ar­rête », glisse un vieil ami.

Les va­cances sco­laires tombent à pic : dans la sta­tion bal­néaire hup­pée, où tou­ristes et ré­si­dents com­mentent sé­vè­re­ment l’af­faire, elle re­trouve sa fille et ses pe­tits-en­fants. Les mal­veillances sur les ré­seaux so­ciaux, pré­sen­tant Be­nal­la comme l’amant de son ma­ri, l’ont meur­trie, ré­veillant les plaies mal fer­mées de la cam­pagne. Les ru­meurs qui pul­lulent sur son couple et leurs vingt-quatre ans de dif­fé­rence la blessent. Ces jours­ci, une « fake news » a en­flam­mé Fa­ce­book : elle men­ti­rait sur sa date de nais­sance… « Elle en a marre qu’on parle de son âge, elle sa­ture », lance un in­time. C’est dire si le fort de Bré­gan­çon (Var), où ils ont pas­sé deux se­maines en fa­mille, loin des sou­cis et des cu­rieux, a été un havre de paix.

Le ré­pit n’a guère du­ré. Dès la ren­trée, après la dé­mis­sion de Ni­co­las Hu­lot, le dé­part fra­cas­sant de Gé­rard Col­lomb a plon­gé l’exé­cu­tif dans la tempête. Bri­gitte Ma­cron n’a pas goû­té la ma­nière ca­va­lière dont il a tor­du le bras du chef de l’Etat, le contrai­gnant à un re­ma­nie­ment ô com­bien com­plexe. Mais c’est elle qui a pris l’ini­tia­tive d’or­ga­ni­ser un dî­ner d’ex­pli­ca­tion à trois le 10 sep­tembre à l’Ely­sée, comme nous le ré­vé­lions dans nos co­lonnes.

Gé­rard Col­lomb, un ami

Elle s’est sur­tout in­quié­tée pour l’homme, son mo­ral, son couple. « Le pré­sident et le Pre­mier mi­nistre ont gé­ré Col­lomb mi­nistre de l’In­té­rieur, et elle a gé­ré l’homme Gé­rard, qui n’al­lait pas bien hu­mai­ne­ment. Elle vou­lait sa­voir ce qu’il se pas­sait », dé­crypte un proche de la pre­mière dame. L’ex-lo­ca­taire de Beau­vau était pour elle un ami. Ils par­tagent une pas­sion pour la lit­té­ra­ture. « Col­lomb était son chou­chou. C’était : Gé­gé par-ci, Gé­gé par­là, tu en as par­lé à Gé­gé ? » ra­conte un ma­cro­niste. A un Mar­cheur qui s’aga­çait de­vant elle d’un « coup de poi­gnard », elle a ré­tor­qué : « Tu as rai­son, mais on lui garde toute notre ami­tié. Il y a des choses qu’on ne sait pas. »

Elle parle sou­vent cash à son époux

Ré­cem­ment, elle a ap­pe­lé Col­lomb pour prendre de ses nou­velles. Le fil de leur ami­tié n’est pas rom­pu. D’au­tant que, sur le fond, elle n’était pas loin de par­ta­ger son constat sur le manque d’hu­mi­li­té de l’exé­cu­tif. « Elle le re­ver­ra », as­sure un proche de la first la­dy. Mais elle ne s’af­fi­che­ra sû­re­ment pas sur les tré­teaux à Lyon. Pas son rôle. « Elle ne sou­tien­dra ab­so­lu­ment per­sonne aux mu­ni­ci­pales », as­sure son en­tou­rage.

Très cash, Bri­gitte Ma­cron dit sou­vent les choses sans filtre. Elle quitte son cos­tume de pre­mière dame et parle fran­che­ment à son époux. Leurs ex­pli­ca­tions sont par­fois ora­geuses. Il y a peu, à l’Ely­sée, les murs ont trem­blé. Dif­fi­cile de res­ter dis­cret dans ce pa­lais peu­plé de conseillers et de pe­tites oreilles. La co­lère de l’ex­pro­fes­seur a fui­té. « C’est leur mode de com­mu­ni­ca­tion », dit un ma­cro­niste, qui lève les yeux au ciel face aux ru­meurs de ten­sions dans le couple. « Ils se parlent par­fois vi­ve­ment, et il ar­rive que ça clashe parce qu’ils ont deux ca­rac­tères forts », té­moigne un ami du pré­sident, qui en a vu d’autres. Ce n’est pas la pre­mière fois qu’elle alerte son ma­ri, in­quiète qu’il rate son quin­quen­nat et soit mal­heu­reux. Elle qui re­cueille les do­léances des Fran­çais croi­sés lors de ses longues marches quo­ti­diennes dans Pa­ris en­tend la rue qui gronde, sur le thème : « Trop ar­ro­gant, trop cas­sant. » Elle est l’une des rares à oser lui dire. Elle presse les ma­cro­nistes qu’elle ap­pré­cie d’en faire au­tant. « Dites-lui les choses, di­tes­lui », leur in­time-t-elle.

Elle s’in­quiète aus­si de ces pe­tites phrases, comme celle lan­cée à un hor­ti­cul­teur au chô­mage, qui abîment son image. Ou de le voir po­ser avec deux an­ciens bra­queurs torse nu, aux An­tilles. Pas as­sez pré­si­den­tiel. Ré­cem­ment, lorsque deux rug­by­men ont vou­lu faire un sel­fie avec elle, bière à la main, elle a at­ten­du qu’ils soient dé­bar­ras­sés de leurs verres pour po­ser.

Sa­me­di, les Ma­cron fê­te­ront leurs noces de co­rail (onze ans de ma­riage). Le car­net de ren­dez-vous (lire ci-contre) de Bri­gitte, très po­pu­laire dans les son­dages, est dé­jà rem­pli pour les pro­chaines se­maines. On la ver­ra beau­coup au­près du pré­sident. Un ma­cro­niste, fran­che­ment las des ru­meurs, grince : « Pas mal pour un couple qui ne va pas bien ! »

Ere­van (Ar­mé­nie), jeu­di. Bri­gitte Ma­cron a un agen­da très rem­pli cet au­tomne pour ac­com­pa­gner son ma­ri.

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