MA­CRON VEUT SOR­TIR ROYAL VIRÉE?

Dans une lettre que Sé­go­lène Royal a ren­due pu­blique, le mi­nis­tère des Af­faires étran­gères la me­nace d’être li­mo­gée si elle conti­nue à cri­ti­quer le gou­ver­ne­ment. Mais elle en­tend bien gar­der sa li­ber­té de pa­role. Et se pré­pare pour 2022.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR NA­THA­LIE SCHUCK OLI­VIER BEAUMONT

Dans une lettre qu’elle a elle-même ren­due pu­blique, l’ambassadri­ce des Pôles est me­na­cée de voir ses fonc­tions re­mises en cause par le Quai d’Or­say, son mi­nis­tère de tu­telle. «Je ne dé­mis­sion­ne­rai pas, pré­vient-elle dans notre jour­nal. Qu’ils prennent leurs res­pon­sa­bi­li­tés!»

C’EST L’ÉTAPE qui pré­cède son rem­pla­ce­ment en Con­seil des mi­nistres. Une toute der­nière som­ma­tion avant son li­mo­geage, en somme. Comme nous vous le ré­vé­lions hier, Sé­go­lène Royal a trou­vé il y a quelques jours dans sa boîte aux lettres une mis­sive fort me­na­çante éma­nant de son au­to­ri­té de tu­telle, le Quai d’Or­say : un cour­rier préa­lable à sa sus­pen­sion de son poste d’ambassadri­ce, bé­né­vole, char­gée des Pôles. Une lettre qu’elle a, quelques heures plus tard, pu­bliée sur son compte Fa­ce­book. Elle avait dé­jà re­çu — per­sonne ne l’a su — des cour­riers de rap­pel à l’ordre. Mais ja­mais rien d’aus­si sé­rieux. « C’est une dé­ci­sion po­li­tique, pas une dé­ci­sion ad­mi­nis­tra­tive », glisse une source au sein de l’exé­cu­tif, sous cou­vert du plus strict ano­ny­mat. « Il y a un vrai su­jet de de­voir de ré­serve et elle n’a pas fait le job dans sa mis­sion. Au nom de quoi se­rait-elle au­des­sus des lois ? » s’agace un autre in­ter­lo­cu­teur au sein de la ma­cro­nie.

« Ils n’as­sument pas, ils ont les je­tons ! »

Gê­nante, Sé­go­lène Royal ? « Ils veulent que je dé­mis­sionne, mais je ne dé­mis­sion­ne­rai pas. Je rem­plis mes fonc­tions. Qu’ils prennent leurs res­pon­sa­bi­li­tés ! » ré­plique avec force l’an­cienne can­di­date à l’Ely­sée, con­tac­tée par notre jour­nal. « Chiche ! S’ils croient que leur me­nace va la faire taire, ils se trompent », mi­traille le dé­pu­té PS Luc Car­vou­nas, un de ses fer­vents sou­tiens. L’an­cienne mi­nistre, tou­jours sur sa page Fa­ce­book, se consi­dère par consé­quent, en réa­li­té, comme dé­jà li­mo­gée et met au dé­fi Em­ma­nuel

Ma­cron de pas­ser à l’acte en Con­seil des mi­nistres, puis­qu’elle n’a au­cune in­ten­tion de li­mi­ter sa li­ber­té d’ex­pres­sion. Pour­quoi donc le gou­ver­ne­ment n’a-t-il pas com­mu­ni­qué sur ce fa­meux cour­rier, lais­sant la mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique, Eli­sa­beth Borne, qui fut di­rec­trice de ca­bi­net de Royal à l’Eco­lo­gie, mon­ter au front pour l’ap­pe­ler à la re­te­nue ? « Parce qu’elle n’at­tend que ça pour se po­ser en vic­time », dé­crypte une source gou­ver­ne­men­tale.

« Ils n’as­sument pas, ils ont les je­tons ! » moque un roya­liste. « Ma­cron est très emm… Il l’a nom­mée en pen­sant l’ache­ter, et main­te­nant, elle lui rentre dans le lard. Il doit vite la sor­tir, avec le risque de l’ins­ti­tuer comme ad­ver­saire pour 2022 », ana­lyse un dé­pu­té de la ma­jo­ri­té, qui ai­me­rait bien l’au­di­tion­ner sur d’éven­tuels man­que­ments à sa mis­sion d’ambassadri­ce des Pôles.

