« Je vou­lais me pré­ser­ver »

Alexan­dra de Tad­deo, l’étu­diante de 29 ans à qui Ben­ja­min Gri­veaux a adres­sé des images in­times, s’est jus­ti­fiée sur leur conver­sa­tion de­vant les en­quê­teurs. Elle nie avoir par­ti­ci­pé à leur mise en ligne.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DIVERS - PAR TIMOTHÉE BOUTRY, ÉRIC PELLETIER ET JÉRÉMIE PHAM-LÊ

« MAL­GRÉ

toute cette af­faire, je ne re­grette rien… » De­vant les en­quê­teurs qui l’in­ter­ro­geaient en­core en dé­but de se­maine, Alexan­dra de Tad­deo n’a pas es­qui­vé. Face à la tour­mente politique, mé­dia­tique et ju­di­ciaire sus­ci­tée par la dif­fu­sion d’une vi­déo in­time que lui avait envoyée Ben­ja­min Gri­veaux, l’étu­diante de 29 ans as­sume. Pour­chas­sée par les mé­dias qui campent de­vant son ap­par­te­ment du XVIe ar­ron­dis­se­ment, elle s’est de­puis mu­rée dans le si­lence.

En garde à vue, elle a main­te­nu son sou­tien à son com­pa­gnon Pio­tr Pav­lens­ki, mis en exa­men, comme elle, pour « at­teinte à l’in­ti­mi­té de la vie pri­vée » et « dif­fu­sion sans l’ac­cord de la per­sonne d’un en­re­gis­tre­ment por­tant sur des pa­roles ou images à ca­rac­tère sexuel ». L’ar­tiste russe, ré­fu­gié politique en France et as­treint à un strict contrôle ju­di­ciaire, a re­con­nu pu­bli­que­ment avoir dif­fu­sé ces images sur le site Por­no­po­li­tique au nom d’une pré­ten­due lutte contre « l’hy­po­cri­sie ».

Ni « es­cort girl », ni « mante re­li­gieuse »

De­vant les en­quê­teurs de la bri­gade de ré­pres­sion de la dé­lin­quance contre la per­sonne, Alexan­dra de Tad­deo a re­la­té les condi­tions dans les­quelles elle est en­trée en contact avec Ben­ja­min Gri­veaux, en mai 2018, alors que ce der­nier était en­core porte-pa­role du gou­ver­ne­ment. Elle l’a, di­telle, de­man­dé en ami sur Ins­ta­gram. Ce der­nier a ac­cep­té mais elle sou­tient qu’il au­rait pris l’ini­tia­tive de lui écrire. S’en­suivent des échanges de pho­tos et de vi­déos de charme en mode pri­vé. Cette re­la­tion à dis­tance se conclut par un bref ren­dez-vous phy­sique dans l’ap­par­te­ment de l’étu­diante mais les deux pro­ta­go­nistes évoquent des dates dif­fé­rentes.

L’en­voi de telles sé­quences — il y au­rait eu une de­mi­dou­zaine d’en­vois au to­tal — met en lu­mière la lé­gè­re­té de l’ex-porte-pa­role. Ben­ja­min Gri­veaux avait ce­pen­dant pris soin de pa­ra­mé­trer l’ap­pli­ca­tion pour que les images s’au­to­dé­truisent au bout d’un court laps de temps. Pour­quoi Alexan­dra de Tad­deo, qui en était semble-t-il l’unique des­ti­na­taire, les a-t-elle en­re­gis­trées avant leur sup­pres­sion au­to­ma­tique ? Avait-elle, dès cette époque, l’in­ten­tion de faire chan­ter l’homme politique ou de se lan­cer dans une opé­ra­tion dite de « re­venge porn » (« por­no­di­vul­ga­tion ») ? Sur pro­cès-ver­bal, après avoir pré­ci­sé aux po­li­ciers qu’elle n’était pas « une es­cort girl », elle dé­ment toute in­ten­tion mal­veillante, n’ayant, dit-elle, rien à re­pro­cher à son amant d’un soir.

