Pe­ne­lope Fillon peine à convaincre

Pe­ne­lope Fillon a pei­né hier à convaincre de la réa­li­té de ses mis­sions pour son époux. « Il n’y a pas beau­coup de preuves concrètes », a-t-elle concé­dé au tri­bu­nal.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR TIMOTHÉE BOU­TRY

« NOUS AVONS MAL pour vous de ce cô­té de la barre. » De­puis une heure, Pe­ne­lope Fillon peine à dé­tailler les mis­sions qui lui ont va­lu d’être em­ployée comme as­sis­tante par­le­men­taire par son ma­ri lorsque le ma­gis­trat du Par­quet na­tio­nal fi­nan­cier (PNF) lui fait cet aveu. Plu­tôt que d’être aga­cée par les ré­ponses éva­sives ou les sou­ve­nirs ap­proxi­ma­tifs de la pré­ve­nue, l’ac­cu­sa­tion joue sur l’em­pa­thie. « Nous ne nous ré­jouis­sons nul­le­ment de vous voir à la barre, avait in­di­qué quelques mi­nutes au­pa­ra­vant le se­cond ma­gis­trat du par­quet. Nous com­pa­tis­sons, car nous sa­vons com­bien cet exer­cice est dif­fi­cile. » Il le fut ef­fec­ti­ve­ment.

Entre les ques­tions chi­rur­gi­cales de la pré­si­dente et les piques du par­quet, l’épouse de l’an­cien Pre­mier mi­nistre, pour­sui­vie pour com­pli­ci­té et re­cel de dé­tour­ne­ment de fonds pu­blics, a pas­sé un après-mi­di désa­gréable hier. Em­bau­chée dès la pre­mière élec­tion de son ma­ri en 1981, Pe­ne­lope Fillon as­sure avoir toujours te­nu le même rôle : en sub­stance, as­su­rer le lien avec les ha­bi­tants de la cir­cons­crip­tion dans la Sarthe, gé­rer le cour­rier adres­sé à leur do­mi­cile et ré­di­ger de petites re­vues de presse lo­cales. Mais si son époux four­ni­ra des ex­pli­ca­tions à l’ab­sence de traces lais­sées par ce labeur — ar­chives dé­truites, notes vo­lantes, re­com­man­da­tions in­for­melles —, Pe­ne­lope Fillon l’ad­met en fin d’au­dience : « Il n’y a pas beau­coup de preuves concrètes de ce que je fai­sais. »

« J’ai toujours tra­vaillé en re­trait. Je n’étais pas sur le de­vant de la scène », dé­ve­lop­pet-elle lorsque le par­quet évoque la fa­meuse in­ter­view ac­cor­dée en 2007 au « Sun­day Te­le­graph », dans la­quelle elle ex­plique ne jamais avoir été l’as­sis­tante de son ma­ri et ap­pré­cier « ob­ser­ver le monde du tra­vail ». « Vous êtes une tra­vailleuse pas­sive. C’est as­sez sur­pre­nant comme concept », iro­nise le PNF.

Mais le tri­bu­nal va dans le dé­tail et s’at­tarde lon­gue­ment sur les pre­mières mis­sions ponc­tuelles qui lui ont été confiées entre 1981 et 1985, quand bien même leur cas est pres­crit. Ain­si de celle sur « l’amé­na­ge­ment du bo­cage sa­bo­lien », fac­tu­rée 30 000 francs, ou bien celle sur « l’or­ga­ni­sa­tion du secrétaria­t ». « C’est mon ma­ri qui m’a don­né les thèmes », ré­pond la Gal­loise, qui com­mence la plu­part de ses ré­ponses par cette même for­mule ren­voyant à son époux. La pré­si­dente cherche des exemples pré­cis du tra­vail ac­com­pli, mais ça coince.

