In­quié­tude sur les ré­seaux so­ciaux

Sur Fa­ce­book, des mil­liers de per­sonnes uti­lisent des groupes dé­diés au co­ro­na­vi­rus pour par­ta­ger in­for­ma­tions, par­fois non vé­ri­fiées, et in­quié­tudes sur la ma­la­die.

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT DU JOUR - PAR PAMÉLA ROUGERIE, AVEC DA­MIEN LICATA CARUSO

« QUAND

je re­garde mon fil Fa­ce­book, j’ai du mal à croire que les gens parlent de trucs nor­maux et de po­li­tique. Je ne pense qu’au co­ro­na­vi­rus, 24 heures sur 24 », confiait, il y a deux jours, Liz, une Amé­ri­caine, sur son compte en ligne. Liz fait par­tie du groupe an­glo­phone « Co­ro­na­Vi­rus », qui com­porte plus de 46 000 membres. On compte deux groupes fran­co­phones ma­jeurs : « CO­RO­NA­VI­RUS-COVID-19 » ain­si que « Co­ro­na­vi­rus Co­vid19 Groupe fran­çais », 2 800 et 1 400 membres.

Tous les jours, on y trouve, pêle-mêle, des liens de sites d’ac­tua­li­té et des in­fo­gra­phies, mais aus­si des conte­nus non vé­ri­fiés et des conseils plus ou moins avi­sés. « Est-ce que l’un d’entre vous sait si c’est une fake news ? » de­mande ain­si Guy, un père de fa­mille ba­sé aux Phi­lip­pines. En ré­ponse, plu­sieurs vi­sages et com­men­taires mo­queurs. C’est que les fausses in­for­ma­tions ont une place pri­vi­lé­giée dans ces groupes où tout se trans­met à ra­pide al­lure.

« Un bruit court dans Rouen. Pas mal de cas de gens in­fec­tés au CHU, mais le pré­fet tait l’in­fo », as­sure Louise dans un groupe fran­çais. Une pa­tiente ma­lade avait bien sus­ci­té l’in­quié­tude fin jan­vier, mais les tests étaient né­ga­tifs, rap­porte France 3 Nor­man­die. Cer­taines pu­bli­ca­tions versent dans le com­plo­tisme. « Le co­ro­na­vi­rus a été in­ven­té en la­bo­ra­toire, c’est une arme bio­lo­gique, ré­veillez-vous ! » s’in­digne Ma­thieu, as­su­rant vou­loir ré­vé­ler « la vé­ri­té ».

Huit heures de mo­dé­ra­tion par jour

Pour gé­rer ce flux d’in­for­ma­tions qui ne s’ar­rête ja­mais, il faut beau­coup de tra­vail, et de temps, se­lon Florent, qui ad­mi­nistre le groupe « Co­ro­na­vi­rus Covid-19 Groupe fran­çais ». « J’y passe au moins huit heures par jour. Je dois ap­prou­ver chaque pu­bli­ca­tion, je prends tout lien par lien, et je sup­prime », ex­plique le chef de cui­sine de 31 ans, qui a vu un pic de de­mandes d’abon­ne­ment lors de l’an­nonce de cas en Ita­lie ce week-end. « Je ne pu­blie que des choses réelles, les chiffres de l’OMS, ce que le gou­ver­ne­ment nous donne, mais aus­si d’autres mé­dias, en plus », in­siste-t-il.

Ce type de groupe ap­pa­raît sou­vent quand on est au coeur d’un grand phé­no­mène d’ac­tua­li­té, ana­lyse Tris­tan

Men­dès France, maître de confé­rences à l’uni­ver­si­té de Pa­ris et spé­cia­liste de la culture nu­mé­rique : « C’est symp­to­ma­tique de ce qu’on voit dans la so­cié­té. Quand les per­sonnes n’ac­cordent plus de cré­dit aux mé­dias et aux au­to­ri­tés, elles se tournent vers les ré­seaux so­ciaux. Avec le dan­ger de se confor­ter dans ses dé­lires, ou de se ra­di­ca­li­ser dans ses opi­nions. »

« Les gens font des stocks, il y en a qui ont de la nour­ri­ture pour trois mois ! », s’étonne en­core Florent, l’ad­mi­nis­tra­teur du groupe fran­çais. « Pâte, riz, len­tilles, pois secs, pu­rée, sa­chets po­tages conser­vés, chips, lait, bis­cotte, gâ­teaux secs », liste d’ailleurs, à ce su­jet, une cer­taine Mo­nique sous une pho­to d’un pi­ckup rem­pli de bi­dons d’eau dans un groupe in­ter­na­tio­nal.

Nom­breuses sont aus­si les ques­tions de voya­geurs, alors que plu­sieurs cas mor­tels ont été dé­tec­tés en Iran et en Ita­lie. « De­main, je dois prendre le train de Pa­ris pour Lyon, vous fe­riez quoi ? » de­mande De­bo­rah. « Porte un masque si tu y vas », lui ré­pond Jé­ré­my. « Reste chez toi », lui disent d’autres in­ter­nautes. « Ne som­brez pas dans la psy­chose svp », leur ré­pond Sa­rah. De son cô­té, Fa­ce­book as­sure tra­vailler à la mo­dé­ra­tion de ces conte­nus, no­tam­ment avec un al­go­rithme qui peut éga­le­ment ré­duire la vi­si­bi­li­té d’une pu­bli­ca­tion ou d’un groupe ju­gé dan­ge­reux. La plate-forme met aus­si en avant les mes­sages of­fi­ciels du gou­ver­ne­ment, ain­si que le tra­vail de fact che­cking des mé­dias par­te­naires.

Les groupes Fa­ce­book fran­co­phones ont vu un pic d’abon­ne­ments ce week-end avec l’an­nonce de cas en Ita­lie voi­sine.

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