Pour jus­ti­fier la co­pie des sé­quences vi­déo, Alexan­dra de Tad­deo livre une ex­pli­ca­tion si­byl­line qui mé­ri­te­ra quelques éclair­cis­se­ments au cours de l’ins­truc­tion : « Je sa­vais que si sa femme ou quel­qu’un d’autre ap­pre­nait sa re­la­tion, il n’hé­si­te­rait pas à m’en­fon­cer et ne me dé­fen­drait pas. Donc, je vou­lais me pré­ser­ver. » Se­lon sa ver­sion, la co­pie de la vi­déo in­time se­rait donc une sorte d’as­su­rance des­ti­née à prou­ver qu’elle n’est pas une « mante re­li­gieuse » prête à dé­bau­cher un homme ma­rié. Bi­zar­re­ment, elle tient à pré­ci­ser de­vant les en­quê­teurs que Ben­ja­min Gri­veaux n’était pas à son goût. Elle in­dique par ailleurs avoir sol­li­ci­té trois autres hommes po­li­tiques.

Un trans­fert de fi­chiers à son in­su

Alexan­dra de Tad­deo a ces­sé toute re­la­tion avec le por­te­pa­role du gou­ver­ne­ment après être tom­bée amou­reuse de Pio­tr Pav­lens­ki. At­ti­rée par le per­son­nage et son pro­fil d’ar­tiste ra­di­cal, elle lui écrit en dé­ten­tion lors­qu’il est in­car­cé­ré en oc­tobre 2017 après avoir in­cen­dié une suc­cur­sale de la Banque de France, place de la Bas­tille à Pa­ris. Leur idylle se noue à sa sor­tie de pri­son onze mois plus tard. Une re­la­tion fu­sion­nelle. « L’ar­tiste vi­vait de temps à autre chez elle », re­lève une source proche du dos­sier. Pour au­tant, de Tad­deo jure être étran­gère à la mise en ligne des vi­déos, si­tua­tion qu’elle au­rait dé­cou­verte a pos­te­rio­ri. Elle en dé­duit que Pio­tr Pav­lens­ki, dis­po­sant du mot de passe de l’or­di­na­teur por­table où était sto­ckée la vi­déo, a ef­fec­tué un trans­fert à son in­su.

L’in­té­res­sé n’a rien dit de­vant les en­quê­teurs — « Niet », a-t-il main­te­nu de­vant la juge d’ins­truc­tion qui lui pro­po­sait d’en dire plus. Il a été plus lo­quace en res­sor­tant libre du tri­bu­nal ju­di­ciaire de Pa­ris, in­di­quant aux jour­na­listes pré­sents qu’il ne sou­hai­tait pas dé­voi­ler sa source. Il semble que le couple ait été ra­pi­de­ment dé­pas­sé par l’am­pleur de l’af­faire qui a contraint Ben­ja­min Gri­veaux, can­di­dat LREM, à se re­ti­rer de la can­di­da­ture à la mai­rie de Pa­ris le 14 fé­vrier. C’est sans doute ce qui ex­plique que, peu après la dif­fu­sion de la vi­déo, Alexan­dra de Tad­deo a re­for­ma­té son ma­té­riel in­for­ma­tique et s’est dé­bar­ras­sée d’une clé USB, comme elle l’a spon­ta­né­ment re­con­nu en garde à vue.

Je sa­vais que si sa femme ou quel­qu’un d’autre ap­pre­nait sa re­la­tion, il n’hé­si­te­rait pas à m’en­fon­cer et ne me dé­fen­drait pas ALEXAN­DRA DE TAD­DEO, JUS­TI­FIANT EN GARDE À VUE LA CO­PIE DES VI­DÉOS EN CAUSE

Alexan­dra de Tad­deo, ici avec son com­pa­gnon Pio­tr Pav­lens­ki et l’avo­cat Juan Bran­co (à dr.), se dé­fend de toute ten­ta­tive de chan­tage, mais af­firme ne rien re­gret­ter mal­gré l’am­pleur de l’af­faire.

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