Elle « a ou­blié » ses pre­mières mis­sions

Le tri­bu­nal s’étonne aus­si des sa­laires im­por­tants mais sur­tout va­riables qui lui sont oc­troyés pour chaque contrat. « Je pense que mon ma­ri a dé­ci­dé du mon­tant en fonc­tion du cré­dit qu’il avait de dis­po­nible », avance-t-elle avec son ac­cent lé­gè­re­ment bri­tish.

In­ter­ro­gé à son tour, François Fillon as­sume : « La ré­mu­né­ra­tion de Pe­ne­lope, oui, c’était une va­riable d’ajus­te­ment par rap­port à l’en­ve­loppe dis­po­nible. La ré­mu­né­ra­tion de mes col­la­bo­ra­teurs, c’est moi qui la fixe en fonc­tion des règles de l’As­sem­blée na­tio­nale. Je n’ai de compte à rendre à per­sonne. » Le PNF s’étrangle mais sai­sit la balle au bond. « Vous confir­mez bien que les ré­mu­né­ra­tions étaient fonc­tion du cré­dit dis­po­nible et non de la tâche confiée ? » « Cette ques­tion mé­con­naît la sé­pa­ra­tion des pou­voirs. Le par­le­men­taire est seul maître des tâches et de la ré­mu­né­ra­tion », as­sène l’an­cien Pre­mier mi­nistre, sen­ten­cieux.

Le tri­bu­nal in­siste et ne cesse d’ap­puyer là où ça fait mal. Lors de leurs pre­mières dé­cla­ra­tions face aux en­quê­teurs après la ré­vé­la­tion de l’af­faire, ni Pe­ne­lope Fillon ni son ma­ri n’ont évo­qué ces pre­mières an­nées de col­la­bo­ra­tion. « J’ai ou­blié », ad­met la Gal­loise, qui in­voque la pres­sion. « Ma­dame, une pre­mière ex­pé­rience pro­fes­sion­nelle, un pre­mier sa­laire, ça marque, quand même ! » tance la pré­si­dente. « J’en­tends l’émo­tion, même si elle est dif­fi­ci­le­ment cré­dible, de mon point de vue », raille le par­quet. Quant à l’ab­sence de dé­cla­ra­tions de congés payés — une ma­nière de tou­cher de confor­tables primes de fin de mis­sion —, Pe­ne­lope Fillon re­con­naît « une né­gli­gence ». « Avec le re­cul, j’au­rais dû re­gar­der, consent-elle. Mais je ne m’oc­cu­pais pas des dé­tails ad­mi­nis­tra­tifs des contrats. C’était mon ma­ri. » Le re­frain est connu.

La col­la­bo­ra­tion entre Pe­ne­lope Fillon et son ma­ri a ces­sé cou­rant 2013. Parce que François Fillon avait dé­ci­dé de se consa­crer à la pré­si­den­tielle, as­surent-ils de concert. Le PNF y voit plu­tôt l’im­mi­nence de la mise en place de la Haute Au­to­ri­té sur la trans­pa­rence de la vie pu­blique (HATVP), qui a obli­gé les par­le­men­taires à dé­voi­ler le nom de leurs col­la­bo­ra­teurs. « Je l’ai dé­cla­rée à toutes les au­to­ri­tés de­puis 2000 », ré­plique François Fillon. « Sauf que celle-là était pu­blique », avance le PNF, qui s’étonne de ce « ha­sard du ca­len­drier ».

Au tout dé­but de l’au­dience, François Fillon avait so­len­nel­le­ment in­di­qué qu’il sou­hai­tait « dé­fendre son hon­neur et ce­lui de son épouse » et « prou­ver le tra­vail es­sen­tiel de [son] épouse au ser­vice des [ses] man­dats par­le­men­taires ». Le che­min est en­core long.

Je ne m’oc­cu­pais pas des dé­tails ad­mi­nis­tra­tifs des contrats. C’était mon ma­ri. PE­NE­LOPE FILLON

Tri­bu­nal de Pa­ris, hier. Face aux pro­cu­reurs, Pe­ne­lope Fillon a four­ni de nom­breuses ré­ponses éva­sives.

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