Dans la ma­jo­ri­té, on a bien com­pris que la Za­pa­te­ra, l’un de ses vieux sur­noms, était prête à re­prendre du ser­vice pour la pré­si­den­tielle. Entre l’éton­nant si­lence de Ber­nard Ca­ze­neuve et la pro­messe faite par Anne Hi­dal­go dans nos co­lonnes de ne pas pos­tu­ler à l’Ely­sée si elle gagne Pa­ris, le vide est abys­sal à gauche, en de­hors des éco­los. Et plus ques­tion pour elle de se faire dou­bler, comme lors­qu’elle avait ten­du, en vain, la main au Vert Yan­nick Ja­dot pour les eu­ro­péennes de mai. Pas ques­tion non plus de pas­ser sous les fourches cau­dines du PS. « Un par­ti qui est à 6 % ne peut pas être une rampe de lan­ce­ment », as­sène un proche.

Elle réunit sa garde rap­pro­chée

En route pour 2022 ? Royal s’en cache à peine. En pe­tit co­mi­té, elle ré­pète qu’un nou­veau duel entre Em­ma­nuel Ma­cron et Ma­rine Le Pen se sol­de­rait par la vic­toire de la cheffe du RN. « En tant que femme d’Etat qui a connu l’exer­cice du pou­voir, elle veut voir le pays réus­sir », élude pu­di­que­ment Car­vou­nas lors­qu’on l’in­ter­roge sur la pro­chaine pré­si­den­tielle.

De­puis peu, elle réunit de nou­veau sa garde rap­pro­chée. Comme di­manche, où elle a convié les siens à par­ta­ger — ça ne s’in­vente pas — une ga­lette des Rois. « C’est le signe qu’elle est re­par­tie », sou­rit un vieil ami.

Pour s’échauf­fer, Royal s’est lan­cée dans un tour de France de sou­tien aux can­di­dats aux municipale­s, re­trou­vant avec dé­lice les dé­am­bu­la­tions sur les mar­chés et les foules. Après Tou­louse sa­me­di, elle se­ra ven­dre­di à Ris-Oran­gis (Es­sonne), puis à Mar­seille jeu­di pro­chain avec Sa­mia Gha­li, avant pro­ba­ble­ment Mont­pel­lier. Un roya­liste, bra­vache, pro­met dé­jà : « On va mon­trer que le vieux monde a en­core de beaux jours de­vant lui ! »

Ma­cron est très emm… Il l’a nom­mée en pen­sant l’ache­ter, et main­te­nant, elle lui rentre dans le lard. Il doit vite la sor­tir.

UN DÉ­PU­TÉ DE LA MA­JO­RI­TÉ

l’Ely­sée dix ans plus tôt. Même ré­fé­rence à Jeanne d’Arc lors d’un dé­pla­ce­ment aux fêtes jo­han­niques d’Or­léans en mai 2016, même vo­lon­té de dé­mo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive quand il fonde En marche pour contour­ner les par­tis tra­di­tion­nels… ce qui n’est pas sans rap­pe­ler le mou­ve­ment Dé­sir d’ave­nir de Royal lors de la pré­si­den­tielle de 2007. « Ils se voyaient à in­ter­valles ré­gu­liers et s’ap­pe­laient souvent. Une re­la­tion en di­rect, pri­vi­lé­giée et sans in­ter­mé­diaires. En re­tour, elle a tou­jours eu des mots bien­veillants à son en­contre », se sou­vient un Mar­cheur en­ga­gé pen­dant la cam­pagne.

