« Les conflits d’in­té­rêts, ça suf­fit ! »

Le Parisien (Paris) - - ÉCO - Ma­thilde Pa­not, DÉ­PU­TÉE LA FRANCE IN­SOU­MISE DE LA 10e CIR­CONS­CRIP­TION DU VAL-DE-MARNE, MEMBRE DE LA COM­MIS­SION DÉ­VE­LOP­PE­MENT DU­RABLE

L’Etat pour­suit la fuite en avant sur le pro­jet de re­cons­truc­tion d’in­ci­né­ra­teur Ivry-Pa­ris XIII, grand pro­jet inu­tile et im­po­sé, vé­ri­table dé­sastre éco­lo­gique. Mme Brune Poir­son, se­cré­taire d’Etat à la Tran­si­tion éco­lo­gique et membre du gou­ver­ne­ment en charge de ce pro­jet, a tra­vaillé jus­qu’en 2014 pour Veo­lia comme di­rec­trice pour l’Asie du Sud. Or Veo­lia a, avec Suez En­vi­ron­ne­ment, un qua­si-mo­no­pole en ma­tière de trai­te­ment des dé­chets et en tire des pro­fits consi­dé­rables.

Il est donc scan­da­leux que ce soit l’une de leurs hauts cadres qui ait au­to­ri­té sur sa construc­tion. Alors que Mme Fran­çoise Nys­sen a été for­cée d’aban­don­ner sa com­pé­tence en ma­tière de livres et d’édi­tion à cause de conflits d’in­té­rêts évi­dents du fait de sa po­si­tion an­té­rieure, on ne peut que dé­plo­rer que le gou­ver­ne­ment n’ait pas ap­pli­qué la même règle à Brune Poir­son.

A l’heure d’un re­ma­nie­ment mi­nis­té­riel, il faut in­ter­ro­ger la lé­gi­ti­mi­té de Mme Brune Poir­son à prendre des dé­ci­sions re­la­tives au dos­sier de l’in­ci­né­ra­teur d’Ivry-Pa­ris XIII. Deux cas de fi­gure se pré­sentent. Pre­mier cas : elle est dé­mise de ses fonc­tions, elle change op­por­tu­né­ment de mi­nis­tère. Le dos­sier de­vra alors être ré­exa­mi­né séance te­nante. Se­cond cas : elle est main­te­nue à son poste. Une ex­per­tise in­dé­pen­dante de­vra alors être me­née.

Alors que 99 % des avis ci­toyens is­sus de l’en­quête pu­blique sont né­ga­tifs, le com­mis­saire-en­quê­teur, se confor­mant aux avis de l’ad­mi­nis­tra­tion, sous l’em­prise de Mme Poir­son, a ap­prou­vé le pro­jet. C’est toute la lé­gi­ti­mi­té de l’ac­tion pu­blique qui est mise en cause par ce conflit d’in­té­rêts. Il ne faut pas que ce pro­jet ex­trê­me­ment no­cif pour l’en­vi­ron­ne­ment et la san­té des po­pu­la­tions, à contre-cou­rant d’une po­li­tique éco­lo­giste des dé­chets, soit réa­li­sé pour sa­tis­faire des étroits in­té­rêts pri­vés. Le réexamen du pro­jet doit être im­mé­diat et hors de contrôle des lobbys de l’incinération. En outre, le contrôle qu’elle exerce étroi­te­ment sur un tel pro­jet doit être mis au re­gard de l’ab­sence to­tale de consis­tance de sa po­li­tique par rap­port aux ob­jec­tifs po­sés par la loi de tran­si­tion éner­gé­tique et dans le cadre du sixième axe du plan Cli­mat qui en­tend vi­ser « une éco­no­mie 100 % cir­cu­laire ». Après le re­fus de res­pec­ter les ob­jec­tifs de baisse du nu­cléaire po­sés par la loi de tran­si­tion éner­gé­tique, ce gou­ver­ne­ment semble se spé­cia­li­ser dans le re­nie­ment des lois et l’igno­rance des ob­jec­tifs qu’elles dé­fi­nissent. Alors que l’Ile-de-France re­cycle beau­coup moins que le reste de la France, avec un taux de 26 % de re­cy­clage des dé­chets, de 13 points in­fé­rieurs à la moyenne na­tio­nale, ce pro­jet est évi­dem­ment à contre­cou­rant de ce qu’il fau­drait faire. Re­cy­cler les dé­chets, c’est bien ; ces­ser d’en pro­duire, c’est mieux. Etendre les ca­pa­ci­tés d’in­ci­né­ra­teur là où le tri à la source et le re­cy­clage des bio­dé­chets sont presque in­exis­tants, la lo­gique de Brune Poir­son est in­to­lé­rable. A moins qu’elle soit plus fi­dèle à son an­cienne en­tre­prise qu’à l’in­té­rêt gé­né­ral.

“LE RÉEXAMEN DU PRO­JET DOIT ÊTRE IM­MÉ­DIAT ET HORS DE CONTRÔLE DES LOBBYS DE L’INCINÉRATION

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