Des bonnes idées qui viennent de l’étran­ger

SÉ­CU­RI­TÉ ROU­TIÈRE Alors que les chiffres des morts sur la route pu­bliés hier sont mau­vais, il pour­rait être utile de re­gar­der ce qui marche ailleurs. Une confé­rence se tient sur ce su­jet en Suède.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR AY­ME­RIC RENOU V.V.

COM­MENT FAIRE BAIS­SER le nombre de vic­times d’ac­ci­dents de la cir­cu­la­tion ? C’est la ques­tion sur la­quelle vont plan­cher, au­jourd’hui, les cen­taines d’ex­perts, ve­nus de près de 140 pays, réunis à Stock­holm (Suède) à l’oc­ca­sion de la troi­sième Confé­rence mi­nis­té­rielle mon­diale sur la sé­cu­ri­té rou­tière. Avec 3 700 tués en moyenne chaque jour (soit en­vi­ron 1,35 mil­lion par an), la mor­ta­li­té rou­tière re­pré­sente à l’échelle de la pla­nète l’équi­valent de sept crashs de gros avions de ligne, s’alarme Jean Todt, au­jourd’hui re­pré­sen­tant spé­cial de l’ONU pour la sé­cu­ri­té rou­tière. « Nous ne pou­vons pas conti­nuer comme si de rien n’était », juge l’an­cien pi­lote et ex-pa­tron d’écu­ries de For­mule 1, qui plaide pour un « chan­ge­ment sys­té­mique » afin de « mettre la sé­cu­ri­té au coeur de la mo­bi­li­té ».

Les re­pré­sen­tants fran­çais pour­ront pro­fi­ter de la confé­rence pour lor­gner les me­sures prises à l’étran­ger et qui ont, cha­cune à leur ma­nière, prou­vé leur ef­fi­ca­ci­té. Le nombre de morts et de bles­sés sur les routes de France stagne de­puis quelques an­nées. Le bi­lan 2019 s’éta­blit ain­si à 3 239 morts en France mé­tro­po­li­taine (3 493 avec les ter­ri­toires d’outre-mer), stable par rap­port à ce­lui de l’an­née pré­cé­dente.

Pis, les der­niers ré­sul­tats men­suels, pu­bliés hier, montrent une franche aug­men­ta­tion (+ 9,7 %) du nombre de morts dans des ac­ci­dents de la route par rap­port à jan­vier 2019.

n Contrô­ler les conduc­teurs se­niors comme au Por­tu­gal

La France fait fi­gure d’ex­cep­tion en Eu­rope puis­qu’elle est l’un des rares pays, avec l’Allemagne, la Po­logne ou en­core la Bul­ga­rie, à dé­li­vrer le per­mis de conduire de fa­çon dé­fi­ni­tive et per­ma­nente. Par­tout ailleurs, tout conduc­teur est sou­mis, à par­tir d’un cer­tain âge, à un contrôle de son ap­ti­tude à la conduite. Exa­men mé­di­cal dès 45 ans au Por­tu­gal, dès 50 ans en Ita­lie ou en­core à par­tir de 65 ans en Grèce. L’Es­pagne est en­core plus sé­vère puisque tout conduc­teur doit se plier à un exa­men de ses ca­pa­ci­tés à conduire tous les dix ans de 18 à 65 ans, puis tous les cinq ans au-de­là. Les nom­breuses pro­po­si­tions faites ces vingt der­nières an­nées en France pour ins­tau­rer un contrôle mé­di­cal des conduc­teurs âgés — la der­nière a été por­tée en 2017 par la dé­pu­tée (LR) de Haute-Sa­voie Vir­gi­nie Du­by-Mul­ler — ont toutes re­çu une fin de non-re­ce­voir, se heur­tant prin­ci­pa­le­ment à l’op­po­si­tion du corps mé­di­cal. La mor­ta­li­té rou­tière des plus de 65 ans est pour­tant pré­oc­cu­pante. En 2018, se­lon les chiffres de l’Ob­ser­va­toire na­tio­nal de sé­cu­ri­té rou­tière, 842 se­niors ont été tués sur la route, dont 332 âgés de 65 à 74 ans et 510 de 75 ans ou plus. Ils re­pré­sentent 26 % des per­sonnes tuées, alors qu’ils consti­tuent 20 % de la po­pu­la­tion et 11 % de l’en­semble des vic­times des ac­ci­dents.

n Des pas­sages pié­tons en 3D comme en Is­lande

A la place des tra­di­tion­nelles bandes blanches, ces pas­sages clou­tés d’un nou­veau genre ar­borent des pein­tures don­nant un ef­fet de re­lief, comme s’ils sor­taient de terre ! L’ob­jec­tif de ces pas­sages en 3D est simple : les rendre plus vi­sibles par les au­to­mo­bi­listes grâce à un trompe-l’oeil en les in­ci­tant à ra­len­tir afin de mieux pro­té­ger les pié­tons qui les em­pruntent.

S’ils ont été ins­tal­lés de ma­nière pé­renne dans cer­tains pays comme en Inde ou en Is­lande, ces bandes ont bien du mal à s’im­po­ser en France. Les quelques ex­pé­ri­men­ta­tions réa­li­sées ces der­nières an­nées dans la ban­lieue de Nantes, à Cy­soing, dans le Nord, ou en­core à Loc­mi­né, dans le Mor­bi­han, ont fait long feu. Leur ef­fi­ca­ci­té est tou­te­fois prou­vée, à condi­tion de les peindre tem­po­rai­re­ment sur des zones par­ti­cu­liè­re­ment ac­ci­den­to­gènes puis de les re­ti­rer une fois que les usa­gers de la route s’y sont ha­bi­tués. 29 % des pié­tons tués en France en 2018 l’ont été alors qu’ils tra­ver­saient sur un pas­sage pro­té­gé.

n Les bus sco­laires ul­tra-prio­ri­taires comme aux Etats-Unis

Im­pen­sable pour un au­to­mo­bi­liste amé­ri­cain ou ca­na­dien de fran­chir le pan­neau stop, as­so­cié à deux feux cli­gno­tant en rouge, que le bus sco­laire ac­tionne à chaque fois qu’il s’ar­rête pour faire des­cendre ou mon­ter des élèves. L’ef­fi­ca­ci­té de la me­sure vient des amendes très sa­lées adres­sées aux contre­ve­nants : plu­sieurs cen­taines de dol­lars dans la to­ta­li­té des Etats amé­ri­cains et même de la pri­son ferme dès la pre­mière in­frac­tion en Alas­ka, au Co­lo­ra­do ou en­core dans l’Ar­kan­sas. Dans une en­quête me­née en 1997, 99 % des conduc­teurs amé­ri­cains in­ter­ro­gés es­ti­maient que le non-res­pect de cette règle consti­tuait l’at­ti­tude la plus dan­ge­reuse sur la route, loin de­vant les ex­cès de vi­tesse ou le fran­chis­se­ment d’un feu rouge. Au­cune règle du Code de la route n’en­cadre au­jourd’hui en France la sé­cu­ri­sa­tion des pié­tons à proxi­mi­té d’une dé­pose de trans­port sco­laire.

Au Por­tu­gal, il faut pas­ser un exa­men mé­di­cal pour vé­ri­fier son ap­ti­tude à conduire dès 45 ans, et dès 50 ans en Ita­lie.

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