Puis pa­ta­tras… Ma­cron est élu pré­sident de la Ré­pu­blique. Et Royal, qui pen­sait sû­re­ment en­trer au gou­ver­ne­ment, n’est pas trai­tée comme elle l’es­pé­rait « Ça a été l’erreur ori­gi­nelle. Sé­go­lène s’est sen­tie tou­chée dans son or­gueil », dé­crypte un ba­ron du gou­ver­ne­ment. De­puis, entre les deux, c’est le chaud et le froid per­pé­tuel. Une suc­ces­sion de coups de griffes et de ca­resses, mal­gré sa no­mi­na­tion en sep­tembre 2017 au poste d’ambassadri­ce des Pôles.

« Tout est cal­cu­lé en fonc­tion de son in­té­rêt »

Comme pen­dant la crise des Gi­lets jaunes, où l’an­cienne mi­nistre n’est guère tendre avec Ma­cron : « Une mau­vaise ré­forme et une crise mal gé­rée », tonne-t-elle en no­vembre 2018. Quelques mois plus tard, alors que les eu­ro­péennes ap­prochent, chan­ge­ment de ton. Cer­tains lui prêtent des in­ten­tions pour conduire la liste du par­ti pré­si­den­tiel ou pour bri­guer une no­mi­na­tion à la Com­mis­sion de Bruxelles. Alors Royal ap­plau­dit l’am­bi­tion eu­ro­péenne du pré­sident, no­tam­ment sa pro­po­si­tion de créer une banque du cli­mat ou en­core l’idée d’un re­ve­nu mi­ni­mum eu­ro­péen. Mais rien après, une fois de plus. Ré­sul­tat, la voi­là qui tire dé­sor­mais à bou­lets rouges contre la ré­forme des re­traites. « Le pro­blème de Sé­go­lène Royal ? C’est la femme que tu in­vites chez toi mais qui va cri­ti­quer ce qu’il y a dans l’as­siette et la ma­nière dont tu l’as ser­vie. On ne peut pas lui faire confiance », as­sène un conseiller mi­nis­té­riel. « Elle souffle le chaud et le froid en fonc­tion des postes qu’elle vise. Tout est cal­cu­lé en fonc­tion de son propre in­té­rêt », en­chaîne un membre du gou­ver­ne­ment.

« Le lien est to­ta­le­ment rom­pu entre les deux »

Et Ma­cron ? « A ma connais­sance, le lien est to­ta­le­ment rom­pu entre les deux. Il n’y a plus au­cun échange, pas le moindre tex­to », avance une fi­gure de LREM. D’au­tant que le pré­sident garde en tra­vers de la gorge d’autres épi­sodes. Comme en mars 2018, quand il l’in­vite dans sa dé­lé­ga­tion pour un dé­pla­ce­ment en Inde. « Elle a joué les mi­nistres pen­dant tout le sé­jour, elle a fait sa star, se sou­vient un col­la­bo­ra­teur. Jus­qu’à or­ga­ni­ser une ren­contre off avec les jour­na­listes. Ça ne se fait pas. A l’étran­ger, il n’y a que l’au­to­ri­té la plus éle­vée qui prend la pa­role : le pré­sident de la Ré­pu­blique. Il en a été très aga­cé. » D’au­tant qu’en pri­vé, « la Mère sup », comme l’ap­pellent ses pour­fen­deurs, ne manque ja­mais l’oc­ca­sion d’étriller ses suc­ces­seurs à l’hô­tel de Ro­que­laure. « A peine Hu­lot était nom­mé à l’Eco­lo­gie qu’elle lui ta­pait dé­jà des­sus. Et pa­reil main­te­nant avec Borne », tacle un conseiller de l’Ely­sée qui conclut : « Elle a épui­sé tout son ca­pi­tal au­près de Ma­cron. Pour elle, c’est game over. »

Fin de par­tie entre Em­ma­nuel Ma­cron et Sé­go­lène Royal : « Ils veulent que je dé­mis­sionne, mais je ne dé­mis­sion­ne­rai pas ! » as­sène l’ambassadri­ce des Pôles.

Sé­go­lène Royal lors d’une mis­sion Arc­tique le 20 août 2016.

Ex­trait de la lettre, pu­bliée sur Fa­ce­book, en­voyée par le Quai d’Or­say à Sé­go­lène Royal.

Pa­ris, le 2 juin 2015. Alors mi­nistres, Royal et Ma­cron s’en­ten­daient à mer­veille.

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